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L'histoire oubliée des Tirailleurs sénégalais de la Seconde Guerre mondiale

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par Moulaye AIDARA
IEP Aix-Marseille et UMR 5609 ESID CNRS ( Montpellier III) - DEA histoire militaire, sécurité et défense 2000
  

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CHAPITRE III :

DE L'EUROPE A L'AFRIQUE

Au début de l'année 1942, les Tirailleurs sénégalais de l'AEF et de l'AOF constituaient la grande majorité des forces gaullistes en Afrique du nord. Ils allaient devoir se battre contre l'armée du général allemand le plus stratégique et le plus efficace sur un terrain de combat : le général Erwin Rommel137(*).

Attaques et contre-attaques sont alors le quotidien de ces hommes de la première BFL sous le commandement de la huitième Armée des britanniques. 1000 Tirailleurs sénégalais138(*) originaires de tout l'empire français se trouvent dans les 2ème et 7ème Bataillons de la première BFL. Du 26 mai 1942 au 22 octobre, les combats ne s'arrêtent pas. Les positions de Bir Hakeim et El Alamein sont farouchement défendus par les forces de l'Axe. La France Libre devint ainsi « France combattante » et les Tirailleurs sénégalais ont une grande part dans ce nouveau statut de la France qui lui assure la respectabilité qui lui faisait défaut chez les alliés.

Ensuite, sans les forces françaises, les Américains et les Anglais lancent l'opération Torch ( invasion de l'Afrique du nord) le 8 novembre 1942. Au moment où les Allemands occupent la France de Vichy ( zone libre), Darlan rencontre le Général Eisenhower à Alger. Les forces françaises à Alger et au Maroc deviennent alors gaullistes. Désormais, la France Libre dispose d'une forte armée, équipée par les Alliés de matériels modernes. Dotés d'uniformes américains, réintégrés dans de nouveaux bataillons, les Tirailleurs sénégalais sont alors difficilement identifiables. Ils sont certainement très représentés au sein des cinq bataillons de marche qui participèrent aux opérations.

A la nouvelle de la prise de l'Afrique du nord par les alliés, le Gouverneur Boisson commence à être pris de vitesse. Malgré l'ordre du Maréchal Pétain de n'accepter d'ordre que de lui, l'AOF va passer sans un coup de feu dans le camp allié. Trente mois après la débâcle, l'AOF va ainsi reprendre les combats139(*). Cependant, beaucoup de colons d'AOF, gagnés à la cause fasciste auront du mal à accepter le général De Gaulle comme nouveau maître de l'empire140(*).

1. De l'île d'Elbe à l'Alsace :

Aucune unité de Tirailleurs sénégalais ne participe à l'invasion de la Sicile entre le 9 juillet et le 18 août 1943. En corse, il y aura cependant quelques RTS. Ce fut pour la libération de l'île d'Elbe que les Tirailleurs sénégalais sont utilisés en force. Au sein de la 9ème DIC141(*) comprenant les 4ème, 6ème et 13ème RTS se trouvaient plus de 11 000 tirailleurs142(*) sénégalais surtout originaires d'Afrique de l'ouest. Les 17 et 18 juin, ils débarquèrent sur l'île et le 19 juin, celle-ci est sous leur contrôle143(*) :

« Nous avons embarqués à bord du Pasteur le 27 septembre 1943 pour Casablanca où nous avons reçu une intense préparation militaire avant de partir pour l'Algérie. De là, nous avons débarqué en Corse. Beaucoup de sénégalais mouront pour la libération de la corse. J'ai vu De Gaulle à cet endroit », confirme M. Cissé du 9ème DIC, 18ème RTS144(*). 250 Tirailleurs sénégalais meurent sur l'île, affirme t-il. Laissant sur place le 6ème RTS pour la garde du millier d'allemands faits prisonniers, la 9ème DIC est transférée en Corse pour participer au débarquement de Provence en compagnie du 16ème RTS.

