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Approche ethnopsychiatrique du malade réanimé : Réhabiliter l'esprit dans les pratiques de soins

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par Véronique DI MERCURIO
Université Paris 8 - Master 1 Psychologie Clinique 2007
  

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I.4 LA NOTION DE SOUFFLE VITAL 

I.4.a Origines des théories du vivant

C'est à partir d'une brève synthèse des études en anthropologie de la religion que l'on peut retrouver les théories sous-jacentes aux concepts étymologiques. (DUBUISSON, 2004)

Tout d'abord, les théories sur la vie sont en rapport avec les théories sur la mort, car la vie ne prend sens que lorsque la mort peut être représentée. Les premiers témoignages de l'existence de théories sur la vie et la mort sont les traces laissées par les rites funéraires se trouvent chez l'homme de Neandertal, et remontent à 200 000 ans, à l'époque du paléolithique moyen, puis se sont surtout développés, il y a 50 000 ans avec l'Homo Sapiens. La vie est représentée comme étant liée aux rites de chasse et l'esprit vital est souvent relié à l'animal, d'où l'étymologie d'animal à partir de anima. C'est la partie « vitalité » du concept de « souffle vital ». (LENOIR et MASQUELIER, 1997)

Dans les sociétés traditionnelles, on trouve l'association de l'air et du feu dans la notion de souffle vital remontant à la préhistoire car elle est présente très tôt dans le langage. Dans toutes les cultures traditionnelles, l'air symbolise la vie. L'énergie vitale circule sous forme d'air à l'intérieur du corps, mais doit être recherchée à l'extérieur pour respirer. C'est la partie « souffle » du concept de « souffle vital ».

A chaque époque de l'histoire de l'humanité, ainsi que dans chaque continent, on peut retrouver la notion de « souffle vital » dans les rites religieux et les théories sur la vie et la mort.

I.4.b Conception des sociétés traditionnelles

Afrique noire

On y retrouve des traits généraux avec une conception générale de l'Univers, de la vie et de l'homme ainsi qu'une Sagesse postulant qu'une harmonie est préétablie dans l'Univers mais qu'elle est sans cesse troublée et réordonnée, et que chaque partie de l'Univers est une partie d'un tout. La pensée se transmet par tradition orale, sous la forme de mythes narrant la vie de héros ancêtres, mi-hommes, mi-animaux. Ces traditions comportent aussi le totémisme, qui est le culte d'une espèce animal ou végétale. L'ensemble de ces principes permet de relier l'homme à la nature et les vivants aux morts. Par exemple, chez les Bambara du Mali, on pense que le souffle vital passe par le nez. On désigne celui qui vient de mourir comme celui qui a « perdu son nez ». La maladie est causée par un mauvais vent, sec et chaud, souffle des êtres nuisibles, sorciers et djinns. Les guérisseurs Sereers de Sénégal utilisent la fumigation comme remède. L'extraction du vent chaud du corps du malade se fait à condition de rétablir la paix et l'entente familiale. Le guérisseur utilise aussi son souffle dans l'oreille du malade pour chasser les esprits nuisibles. L'oreille est un réceptacle car il reçoit les paroles mauvaises qui peuvent perturber le rythme de la respiration. Les maladies sont dues soit à des morts-vivants (xon-faaf), trépassés sans sépulture, qui viennent perturber les vivants, à des mauvais enfants (ciit a paaxeer), morts dès leur naissance, à des pangols qui sont des génies ou des dieux protecteurs. La frontière est ténue entre vie et mort, équilibre et déséquilibre. (LAFFON, 2002)

Religions et médecines traditionnelles d'Asie (VALLET, 1999 ; ELIADE, 1958)

Que ce soit en Inde ou en Chine, les religions et médecines traditionnelles ont survécu à la modernisation et l'introduction de l'Islam et du christianisme. Les patients consultent toujours les guérisseurs, divinateurs et médecins traditionnels, qui cohabitent avec la médecine moderne.

La notion de « souffle vital » est un élément essentiel de ces traditions dans toute l'Asie, puisque les techniques sont reliées à la notion de respiration et de circulation d'énergie.

Le Taoïsme chinois utilise le terme chi qui signifie souffle vital et est relié à la respiration. Le Chi est au centre de tous les arts traditionnels chinois : peinture, poésie, arts martiaux, médecine, architecture, calligraphie, etc... Son apprentissage se transmet de maître à élève par la pratique quotidienne. Une mauvaise respiration entraîne le déséquilibre énergétique de l'organisme. L'éveil de la conscience est lié à une bonne respiration en aspirant les énergies du ciel et expirant les énergies impures.

L'hindouisme est une tradition qui mêle philosophie et religion, ainsi que science et magie. Il est à l'origine du Yoga, qui a influencé le taoïsme chinois.

Le Yoga (union) est une technique de contrôle de la respiration et de pratique de règles psychologiques et morales. Elle s'emploie comme thérapie, mesure d'hygiène et permet obtenir des pouvoirs supra normaux. L'état de concentration ultime est un état de fusion entre la pensée et les objets. Le Yoga s'appuie sur la théorie du souffle, considéré comme le mode de l'âme universelle.

De même, la vie humaine est conçue en 4 parties impliquant le souffle :

· âtman ou « souffle vital » qui correspond à la connaissance de Soi et aux sensations, à l'âme,

· Le manas qui correspond aux facultés mentales,

· Le corps grossier qui est lié à l'âme par le souffle (prana)

· Le corps subtil comprenant les sens de la perception, le sens interne et les souffles animant les fonctions organiques.

A la mort, le corps subtil suit l'âme, alors que le corps grossier est détruit. Le souffle, principe de la vie, est présent à la fois dans le matériel et le spirituel, et est relié à l'air ainsi qu'à la respiration. Il peut survivre sans le corps grossier. La délivrance de l'âme peut se faire aussi tout en préservant la vie du corps grossier, par la pratique du Yoga.

Avec le tantrisme, le Yoga se développe au centre de cette religion, où la méthode de délivrance est considérée comme accessible à tous et ne nécessitant pas de préparation spéciale. L'état de délivrance est caractérisé par l'annulation des désirs et donc des souffrances, l'impression que plus rien n'a de réalité. C'est un état d'union à Dieu. La mort produit le même état que la délivrance. Cette vision de la mort comme délivrance comporte un effet rassurant sur le mourant.

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Rassembler les contraires c est creer l harmonie