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La contribution de la société civile congolaise au processus de la réforme du secteur de la sécurité dans le cadre de la consolidation de la paix et de la stabilisation du pays

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par Gaston ASITAKI LISIKI
Université Pierre Mendès France - Master 2 en sécurité internationale et défense 2012
  

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MASTER 2 ETUDES INTERNATIONALES ET EUROPEENNES
Spécialité Recherche SECURITE INTERNATIONALE ET DEFENSE

La contribution de la société civile congolaise au processus de la réforme du secteur
de la sécurité dans le cadre de la consolidation et de la stabilisation du pays
par Gaston ASITAKI LISIKI
dirigé par : Mme Liliane PERRIN BENSAHEL

Année 2011-2012

Introduction

Dans un contexte de conflit ou de post-conflit, il arrive que l'Etat concerné, les Etats impliqués et la communauté internationale, conviennent des actions de stabilisation au travers de solutions consensuelles capables d'offrir un haut degré de sécurité a tous.

Pour rendre effective une reprise de la vie normale après des années de conflit, de nombreuses actions sont mises en oeuvre : reconstruction des infrastructures ou création d'autres nouvelles là où elles étaient inexistantes, restauration de l'autorité de l'Etat, réforme du secteur de la sécurité (RSS)... L'organisation des élections démocratiques couronne les efforts en permettant de confier la totale gestion des affaires publiques aux autorités choisies et investies par les populations.

Un tel processus mobilise non seulement les efforts des acteurs étatiques mais aussi ceux non étatiques : individus, groupes d'individus ou diverses formes d'associations. En effet, comme le soutient le rapport de l'OCDE : « accroître la participation des citoyens et faire en sorte qu'ils s'approprient la formulation et la mise en oeuvre des politiques publiques est une composante importante d'un système de gouvernance rénové et du contrat social qui le sous-tend... Faire en sorte que les citoyens participent a tous les stades de la conception et de la mise en oeuvre des interventions en appui de la construction de la paix, du renforcement de l'État et des objectifs plus larges du développement, est considéré être un enjeu essentiel pour la stabilité à long terme ».1

Dans le monde, « de nombreuses organisations de la société civile ont su montrer leur capacité et leur force de mobilisation. L'appui de la société civile peut faciliter la participation des peuples les plus pauvres et les plus vulnérables dans l'implémentation des politiques publiques de développement. Qui plus est, elle participe à l'amélioration des services sociaux de base tels que l'éducation et la santé. Les organisations de la société civile jouent ainsi un rôle croissant dans la bonne organisation de la vie publique »2.

Les efforts pour renforcer la démocratie et la sécurité humaine reposent fortement sur l'implication et le dialogue avec des citoyens engagés et décidés qui s'organisent eux-mêmes en vue de plus de justice et de paix, que ce soit dans des organisations non gouvernementales importantes et bien établies ou dans des alliances communautaires.

Dans le secteur particulier de la réforme du secteur de la sécurité (RSS), la société civile a la compétence et l'autorité nécessaires pour compléter les mandats officiels de contrôle dévolus a l'exécutif, au parlement, au judiciaire et aux institutions nationales de droits humains. La paix, la sécurité et la démocratie ne peuvent se développer qu'au moyen d'un dialogue et d'échanges constructifs entre les institutions politiques et les électeurs de qu'ils ont reçu mandat de représentation.

Au Congo comme partout ailleurs, la société civile constitue un espace de consolidation de la gouvernance démocratique et un secteur non gouvernemental crucial dans la promotion et l'édification de la démocratie mais on se doit de reconnaitre qu'elle est trop vaste, souvent politisée et bien souvent déficiente, au niveau de ses capacités humaines, opérationnelles, financières et organisationnelles.

