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Approche ethnopsychiatrique du malade réanimé : Réhabiliter l'esprit dans les pratiques de soins

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par Véronique DI MERCURIO
Université Paris 8 - Master 1 Psychologie Clinique 2007
  

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I.3 LA REANIMATION COMME PRATIQUE DANS SON CONTEXTE CULTUREL

I.3.a La relation entre mutation d'une culture et psychologie individuelle

Intégrer un regard culturel à l'étude des souffrances psychiques

L'approche ethnopsychiatrique permet de prendre en compte une dimension culturelle pour mieux comprendre les origines des souffrances psychiques des individus. Elle intègre des travaux en anthropologie et ethnologie dans sa démarche de recherche clinique. Habituellement mis en application dans les contextes de migration ou de sous-groupes culturels, nous proposons d'étudier la mutation des techniques de soins de réanimation propre à notre culture occidentale afin de mieux comprendre le vécu des malades de réanimation. La réanimation est une invention du 20e siècle, un « outil » et « une institution » qui a changé le rapport à la mort dans notre culture et entraîne aussi un changement profond de l' « espèce ». (LEROI-GOURHAN, 1964).

Nous pourrions alors classer notre civilisation comme celle qui a réussi le rêve des civilisations passées, consistant à repousser les limites naturelles de la mort car « Outils et instruments sont si bien objets-du-monde qu'ils peuvent servir de critères pour classer des civilisations entières » (ARENDT, 1958, p. 196). La caractéristique de notre société est bien la suivante : « Pendant des millions d'années, un être vivant qu'on appelle l'homme a vécu sa finitude et sa capacité d'anticiper sa propre mort comme une lutte contre la toute-puissance de la Nature, identifiable à la toute-puissance de Dieu. Depuis quelques siècles, cette puissance est passée entre les mains de l'homme. » (STIEGLER B. in SHEPS R. & Coll. ;1998, page 197)

Les changements culturels se sont opérés très vite car en quelques décennies après l'invention de la réanimation dans les années 50, celle-ci devint institutionnelle et s'est étendue aux pays occidentaux. La définition de la mort a changé : alors que celle-ci se définissait pas l'arrêt de la respiration et du coeur, aujourd'hui, il est possible de suspendre le processus de mort biologique au niveau des organes lorsque les fonctions respiratoires et cardiaques ne sont plus autonomes en les maintenant artificiellement, alors que le cerveau ne fonctionne plus. La déclaration en état de mort clinique permet le prélèvement d'organe car le processus de mort biologique n'est pas encore entamé. La personne vivante ou la famille peut faire don de ses organes à la collectivité et le corps passe du statut privé à un statut de propriété publique. De plus, il est largement admis aujourd'hui que la mort est un moment qui peut être repoussé par des moyens thérapeutiques agressifs et douloureux sur le corps. La mort qui était irrévocable, gérée de manière privée avec des rites traditionnels est maintenant vue comme une maladie dont on peut repousser l'échéance, gérée de manière institutionnelle et déritualisée.

La notion de défenses culturelles

Nous avons vu que la réanimation semble produire une situation traumatique où les défenses psychiques habituelles sont débordées et inopérantes. Ces défenses sont liées au groupe d'appartenance du sujet traumatisé : « Dans notre conception, le traumatisme psychique, corrélat conscient et inconscient de la rupture et/ou de la crise, se manifeste sous des modalités pathologiques, quand le sujet n'est pas en mesure d'échafauder une formation de suture dans son groupe social » (BARROIS, 1998, page 161)

Afin d'interpréter la relation entre défense psychique et culture d'appartenance, nous emprunterons la notion de défenses culturelles qui est associée au « segment inconscient de la personnalité ethnique » (DEVEREUX, 1970, page 4), « composé de tout ce que, conformément aux exigences fondamentales de sa culture, chaque génération apprend elle-même à refouler puis, à son tour, force la génération suivante à refouler. Il change comme change la culture et se transmet comme se transmet la culture. » (ibid. , page 5)

« Dans les situations humaines- c'est-à-dire culturelles - le stress sera traumatisant seulement s'il est atypique ou si, bien que typique de par sa nature, il est exceptionnellement intense ou encore prématuré. Un stress est atypique si la culture ne dispose d'aucune défense préétablie.» (ibid. , page 8)

La réanimation fait partie des situations humaines d'une culture dont les comportements face à la maladie aigue a récemment changé. On peut poser alors la question de l'atypicité de cette situation si de nouvelles défenses ne se sont pas encore constituées. Nous tenterons de déterminer ces aspects défensifs culturels à travers les discours des différents sujets, en portant notre attention sur l'expression du bien-fondé des soins.

Les défenses culturelles peuvent se lire à travers les théories sous-jacentes aux discours des malades et de l'équipe médicale.

Quand la culture évolue, les moyens de défenses habituels qui sont fournis par le groupe d'appartenance ne sont plus disponibles et d'autres défenses peuvent alors se développer mais ils ne sont peut-être pas accessibles à tous les individus du groupe car ils n'auraient pas encore pu, par leur expérience de vie, internaliser ce nouveau discours et avec eux les nouveaux moyens de défense. D'autre part, notre culture entretient une attitude de déni face à la mort qui a pu également faire disparaître les rituels et accompagnement des mourants (ARIES, 1975). Malgré les efforts des associations soutenant la réintroduction du mourant dans la société, les soins palliatifs sont encore très peu développés. (mettre une donnée)

Dans ces conditions, toute personne serait susceptible de souffrir d'une défaillance de ses ressources défensives dans une situation de danger vital. Nous avons observé que des malades âgés et souffrant de multiples maladies fonctionnelles ont exprimé le sentiment d'avoir transgressé une règle naturelle : « ce n'est pas de mon âge tout ça », « « à quoi cela sert, je suis trop vieux » ou exprimait le souhait de ne plus être réanimés contre leur volonté.

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