L'opération « Enclume » doit permettre aux alliés de prendre l'ennemi entre deux feux. La première Armée française commandée par le général De Lattre de Tassigny et la septième Armée américaine commandée par le Général Patch, débarquent alors sur la côte de Provence entre Toulon et Cannes. La 9ème DIC, la troisième DIA et la première DMI vont ainsi participer à la libération de Toulon. Les Allemands de la 19ème Armée du général Weise se battent avec l'énergie du désespoir. Jusqu'à la libération de Paris le 23 août, les combats vont être acharnés tant les Allemands ne veulent pas laisser Toulon aux mains des alliés. Le 28 août 1944, Toulon tombe enfin aux mains de la 9ème DIC145(*) tandis que Marseille est libérée par les régiments algériens et tunisiens. L'opération Enclume fut un succès total.

Le 3 septembre, la première Armée de De Lattre de Tassigny libére Lyon146(*) mais le général Weise réussit à sauver la moitié de son armée en quittant les lieux avant l'arrivée des Alliés. Le 10 septembre, les Français entrent à Dijon. Le Général Devers prend alors le contrôle des deux armées ( 36ème Division américaine et première Armée française) ; Les Américains prennent alors le chemin de Strasbourg tandis que les Français prennent le chemin de Belfort. L'opération « Indépendance » lancée le 24 octobre pour la prise de Belfort fut menée par le 21ème RTS ( fusion entre le 4ème et le 6ème RTS), les Goums et Thabors marocains, les DMA algériens au sein de la Première Armée. Le 20 novembre, après de rudes combats, des troupes de la Première Armée entrent à Belfort. Cependant, plusieurs RTS sont « blanchis » par De Gaulle dès cet instant par l'incorporation des maquisards et résistants dans les RTS.

2. Le « blanchiment » des RTS :

« Comme l'hiver dans les Vosges comportait des risques pour l'état de sanitaire des noirs, nous envoyâmes dans le Midi les 20 000 soldats originaires d'Afrique centrale et d'Afrique occidentale qui servaient à la 1ère DFL et à la 9ème Division coloniale. Ils y furent remplacées par autant de maquisards qui se trouvèrent équipés du coup »147(*)

La circulaire ministérielle N° 890 / KMCG/1 du 27 octobre 1944 indique que les 3 RTS de la 9ème DIC, sont transformés en régiments européens, des changements d'appellation s'imposaient et que le 6ème RTS devenait à partir du 1er novembre 1944, le 6ème RIC148(*). Le chef d'escadron Gilles Aubagne analysait ce retrait dans un article d'  « armées d'aujourd'hui » :

« Il faut prendre en compte d'une part l'état d'esprit des troupes noires, liés aux prémisses de la décolonisation, et d'autre part le rôle politique prêté aux français de l'intérieur, pour analyser ce retrait149(*) ».

De Gaulle avait personnellement pris cette décision, hautement politique. Il voulait en fait intégrer toutes les forces françaises ( anciens vichystes, résistants, forces libres), en une seule armée qui participerait à la défaite ultime de l'Armée allemande. Il faut dire que cette décision, même ingrate envers les Africains était justifiée. Ainsi les RTS qui avaient connus les durs combats de la libération de la France depuis la Provence jusqu'en Alsace sont « blanchis ». Ils perdent jusqu'à leur nom en devenant des Régiments d'Infanterie Coloniale ( RIC) ; Certains Africains refusèrent cependant de partir dans le Midi et se portèrent volontaires pour poursuivre la guerre150(*).

Les Africains indigènes accueillirent cette décision avec enthousiasme :

« Il faisait un froid terrible à Belfort mais heureusement que les Français décidèrent de prendre la relève » dit M. Kane151(*). N'ont-ils pas déjà assez donné dans cette guerre ? De Gaulle avait certainement raison pour beaucoup d'entre eux mais derrière cette décision se cachait la volonté de vaincre l'Allemagne par une Armée française et blanche et non par les «  schwarze schande »152(*).