A la différence des institutions politiques qui sont naturellement identifiées et disposent des modes d'organisation et de fonctionnement bien connus, les organisations de la société civile sont généralement des acteurs « sans carte d'identité ~ du simple fait qu'elles sont multiformes,

1 Le dialogue international sur la construction de la paix et le renforcement de l'Etat, rapport de synthèse, Dili-Timor-Leste, 9-10 avril 2010, OCDE, p.28

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2 Le PNUD et les Organisations de la société civile, in www.beta.undp.org/content/sociétécivile

multisectorielles, encrées voire confondues dans le moule social. Même ainsi considérée, devonsnous méconnaître tout rôle à la société civile dans le processus qui nous concerne, le reconnaître en le relativisant ? Nous pensons que non. Il y a certes a relativiser sur l'impact de cette contribution mais on ne peut la nier. Le cas particulier de son implication dans la réforme du secteur de la sécurité constitue une illustration de sa vitalité.

Une étude assez récente sur l'évaluation de l'appui des bailleurs a la participation citoyenne et à l'imputabilité établit que les OSC restent en RDC les principaux canaux d'expression citoyenne et de présentation des revendications. « Les autorités politiques congolaises et la communauté internationale ont d'ailleurs tendance a recourir a ces organisations pour récolter leurs avis ou même pour les instrumentaliser lorsqu'il s'agit d'exécuter des tâches d'information et de sensibilisation. La pratique de l'interpellation et du contrôle par les OSC, commence a devenir une pratique plus régulière et plus structurée, notamment à l'adresse du Parlement. La possibilité pour ces OSC d'exprimer leur position et d'interpeller est donc de plus en plus admise...»3

Beaucoup d'auteurs ont écrit a ce jour sur la société civile congolaise et son apport dans la vie de la nation. Pour l'essentiel, ils se sont contentés de faire une étude sur son évolution historique. Lorsqu'ils se sont penchés sur sa contribution dans la gestion de la chose publique, ils ont abordé essentiellement les aspects liés à sa contribution au processus de démocratisation du pays. Des structures d'appui international comme la MONUSCO et la Délégation de l'Union Européenne en RDC ont soutenu des études plus dans le but d'avoir des éléments susceptibles de guider leurs interventions.

Plus proche de la thématique qui nous occupe et en illustration, nous citerons le Rapport sommaire de l'évaluation des capacités de la société dans le domaine de la réforme du secteur de la sécurité réalisé par la Société civile du Congo avec l'appui de l'Institut Sud-Africain pour la Démocratie en Afrique, IDASA en sigle, et du Development Found for International Development, DFID en sigle. Quant à la RSS précisément, elle fait l'objet, depuis le milieu de la décennie 1990 au moins, d'un intérêt croissant en sociologie, en sciences juridiques et politiques. Plusieurs approches ont été développées pour saisir le concept et concrétiser sa mise en oeuvre4.

Notre étude offrira l'avantage de se pencher sur la problématique spécifique de la contribution de la société civile dans le processus de la réforme du secteur de la sécurité dans le contexte de reconstruction de l'Etat après les années de conflits armés. Le cas congolais nous servira de modèle illustratif.

A la suite des deux guerres civiles qu'a connues le pays (1996 a 1997 puis 1998 a 2002), la RDC, avec l'appui de ses partenaires internationaux, s'est engagée dans la restauration de l'autorité de l'Etat et la stabilisation du pays. Dans la présente étude, tout en présentant le panorama des efforts multiples initiés pour consolider la paix et stabiliser le pays, nous nous appesantirons sur le grand chantier de la réforme du secteur de la sécurité. Et là, nous relèverons particulièrement l'apport spécifique de la société civile congolaise. Nous ferons premièrement une présentation du processus de la RSS au Congo (Chapitre 1er), nous le contemplerons ensuite dans l'environnement plus grand de la consolidation de la paix et de la stabilisation du pays (Chapitre 2ème). La réforme du secteur de la sécurité et la stabilisation appréhendées, nous présenterons en dernier lieu la part ou

