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Approche ethnopsychiatrique du malade réanimé : Réhabiliter l'esprit dans les pratiques de soins

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par Véronique DI MERCURIO
Université Paris 8 - Master 1 Psychologie Clinique 2007
  

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I.2.b La réanimation comme événement traumatique : un point de départ

Description de l'expérience de mort imminente des malades de réanimation

Pour les malades qui restent conscients pendant tout le processus qui précède l'admission en réanimation, la défaillance des fonctions vitales a été perçue avec une vive douleur au niveau de la fonction défaillante, le plus souvent au niveau du thorax. Le malade conscient a alors la conviction de sa mort prochaine. La possibilité d'être sauvé oriente les conséquences de cette conviction vers une réaction psychique sans doute différente depuis que les secours d'urgence existent. Elle entraîne un espoir d'avoir la possibilité avec un état de doute et d'attente angoissante: l'attente de l'arrivée des secours, doutes sur l'issue des secours lors du transport du malade dans un service d'urgence et de réanimation. A l'arrivée en service de soins, le malade est brutalement confronté à un monde inhabituel et étranger avec des soins agressifs réduisant son corps à ses fonctions vitales. La récupération d'une conscience claire, avec ou sans perte de conscience, toujours qualifiée d' « éveil », mais avec la privation de parole, de mouvement, la sensation de faiblesse est souvent vécue comme une expérience d'extrême souffrance psychique.

Cette expérience est semblable à celle décrite dans la clinique du traumatisme psychique dont le critère essentiel est la confrontation au « Réel de la Mort » :

« La rencontre avec le réel ne se fait jamais parce qu'à sa place se présente une réalité élaborée dans le réseau des représentations et subissant ses lois. » « Ce n'est pas ce qui se passe avec l'image traumatique. Celle-ci pénètre telle quelle dans l'appareil psychique et ne trouve dans l'inconscient aucune représentation pour l'accueillir, la lier, la transformer. » ((LEBIGOT, 2001, page 94)

Mais tandis que les névroses traumatiques sont provoquées par des événements extérieurs, marqués par un effondrement du monde environnant, suivi d'un effondrement psychique puis parfois d'un effondrement biologique, pour les malades de réanimation, le processus suivrait une logique inversée : une défaillance vitale interne et biologique est perçue et s'accompagne de la confrontation avec le danger de mort pour être suivi de l'effondrement des relations au monde habituel (voir schéma ci-après) :

Temporalité du « traumatisme » de réanimation

Nous proposons donc de faire débuter l'événement traumatique au moment de l'espoir d'être secouru puis de le prolonger tout au long du doute sur la survie. Il est également possible de faire un rapprochement entre le vécu des malades de réanimation et la description phénoménologique du traumatisme psychique tel que décrit par CROCQ (1999).

Description phénoménologique du traumatisme psychique de Crocq (1999)

Spécificité de l'événement 

Observations et témoignages des malades

Sentiments de frayeur, d'horreur

Horreur devant la sensation de mort imminente (asphyxie, douleur thoracique) « Je peux pas dire. C'est trop ... » et la conviction de mourir, puis devant les machines de maintien des fonctions vitales. « machines maudites »

Sentiment d'impuissance

Impuissance devant la défaillance vitale, prolongée par l'incapacité de mouvement des soins. « je ne pouvais rien faire »

Absence de secours lors de la confrontation soudaine à la réalité de la mort pour soi-même ou pour autrui.

Doutes sur les secours possibles puis doutes sur le pronostic, maintien du danger. « ils me disent que tout va bien, mais moi je sais que c'est pas vrai »

La pensée ne peut mobiliser des attributions de significations à l'expérience

La pensée est perturbée pendant tout le temps de l'hospitalisation avec moments d'absences, interprétation persécutive, difficultés de concentration. « Tout est allé très vite, je ne me souviens plus très bien »

Phénoménologie du vécu traumatique

Observations et témoignage des malades

Impression d'avoir changé, d'intrusion d'un étranger en soi, nostalgie de n'être plus comme avant, expérience d'être-au-monde contraints et inauthentique

Des sentiments de ne plus se reconnaître dans l'état de malade en réanimation. « on se reconnaît même plus », « ce n'est pas moi ça »

Bouleversement de la temporalité, temps suspendu

Les malades ne savent plus combien de jours s'écoulent, ne cherchent pas toujours à le savoir, vivent dans le présent. « le temps est long quand on souffre »

Expérience de non-sens avec effondrement de 3 convictions narcissiques : invulnérabilité, protection de l'environnement, autrui secourable

Les malades ne pensaient pas en arriver là, peur de rentrer chez soi ou de sortir de la réa, secours ressenti quand le malade accepte les soins et se plie aux exigences des soins.

« tant qu'on est là, la faucheuse guette »

Le concept de « Stress adapté », issu du « syndrome général d'adaptation » (SELYE, 1946), est un état de tension anxieuse modérée qui permet l'adaptation à la situation (LEBIGOT, 2001, page 95). Il est largement employé pour modéliser les troubles anxieux en psychologie de la santé. Pour le vécu des malades de réanimation, nous préférerons celui de « Stress dépassé » (CROCQ, 1999) ou « Stress aigu » (DSM-IV TR) qui représente une angoisse qui submerge l'individu et peut déboucher sur une psychose délirante aiguë dans le cas d'un débordement des défenses psychiques face à la frayeur liée à un événement.

Les observations de l'état psychique des malades peu après leur arrivée en réanimation et à la fin de l'état de confusion est comparable à la réaction au Stress dépassé :

Stress dépassé

Observations et témoignages des malades

Sidération, stupeur, aboulie et immobilité, inhibition motrice, trouble de l'attention, de la mémoire et de la concentration.

Regards de sidération, détournement des yeux, regards fixes, immobilité complète.

Ou Agitation désordonnées

Agitation et mouvement désordonnés des mains sur les draps, vêtements.

Ou Fuite panique

En impossibilité de mouvement, refus de soins ou retraits des sondes et tubes par mouvements des mains.

Ou Action automatique

Impression de rêver

Déréalisation.

Etats conversifs et psychosomatiques (ulcères gastro-duodénaux, hypertension)

Agrippements aux personnes, draps ou barreaux, tics, mâchonnements des sondes, tripotements des sondes.

« ce n'est pas vrai, ce n'est pas moi »

Ulcères de stress, réactions dermatologiques, infections, démangeaisons, crampes.

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