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Approche ethnopsychiatrique du malade réanimé : Réhabiliter l'esprit dans les pratiques de soins

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par Véronique DI MERCURIO
Université Paris 8 - Master 1 Psychologie Clinique 2007
  

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INTRODUCTION

"L'existence est rare. Nous sommes constamment, mais nous n'existons que quelquefois, lorsqu'un véritable événement nous transforme."

Henri Maldiney

La réanimation médicale concerne les personnes dont la vie est en danger et risque de s'achever à la suite d'une défaillance soudaine d'une de leurs fonctions vitales. Elle s'intègre dans une politique de la gestion de la santé publique dans nos sociétés occidentales et modernes où depuis un peu plus de 50 ans les moments limites de début et de fin de vie, des périodes de la vie qui appartenaient au domaine privé, sont désormais pris en charge de manière collective par les institutions de santé publique. Une enquête Nationale (SAR-Samu, 1994) révèle ainsi que 2 personnes sur 3 décèdent dans un établissement hospitalier, dont notamment 3 personnes sur 4 sans la présence de la famille. Cette situation a été dénoncée comme une désocialisation des mourants (L. V. THOMAS, 1978) liée à une interdiction et un escamotage de la mort de nos proches dans nos sociétés occidentales (ARIES, 1975) depuis le début du 20e siècle.

Depuis environ 20 ans, de nombreux débats montrent que les questions de la fin de vie, des états critiques de santé et la manière dont ils sont pris en charge sont devenues un sujet de préoccupation de plus en plus présent dans l'opinion publique. En témoigne notamment l'intérêt populaire pour les séries télé (« Urgences »), la médiatisation à outrance des événements touchant à la mort brutale (épidémie, maladies nosocomiales et canicule), mais également la multiplication de procédures judiciaires contre le corps médical auquel on demande de plus ainsi d'assumer la responsabilité des conséquences irréversibles ou de l'issue tragique lors des hospitalisations.

Or, le système de soins dont chacun bénéficie est aussi celui que la société s'est choisie. Mais ce choix s'est-il effectué en tenant compte de toutes les conséquences que cela impliquait sur la condition humaine de l'homme moderne ?

Moment de la naissance et moment de la mort sont ainsi actuellement traités comme des maladies, d'un point de vue médical. Des aménagements ont certes permis de restaurer un certain confort privé dans les maternités et des associations revendiquant la réhabilitation de l'individu en fin de vie ont été à l'origine de la création d'unités de soins palliatifs.

Il reste pourtant dans les unités d'urgence et de réanimation des situations de maladie aigue et d'urgence où la prise en charge de la survie biologique prime sur le souci de l'état et du confort psychologique du patient. A la brutalité de la défaillance vitale peut s'ajouter celle de l'agression des soins très lourds de restauration des fonctions vitales.

Le personnel médical dédit ses ressources techniques et ses compétences à un combat au nom du patient, voire malgré le patient pour repousser le moment de la mort. La Loi sur les Droits des Malades en fin de vie (Loi Léonetti, 2005) a en effet établi que la situation d'urgence constitue une exception au droit de choix du malade à accepter ou renoncer au traitement, le déclarant en l'occurrence incapable. Auparavant, des aménagements favorisant le confort psychique du malade en réanimation ont été introduits dans les décrets en 2002. On peut néanmoins s'interroger sur les réactions brutales et agressives lorsqu'on observe en réanimation médicale une proportion significative de tentatives d'auto-extubation (arrachement du dispositif d'assistance respiratoire), parfois répétées, aux conséquences souvent mortelles et dont les soignants portent la responsabilité. Ce genre d'accident représente la cause directe d'une part importante de la mortalité dans ces services.

Des discours multiples et contradictoires de la part des médecins, soignants, malades et familles se rencontrent et s'entrechoquent dans des paradoxes insolvables. La situation de réanimation est décrite par les familles à la fois comme une « renaissance » et une « torture », un « passage obligé » et une « prison » subie contre sa volonté, les médecins réanimateurs, les soignants eux-mêmes se représentent comme « sauveurs » ou « meurtriers », et l'observateur hésite entre une situation de fin de vie ou de vie préservée - il n'existe d'ailleurs aucune statistique officielle concernant le devenir des malades de réanimation pour trancher cette dernière question.

Afin de ne pas rester piégés dans ces paradoxes, ce mémoire propose d'aborder la clinique des malades de réanimation avec une approche ethnopsychiatrique qui permet un recul supplémentaire du chercheur par rapport à ses propres conceptions théoriques et culturelles. Habituellement appliquée dans les champs qui confrontent les psychologues à l'altérité, la même démarche peut s'appliquer à des situations sociales nouvelles par rapport à l'histoire d'une culture, confrontant tout une population à de nouvelles formes de deuils.

Elle permet également, plutôt que de porter le regard sur la pathologie, le remède, ou la prévention qui ne fait qu'additionner de nouveaux facteurs et de complexifier le problème, de repenser les pratiques et les théories. (SIRONI, 1997)

La réanimation sera donc vue, dans notre point de vue, considérée comme une pratique de soins en mutation technique permanente, propre à une culture elle-même en mutation, impliquant des transformations profondes à la fois dans la société, par l'attitude face à la mort qu'elle induit et des transformations psychiques profondes des acteurs, soignants, malades et familles avec le risque de nouvelles formes de souffrance que notre culture n'a pas encore appris à gérer.

Cette étude portera sur la manière d'aborder cliniquement les malades de la réanimation eux-mêmes pris dans un paradoxe extrêmement angoissant d'une situation à l'extrême de la vie et de la mort.

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"Soit réservé sans ostentation pour éviter de t'attirer l'incompréhension haineuse des ignorants"   Pythagore