3 Arnaud Gorgemans et Tatien Musabyimana, « Quel rôle pour la société civile », in http://www.cetri.be/spip.php?article1776

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4 Axel Augé, Les réformes du secteur de la sécurité et de la défense en Afrique sub-saharienne : vers une institutionnalisation de la gouvernance du secteur sécuritaire, Afrique contemporaine, 2006/2 no 218, p. 49-67. DOI : 10.3917/afco.218.67, in http://www.cairn.info/revue-afriquecontemporaine-2006-2-page-49.htm, p. 49

mieux la contribution spécifique de la société civile congolaise dans la réforme du secteur de la sécurité, considérée comme préalable pour la stabilisation (Chapitre 3ème).

Pour réaliser ce mémoire, nous recourons essentiellement à deux méthodes : la lecture de la littérature et la réalisation des interviews. Par la première, nous avons recouru à la documentation disponible sur les concepts essentiels de notre travail que sont : la société civile, la consolidation de la paix, la stabilisation et la RSS.

Pour ce dernier concept, relevons que les praticiens parlent à la fois de réforme du secteur de la sécurité, de développement du secteur de la sécurité et même de réforme du système de sécurité. Quant à cette dernière formulation, notons que d'après les Lignes directrices du CAD sur la réforme des systèmes de sécurité et la gouvernance convenues en 2004, un système de sécurité comprend les acteurs essentiels de la sécurité (forces armées, services de police, forces de gendarmerie, services de garde-frontières, services des douanes, services de l'immigration, services de renseignement et de sécurité, etc.), les organismes de gestion et de contrôle de la sécurité (ministères de la Défense nationale et de l'Intérieur, organismes de gestion financière, commissions des plaintes du public, etc.), les institutions judiciaires et pénales (système judiciaire, système carcéral, services de poursuite, système de justice traditionnelle, etc.) et les forces de sécurité non officielles (sociétés de services sécuritaires, guérillas et milices privées, etc.)5. Nous utiliserons, dans le cadre de cette étude, la formulation réforme du secteur de la sécurité, RSS en sigle, et nous limiterons nos propos sur la réforme de l'armée et de la police au Congo.

Les recherches manuelles et électroniques effectuées nous ont procuré suffisamment de matériel pour cette étude. Nous nous sommes penchés à la fois sur les ressources portant sur les concepts généraux que sur ceux traitant en particulier du cas congolais.

Nous avons recueilli les opinions et les commentaires d'un certain nombre d'acteurs de la société civile et des techniciens intervenant, par leur travail, dans les structures comme l'Unité de stabilisation de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation du Congo (MONUSCO), le Plan de Stabilisation et de Reconstruction des zones affectées par la guerre (Programme STAREC) et le Réseau pour la Réforme de la Sécurité et de la Justice (RRSJ). Nous nous sommes intéressés à la fois à ceux de Kinshasa, la capitale qu'à ceux basés en province, particulièrement dans les villes de l'est du pays (Goma, dans la Province du Nord Kivu, Bukavu dans la province du Sud Kivu et Bunia dans le district de l'Ituri, en province orientale), parties de la république les plus impliquées dans les questions qui nous occupent.

Chapitre 1. La réforme du secteur de la sécurité congolais

A la fin d'un conflit intervenant a la suite de la chute d'un régime autoritaire, les Etats se retrouvent fragilisés par notamment un système de sécurité mal contrôlé, déstructuré, incapable de fournir la sécurité indispensable a la stabilité. Les réformes du secteur de la sécurité qui s'initient alors, pour la grande majorité avec l'appui des partenaires extérieurs visent généralement a renforcer les capacités institutionnelles des forces de défense et de sécurité. « Cette réponse d'un caractère quasi systématique »6, comme le qualifie Serge Rumin, est guidée par une conception pragmatique du défi ; ces institutions étant considérées comme des organes exécutant des fonctions de l'Etat, de pouvoir sans lien avec leur fondement social.