Cette politique de retrait des troupes coloniales durant l'hiver était cependant fréquente pendant la Grande Guerre. De Gaulle a pu ainsi présenter sa politique de « blanchiment » de l'armée comme une simple application de la politique traditionnelle de l'armée française. Mais comme le prouve la lettre N° 544/PS/8ème RTS, des troupes noires ont quand même été utilisées durant le froid :

« Envoyer en février des Tirailleurs sénégalais convoyer des trains en Alsace et dans l'Isère avec un seul couvre-pied est une erreur dangereuse dont je n'accepte pas la responsabilité 153(*)»

Ainsi, la préservation des troupes noires des rigueurs du climat n'est peut-être pas la seule raison du retrait de ces troupes de la zone des opérations à l'automne 1944, puisque des troupes noires sont tout de même utilisées en hiver dans des zones très froides.

Alors que les noirs au nom de la France se soient battus corps et âme, voilà que tout à coup, l'administration française voit la noirceur de leur peau. En effet, après la libération des Tirailleurs sénégalais prisonniers des camps allemands, De Gaulle refuse de confier la garde des prisonniers allemands aux Tirailleurs sénégalais afin d'éviter la vengeance des noirs contre les Allemands qui après tout, étaient des blancs. Cette décision qui était peut être logique154(*), vu l'ampleur des massacres de noirs africains par les Allemands, n'en reste pas moins révélatrice. Elle montre que désormais la France ne considère plus les Africains comme des militaires mais comme des mercenaires, « faisant d'eux les dogues noirs de l'Empire 155(*)». D'ailleurs, les Africains n'avaient pas d'énormes rancoeurs envers les Allemands. Ils avaient déjà réussi à libérer les Allemands de leurs préjugés et de leur haine pendant le temps de leur incarcération.

3. Noirs d'Afrique, noirs des Antilles :

Les premiers français s'installent aux Antilles en 1635. Une politique d'assimilation intense marquée par une aliénation due à l'esclavage fera des antillais de vrais « Neg' blanc156(*) ». Le général de Gaulle s'exclame en 1966 lors d'une visite à Fort-de- France ( en Martinique) « Mon Dieu, comme vous êtes français ». C'était certainement le meilleur compliment qu'on pouvait faire à ces anciens esclaves dont le modèle est celui du maître français. Il faut dire que les Martiniquais et Guadeloupéens sont français depuis le règne de Louis XIII (1610-1643), bien avant les Niçois et les Strasbourgeois.

« La République n'entend plus faire de distinction dans la famille humaine. Elle répare envers ces malheureux le crime qui les enleva jadis à leurs parents, à leur pays natal, en leur donnant pour patrie la France et pour héritage tous les droits du citoyens français, et par là , elle témoigne assez hautement qu'elle n'exclut personne de son immortelle devise : Liberté, égalité, fraternité. » dira Victor Schoelcher ( 1804-1893). Auparavant, l'assimilation prônée par le député François Antoine de Boissy d'Anglas avait fait ses preuves. Les Antilles furent  «  assimilées en tout aux autres parties de la république ». L'assimilation devint un moyen de promotion individuelle et une chance de renverser les barrières raciales. D'ailleurs, la carrière de Félix Eboué témoigne de la participation des élites Antillo-guyanaises à l'encadrement de l'Empire colonial.

La question de l'assimilation ne se limitait pas aux rouages de l'administration. Elle allait bien au- delà du statut politique : elle mettait en cause l'identité même des Guadeloupéens et des Martiniquais. Elle passait par une dévalorisation de tout ce qui n'est pas européen dans la culture antillaise en particulier les origines africaines ou l'appartenance au monde caraïbe. L'objectif était de pousser les antillais à dire « je ne suis pas différent de vous ; Ne faites pas attention à ma peau noire : c'est le soleil qui m'a brûlé157(*). » Aujourd'hui encore, les jeunes générations antillaises sont marquées par cette « francisation » à outrance et un grand fossé les séparent des Africains qui sont pourtant leurs frères.