5 Manuel OECD CAD sur la réforme des systèmes de sécurité - 978-92-64-037397 - (c) OCDE 2007, p. 5.

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6 Serge Rumin, « La Gouvernance démocratique : un nouveau paradigme pour le développement ? », sous la direction de Séverine Bellina, Hervé Magro et Violaine de Villemeur, Editions Karthala, Paris, 2008, p 1.

L'intérêt d'impliquer la société civile dans un processus comme la RSS réside dans l'affirmation de la constante que « les institutions procèdent du social. D'une part elles incarnent et servent des valeurs qui régulent les échanges et garantissent la cohésion au sein de la société (l'ordre, la justice, la sécurité, etc.) et d'autre part, elles fonctionnent grâce aux ressources provenant de cette même société (argent, individu, information, etc.). A la fin du conflit, la société hérite d'un système de valeurs qui n'ayant pu maintenir la cohésion et la régulation sociale, se trouve altéré. Une réforme cohérente des institutions du système de la sécurité se doit d'intégrer ces conséquences sociales »7.

Au Congo, la RSS a suivi des chemins bien particuliers. A son lancement par les acteurs politiques, anciens belligérants des guerres qu'a connues le pays, la direction du processus fut confiée à la communauté internationale (Section 1). A la suite des élections de 2006 qui ont mis fin à la période de transition, le nouveau pouvoir politique mis en place, se prévalant d'une légitimité populaire issue des urnes, opta pour la reprise en main de la réforme (Section 2). Cependant, aussi bien dans la période allant de 2002 à 2006 que celle postérieure à 2006, la société civile congolaise s'est établie comme une véritable force de propositions et un partenaire majeur dans la RSS, préalable crucial de la prévention des conflits, de la consolidation et du maintien de la paix.

Section 1. La conduite de la réforme du secteur de la sécurité par la communauté internationale (période avant les élections de 2006)

La RSS en RDC repose sur quatre documents majeurs : les accords de Lusaka du 10 juillet 1999 sont le premier. Vient ensuite l'Accord global et inclusif, signé le 17 décembre 2002, à Pretoria par les ex-belligérants congolais. Ce document prévoit expressément un chapitre sur l'armée8 et le Conseil supérieur de la défense9. Le troisième document est la constitution de la transition promulguée le 2 avril 200310 tandis que le quatrième est l'Acte d'engagement de Dar-es-Salaam signé par les autres chefs des groupes armés non signataires de l'Accord de Pretoria. Pour matérialiser cette volonté, il fut créé le Programme National de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (PNDDR). Cette structure visait à appuyer de manière systématique le processus de pacification et la réforme de l'armée11.

La RSS congolaise fut initiée dans un contexte politique ambigu où aucune des parties belligérantes n'avait véritablement gagné militairement la guerre. Bâtissant sur un fragile consensus une politique caractérisée par la mise en place d'un gouvernement dit 1+4 (le gouvernement+les anciens mouvements de rébellion), il s'imposait la nécessité de composer avec tout le monde. Ce modèle de partage de pouvoir et de positions fut répliqué dès lors à tous les niveaux de structures de l'Etat, incluant les forces armées et la police12.

7 Serge Rumin, ibidem, p.1.

8 Lire le document in http://www.grandslacs.net/doc/2826.pdf

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9 Le Conseil supérieur de la défense était composé du Président de la République, des quatre vice-présidents, du Ministre de la défense et nationale des anciens combattants, du Ministre de l'intérieur, de la décentralisation et de la sécurité, des Chefs d'Etat Major de l'armée de terre et de l'air ainsi que de celui de la force navale.

10 Journal Officiel de la RDC du 4 avril 2003 in http://grandslacs.net/doc/2811.pdf

11 L'historique du PNDDR se situe au niveau des repérés suivants :

1° Décret n° 03/041 du 18 décembre 2003 portant création du Comité interministériel chargé de la conception et l'orientation en matière de DDR ; 2° Décret n° 03/042 du 18 décembre 2003 portant création, organisation et fonctionnement de la Commission Nationale de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (CONADER) abrogé par l'ordonnance n° 07/056 du 14 juillet 2007 ;

3° Décret n0 04/92 du 16 octobre 2004 instituant le Programme National de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (PNDDR) ;

4° Ordonnance n° 07/056 du 14 juillet 2007 portant abrogation du décret n° 03/042 du 18 décembre 2003 portant organisation et fonctionnement de la CONADER ;

5° Ordonnance n° 07/057 du 14 juillet 2007 portant création, organisation et fonctionnement de l'Unité d'exécution du PNDDR (UEPN-DDR) ;

12 Les faiblesses du processus de brassage, mixage ou intégration des diverses forces en présence constituent une des explications des la présence des groupes armés toujours actifs dans la partie est du pays et sur lesquels le gouvernement central n'a aucune réelle influence. Celles-ci continuent d'opérer en étroite collaboration avec des groupes rebelles étrangers comme les FDLR, ADF/NALUou LRA et servent des intérêts sécuritaires et mercantiles des pays voisins, des multinationales étrangers et des particuliers nationaux et étrangers, civils et militaires.

C'est dans ce contexte que fut adopté en mai 2005, un plan stratégique de la réforme de l'armée. Basé sur les actions réalisées depuis 2003, le plan présente les objectifs poursuivis, décrit les actions à mener, évalue les moyens à mobiliser et identifie le rôle des différents acteurs. Le processus dit d'intégration alors initié a visé a constituer l'embryon des forces armées congolaises sur la base des éléments13 éligibles issus des composantes et des entités des membres du gouvernement de transition. Le plan prévoyait trois étapes dans le processus de brassage, à savoir la formation de brigades d'infanterie, la formation d'une unité de réaction rapide et l'établissement d'une force de défense forte a l'horizon 2010.

Pour faire face à la gigantesque crise humanitaire qui sévissait à l'est du pays14, relever le défi de la réduction de la violence armée et de la sécurisation des personnes et de leurs biens, consolider la paix, poser les bases de la reconstruction de l'Etat congolais, le Conseil de sécurité des Nations Unies mit en place une de plus importantes opérations de maintien de la paix de son histoire comportant plus de 17 000 soldats et près de 5 000 policiers et personnel civil, 100 avions et un budget de 1 milliard de Dollars américains par an.

Dans les faits, les négociations politiques réalisées en Afrique du Sud (2002-2003) jetèrent les bases de la réforme du secteur de la sécurité et de la justice. Le processus d'intégration15 conçu et supervisé par le Conseil supérieur de la défense est mis en oeuvre par la Structure Militaire d'Intégration (SMI) créée par le Décret n° 04/014 du 26 janvier 2004. Dans son travail, la SMI collabore avec le Ministère de la défense nationale et la Commission Nationale de Désarmement, de la Démobilisation et de la Réintégration (CONADER). Elle bénéficie d'un important appui de la communauté internationale au travers de la Mission des Nations Unies au Congo (MONUC) et du Comité International d'Accompagnement de la Transition (CIAT)16.

Le processus d'intégration fut, sur terrain, complété par les opérations de désarmement, démobilisation et réinsertion des combattants non éligibles (exemple des enfants soldats) ou des anciens combattants qui faisaient le choix du retour à la vie civile. Relevons ici que certaines factions, particulièrement celles issues de l'ex-rébellion du Rassemblement Congolais pour la DémocratieGoma (RCD/Goma), posèrent de difficultés au processus en refusant non seulement d'être brassées avec les autres forces mais aussi d'être déployées loin de leurs zones d'influence de l'est du pays. Ce fut la cause de premiers blocages du processus qui se traduisirent malheureusement par des affrontements armés pendant près de quatre ans (2003-2007) avant que ne soit entamée une nouvelle phase de négociations en vue de leur intégration, connue sous le nom de mixage dont les résultats sont restés mitigés.