Nous avons vu plus haut qu'au sein même des Africains, les « citoyens » tenaient à marquer leur différence des « indigènes ». De même, les Antillais tiennent à marquer leur différence de ces noirs d'Afrique pour qui ils n'ont que mépris. Ils parlent un français clair, sont soldats et citoyens français et puis ne sont-ils pas plus évolués que ces « sauvages » des savanes qui ont vendu leurs ancêtres158(*).

Il y eut de graves incidents entre Africains et Antillais. Même si certains Antillais cherchent à se rapprocher des Africains, beaucoup d'autres n'ont que mépris pour eux159(*). Les Tirailleurs sénégalais, en réaction à ces comportements de mépris les classèrent très vite dans la catégorie de « blancs à peau noire ». Les incidents violents et mortels parfois qui éclatèrent après la guerre entre Antillais et Africains en témoignent. Il faudrait cependant comprendre les Antillais qui ont subi plus encore que les Africains le poids de l'assimilation. L'esclavage est très certainement plus lourd à guérir que la colonisation. Le rejet des Africains s'expliquent surtout par l'illusion d'un statut meilleur et privilégié que les Antillais ne veulent pas perdre. Beaucoup d'Antillais, lors du « blanchiment » de l'armée refusent d'arrêter la guerre et se portent volontaire. Ils ne voulaient pas être mêlés aux Tirailleurs sénégalais. Senghor et Aimé Césaire montreront plus tard que les Antilles et l'Afrique ont au fond les mêmes problèmes et qu'ils ont tout intérêt à se comprendre. Ce qui est certainement vrai.

4. Le modèle américain :

L'armée américaine fit une forte impression sur les noirs d'Afrique. Anticolonialistes, les Américains ont l'intention (non dissimulée) de pousser les Africains à se libérer du joug de la colonisation. Au lendemain du débarquement en Afrique du nord, les avions américains larguèrent des traductions en arabe de la Charte de l'Atlantique. Les soldats américains auront pour première préoccupation de se mêler à la population leur offrant cigarettes et rations alimentaires. Ils vont même jusqu'à soutenir les troupes coloniales lors de révoltes160(*).

L'administration française s'inquiète beaucoup des liens d'amitié que les Tirailleurs avaient établis au combat avec des soldats américains noirs et blancs. Les américains blancs, qui auraient certainement faits des émeutes dans leur propre pays si on les avait mis dans les mêmes unités que les noirs, dorment, mangent et boivent aux côté des soldats africains. Ils prennent beaucoup de plaisir à « ces plaisirs exotiques » comme le constate N.Lawler. Les Tirailleurs étaient très fiers des soldats noirs américains qui pouvaient être pilotes et même officiers. La sympathie qu'ont les Américains blancs à l'égard des Tirailleurs sénégalais peut s'expliquer par le fait qu'ils n'avaient pas souvent l'habitude de discuter avec un noir aux Etats-Unis. Les Tirailleurs sénégalais qui ne savent rien de la ségrégation aux Etats-Unis n'ont aucun mal à discuter avec les blancs. D'ailleurs, pour une fois qu'ils peuvent avoir des amis blancs ! Comme quoi, le racisme s'explique plus par une incompréhension et des préjugés que la couleur de la peau.

En fait, au contact des différentes armées alliées, les Tirailleurs ont compris toute l'injustice de la France dans les Colonies. Ils ont vus qu'un noir peut être l'égal du blanc et que le rapport entre noir et blanc ne se limite pas au rapport d'autorité et de commandement. Ils ont en plus la satisfaction d'avoir participé à une glorieuse succession de victoires militaires ayant conduit à la capitulation de l'Allemagne nazie. En AOF et en AEF, un nouveau type d'homme est en train de naître.