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13 Henri Boshoff, « Update on the status of army integration in the DRC », Situation report, ISS, 2/09/2005, p.1. cité in Pamphile Sabahara, La réforme du secteur de la sécurité en RD Congo, note d'analyse du GRIP, 13 mars 2006, http://www.grip.org/bdg/g4600.html

14 D'après les ongs International Rescue Comitee (IRC, Janvier 2006) et Human Rights Watch (HRW, rapport annuel 2005), les différents conflits en RDC ont fait près de 4 millions de morts .

Selon Amnesty International, "Le conflit en RDC a été particulièrement marqué par l'usage systématique du viol comme arme de guerre. Dans l'est du pays, des membres de groupes armés ont violé des dizaines de milliers de femmes, dont des fillettes ou des femmes âgées, ainsi qu'un certain nombre d'hommes et de jeunes garçons, afin de terroriser, d'humilier et de soumettre les populations civiles... Le viol en masse a contribué a répandre délibérément le virus VIH... » Le Programme National de Lutte contre le SIDA en RDC estime que le taux d'infection a atteint 20 % dans les provinces de l'est, et que le virus pourrait menacer plus de la moitié de la population dans la décennie a venir.

En juillet 2011, Le Fonds des Nations Unies pour les Refugiés (HCR) estimaient à 1,7 millions le nombre de personnes déplacées internes en République démocratique du Congo (RDC). La grande majorité d'entre elles se trouve dans les provinces orientales du Nord et du Sud Kivu. Diverses estimations font passer ce chiffre à plus de 2 millions à la suite des derniers affrontements entre les FARDC et le mouvement rebelle M23 au courant des mois de juin et juillet 2012.

15 Attention à la police des notes Le processus d'intégration a consisté a l'identification, la sélection, le brassage et le recyclage des éléments éligibles dans le cadre de la constitution de la nouvelle armée à qui revenait la responsabilité de faciliter la création des conditions de sécurité indispensables à l'organisation des élections et a la reprise économique.

16 Le CIAT est composé des représentants des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité, de l'Afrique du sud, de l'Angola et de la Belgique. Il est présidé par le Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies en RDC.

Le contexte présenté ci-haut portait en lui les germes des difficultés du processus. Le brassage et même le dénommé mixage des troupes constitutives des forces en présence n'a jamais été une réussite totale. Des éléments disparates furent mis ensemble, des formations de base et des équipements limités furent mis à la disposition des brigades intégrées alors constituées sans que les différents acteurs ne se soient véritablement mis d'accord sur le modèle de la nouvelle armée à mettre en place.

La Police Nationale Congolaise, en ce qui la concerne, fut constituée de la fusion de quatre forces de police dans une structure unique, à savoir la Force Publique, les polices urbaines, la Gendarmerie et la Garde Civile ainsi que de l'intégration d'éléments des factions belligérantes. Le Mémorandum sur l'armée et les forces de sécurité signé le 29 juin 2003 par les protagonistes de l'Accord global et inclusif sur la transition prévoyait la constitution de deux unités de police. La première consistait en un Corps de protection rapproché (CPR) responsable de la sécurité des leaders politiques et des sites des institutions de la transition tandis que la seconde était l'Unité de Police Intégrée chargée d'assurer la sécurité des personnes et de leurs biens, dans le pays.

Comme pour l'armée, l'institution policière fut constituée sans qu'aucune doctrine claire ne soit convenue pour elle. Cette police s'avéra une grande mosaïque composite qui rassemblait des retraités, des gendarmes, des gardes civils, des militaires, des combattants des factions belligérantes, des miliciens, des veuves et des orphelins de policiers, ou encore des intellectuels. Disparate, peu professionnelle, cette police hérita de surcroît d'un passé dictatorial, de personnels formés dans l'esprit d'une police au service du régime, d'un style paramilitaire et d'une tradition qui la rendait insensible aux besoins et attentes de la population.

Au regard des développements précédents, bien d'observateurs se sont demandés si il fallait vraiment parler dans le cas congolais caractérisé par le manque de cohérence et de structure de coordination, d'une reforme. Cette préoccupation s'adoucit en prenant en compte la situation particulière de la transition congolaise: d'un côté, il fallait en urgence régler la problématique sécuritaire du pays et de la région et d'autre part, on ne pouvait compter que sur des ressources humaines hétérogènes et très peu formées, les seules à être disponibles.

Dès son origine, la réforme du secteur de la sécurité congolais a failli par son caractère sectoriel. L'absence d'une vision commune n'a jamais permis d'arrêter une approche holistique. En effet, les Orientations du CAD sur la réforme des systèmes de sécurité (2005) qui montrent le chemin à suivre pour tout processus de réforme du secteur de la sécurité relèvent trois défis interdépendants auxquels tous les États sont confrontés : (1) la définition d'un cadre institutionnel clair sur la mise en place d'un système de sécurité qui intègre les politiques de sécurité et de développement et inclut tous les acteurs concernés, (2) le renforcement de la gestion des institutions sécuritaires et (3) la constitution de forces de sécurité compétentes et professionnalisées qui soient responsables devant les instances civiles17. La RDC semble avoir levé l'option de commencer par la fin. Bien de partenaires internationaux ont tenté de faire pression sur le gouvernement congolais pour l'encourager a mettre en place un cadre stratégique et un mécanisme de coordination de la réforme de l'armée mais sans véritable succès : le Plan Directeur de la Réforme des FARDC reste toujours en élaboration.

La difficulté qui a miné la réforme du secteur de la sécurité en général et la réforme de l'armée en particulier depuis son lancement demeure d'un côté l'absence de vision partagée entre les différents acteurs internes et d'autre part l'inexistence d'un consensus sur la marche a suivre entre les gouvernants congolais et ses partenaires extérieurs.

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17 Manuel OECD CAD sur la réforme des systèmes de sécurité - 978-92-64-037397 - (c) OCDE 2007, p. 13.

La période avant les élections de 2006 est marquée par le quasi monopole de coordination de la RSS accordée à la communauté internationale au travers du Comité International d'Accompagnement de la Transition. Il revenait alors a cette structure qui comprenait quelques Etats clés, les cinq membres. On doit relever que le CIAT joua un rôle majeur dans la bonne conduite de la transition. Des structures spécialisées de collaboration et de discussion au sein desquelles la communauté internationale et le gouvernement discutaient des priorités de la transition furent établies. Parmi elles, citons les commissions mixtes dont la plus importante fut la Commission sur la RSS. Cette dernière était chargée d'assurer la coordination de toutes les activités sur l'intégration de l'armée nationale et des services de sécurité. Il lui revenait dès lors de superviser le processus de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR), la formation de la Police etc...

Notons ici aussi la constitution du SSR Contact Group qui fut créé pour soutenir et assurer la cohérence dans les interventions des divers partenaires. Plus opérationnelle encore fut la Coordinated Joint Operations Centre (CCOC), structure créée a l'initiative de la Banque Mondiale. Elle intervenait dans la coordination des opérations de DDR et la supervision du processus d'intégration.

Pour garantir la sécurité des opérations électorales, un Comité de Pilotage pour la sécurisation du processus Electoral (CPSPE) fut mis en place. Ainsi que le renseignent Dylan Hendrickson et Missak Kasongo : « a la veille d'organisation des élections présidentielle et parlementaires (juillet 2006), près de 18 brigades intégrées passèrent par des centres de brassage et plusieurs unités de la Police suivirent des formations sur le maintien et le rétablissement de l'ordre public pour la sécurisation des élections »18.