Le modèle anglo-saxon était différent du modèle français. Les Américains et les Anglais donnaient en effet plus de chance d'évolution dans la carrière militaire que les Français. Il n'y avait pas autant de ségrégation. Même si celle ci existait en réalité, elle n'était pas très visible. A force d'effort, le soldat noir anglais ou américain pouvait être officier ou pilote. Le soldat africain pouvait au plus espérer (comme nous l'avons vu dans le deuxième chapitre) le grade d'  « officier indigène ».

Les troupes américaines stationnées à Dakar jouissaient d'ailleurs d'une forte popularité auprès des Sénégalais. Au Cameroun, un groupe d'infanterie français en tenue américaine fut huée après que les Camerounais se rendirent compte qu'ils n'étaient pas américain. Certains Africains commençaient à croire que la France vendrait ses Colonies aux américains, ce qui soulève beaucoup d'enthousiasme auprès des Africains « évolués ».

Les Américains n'avaient certainement pas de vue sur l'Afrique mais étaient contre la colonisation qu'ils ont eux même subis. Ils menèrent d'ailleurs une grande propagande auprès des Africains pour les libérer du joug de la colonisation161(*).

5. Le retour des braves :

« J'ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies 162(*)». La plaie reste malheureusement béante pour les Tirailleurs. Ce qui les attend en Afrique est pire que la guerre. « La négraille aux senteurs d'oignon frit retrouve dans son sang répandu le goût amer de la liberté 163(*)». La France va alors montrer toute son ingratitude aux Tirailleurs africains.

La plupart des Tirailleurs sénégalais interrogés à Dakar ne quittent la Métropole qu'en 1946 au plus tôt. Certains restent même en France jusqu'en 1947. C'est que l'Etat-Major français voulait rapatrier en priorité les prisonniers de guerre, particulièrement irrités. Mais le manque de moyens et surtout de bateaux vont poser aux autorités un véritable casse-tête. L'ordre fut d'ailleurs donné de disperser les Tirailleurs dès leur arrivée à Dakar par René Pleven alors Ministre des Colonies. Le Gouverneur-général Cournarie fit tout son possible pour garder le moins longtemps possible les Tirailleurs à Dakar mais les moyens faisaient défaut. Mais le principal problème fut la question des primes. En effet, les Tirailleurs s'attendaient à recevoir leurs primes dès leur arrivée, au lieu de ça, on leur remis 1000 francs en leur assurant que le reste les attend dans leurs villages. Certains attendent toujours. A cela va s'ajouter la dévaluation du franc français qui ne vaut plus que la moitié du franc ouest-africain. Les Africains se sentirent lésés, ne comprenant pas cette situation monétaire qui répondait à des calculs économiques fort complexes.

Si certains Tirailleurs très avertis reviennent en Afrique avec beaucoup d'argent ( ils avaient su profiter du marché noir), beaucoup y reviennent sans un sou. L'administration ne tenta pas de confisquer l'argent de ces Tirailleurs qui avaient su profiter si bien du système imposé par la guerre. Mais sans se soucier de la peine qu'il pouvait causer aux Africains, De Gaulle leur retire leur uniforme en réquisitionnant systématiquement tous les uniformes des Tirailleurs démobilisés, y compris les anciens combattants de la Libération. Certains retournent alors dans leur village avec une chemise et un pauvre pantalon. En Côte d'Ivoire, l'administration va jusqu'à leur reprendre les cadeaux qu'on leur avait offert en France.

Les Africains noirs qui avaient combattus aux côtés des britanniques164(*) en rejoignant la Gold Coast sont plus chanceux. Les Britanniques vont se soucier de leurs hommes jusqu'à leur retour. Ils reçoivent intégralement leurs primes et leurs soldes jusqu'au dernier shilling.

C'est donc ainsi que la France remercia les Tirailleurs sénégalais pour leur sacrifice. Ceux qui avaient survécu à la défaite, à de longs mois de captivité ; qui avaient libéré la France  découvrent que la Mère-Patrie attendait d'eux qu'ils s'évanouissent dans la nature sans mot dire, sans causer d'ennui, sans compensation. « Orphée errant, le nègre est ainsi condamné à une ascèse permanente, à une lutte constante, à un mouvement, à une tension qui ne finissent jamais » dit Thomas Melone165(*).

* 137 Admiré même par ses adversaires pour sa stratégie, il sera fidèle jusqu'au bout à Hitler et se suicidera sur ordre de son Führer.

* 138 Parmi eux, des hommes de Tahiti et de Nouvelle Calédonie, le deuxième BM du Tchad, un bataillon d'artillerie composé d'africains et de métropolitains, des légionnaires de la campagne de Norvège, un bataillon de tirailleurs de la marine. SHAT

* 139 Boisson signe avec Eisenhower le 7 décembre 1942 un accord ouvrant ses ports aux troupes alliés et mettant les 110. 000 T.S de l'AOF sous commandement allié. Ce qui ne sauva d'ailleurs pas Boisson. De Gaulle le relève de ses fonctions dès juin 1943. Il meurt quelques jours avant son procès pour trahison.

* 140 Ces fascistes massacrent à Thiaroye des Tirailleurs sénégalais revenus de la guerre.

* 141 Voir citation en annexe.

* 142 CMIDOM, Journal de marche, 13ème RTS

* 143 Joseph Issoufou Conombo, Souvenirs de guerre...,,, pp 58 à 61.

Voir en annexe la citation du Général De Gaulle.

* 144 Interview n°3.

* 145 Voir citation du général De Gaulle en annexe, le 6ème RTS est cité à l'ordre du jour pour le rôle joué dans la garde des prisonniers allemands par le général De Gaulle : ordre n°124 du 7 novembre 1944.

* 146 La 36ème Division américaine arrivée sur lieux la veille laissa aux français l'honneur de libérer Lyon.

* 147 Charles De Gaulle, Mémoires de Guerre, Paris : Plon, 1959 ( vol 3), P33

* 148 CHETOM 15H154 / 1D

* 149 Armées d'aujourd'hui, « Le retrait des troupes noires de la 1ère armée à l'automne 1944 »

* 150 En particulier les Antillais et Africains « citoyens français » qui tenaient à marquer leur différence vis à vis des « indigènes ». Les autres noirs étaient plutôt heureux de cette décision. Ils allaient enfin rentrer chez eux.

* 151 Interview n°4.

* 152 Hordes sauvages

* 153 Lettre du 12 février 1945 du Colonel commandant le 8ème RTS au commandant de la base 801.

* 154 Il y eut en effet des vengeances et quelques tueries d'Allemands dans les camps confiés à la garde de Tirailleurs sénégalais.

* 155 L.S. SENGHOR, Hosties noires, Op. Cit. , pp 153

* 156 Mot créole signifiant blanc à peau noire.

* 157 Aimé Césaire, Cahier..., pp.84à 88. Voir aussi Frantz Fanon, « peau noire, masque blanc »

* 158 Les manuels scolaires enseignaient que les Africains vendaient leurs propres frères, jetant ainsi la responsabilité de l'esclavage sur les Africains. Beaucoup d'Antillais reprochent encore cela ( bien que faux) aux Africains, créant un fossé entre africains et antillais.

* 159 Voir le livre de l'écrivain antillais Frantz Fanon, « Visage noir, masque blanc »

* 160 A St Raphaël, en août 1945, un régiment de Tirailleurs sénégalais, mécontent d'être écarté de la projection d'un film encerclèrent la salle et tirèrent sur les spectateurs tuant deux civils et blessant de nombreux autres. Les Américains et les Russes les soutenaient.

* 161 Maryon Echenberg a étudié le sujet.

* 162 Aimé Césaire, « Cahier d'un retour... », pp. 42.

* 163 Ibid., pp. 88

* 164 Ils seront surtout en Extrême-Orient dans la West African Frontier Force ( WAFF) et ne reviennent en Afrique qu'au milieu de l'année 1946.

* 165 Thomas Melone, De la Négritude dans la littérature négro-africaine, Paris, Présence Africaine, 1962, pp.109.

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