L'établissement de ces divers mécanismes de coordination fut à coup sûr un indicateur de la reconnaissance de la communauté internationale que la réforme du secteur de la sécurité était un préalable pour le retour du Congo à la stabilité, à la paix et au développement. Mais le revers de la médaille fut malheureusement l'absence d'unité d'action et de direction de la part du Gouvernement de transition qui se manifesta d'avantage au fur et a mesure que l'on s'approchait des élections de 2006. Le mécanisme de prise de décision était jour après jour fragilisé. Il persistait des chaines de commandement parallèles. La volonté politique s'affaiblissait. Cet état des choses ne facilita point le travail des structures multilatérales mises en place. Emergèrent d'avantage des initiatives bilatérales plus appréciées des dirigeants politiques congolais. Le bon accueil réservé à certains partenaires bilatéraux comme l'Afrique du sud, l'Angola ou le Zimbabwé permirent tout de même de faire accélérer la RSS dans bien de points. Mais en même temps le rôle que continuaient d'exercer certains acteurs internationaux comme les Nations Unies donnèrent lieu a ce que d'aucuns ont qualifié de schizophrénie internationale. La réforme était bien partagée entre l'approche multilatérale conduite avec des partenaires comme les Nations Unies, EUPOL, EUSEC... et des initiatives bilatérales nombreuses.

Section 2. La reprise en main de la réforme du secteur de la sécurité par le gouvernement congolais (période après les élections de 2006)

Pour assurer le retour a la paix dans ce pays meurtri par une dizaine d'années de guerres, l'organisation des élections paisibles fut un premier défi. Le deuxième auquel devait faire face le gouvernement de la république demeurait la réforme du secteur de la sécurité.

Après les élections de 2006, le nouveau gouvernement, se prévalant de sa légitimité populaire, s'est engagé dans la redéfinition de ses rapports avec ses partenaires internationaux. En

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18 Dylan Hendrickson et Missak Kasongo, La réforme du secteur de la sécurité en République Démocratique du Congo : enjeux stratégiques, Issue Paper No. 4: Security Sector Reform, Center on International Cooperation, p. 5.

effet, bien d'acteurs politiques congolais estimaient que le leadership cédé au CIAT dans la conduite de la réforme du secteur de la sécurité hypothéquait a bien d'égards la souveraineté nationale. Cette attitude justifia la préférence accordée à la coopération bilatérale en lieu et place de celle multilatérale qui prédominait jusqu'alors. A l'argument maintes fois avancé par les partenaires extérieurs que la RSS ne progresserait pas en raison notamment de l'absence d'un mécanisme de coordination, les autorités congolaises rétorquaient en présentant le travail du CIAT qui pour, elles, n'étaient point un exemple de succès. D'autre part, la communauté internationale n'a cessé de réclamer alors au gouvernement de produire une approche spécifiquement congolaise de la réforme.

L'absence d'un mécanisme de coordination au niveau national favorisa l'émergence de l'approche bilatérale qui, pour certains, permettait a l'Etat congolais de s'afficher directement et de faire valoir plus facilement ses préférences. Une subdivision de fait du travail s'imposa alors : le gouvernement congolais travaille avec la Chine dans la réforme de l'armée, le Japon intervient dans la réforme de la police tandis que la Suède prend le lead dans la réforme de la justice... Bien d'autres partenaires jouent de rôles mineurs dans l'un ou l'autre secteur. On soulignera ici l'engagement de quelques pays africains en appui à la réforme du secteur de la sécurité au Congo : l'Angola et l'Afrique du sud par exemple. Mais la prolifération d'arrangements bilatéraux s'installait sans une réelle cohérence dans les activités : différents standards de formation, absence de doctrine de défense unique et incompatibilités notoires dans les matériels militaires fournis...

Cette politique gouvernementale eut notamment pour effet l'amenuisement de l'influence des Nations Unies dans le secteur de la réforme du secteur de la sécurité. Il devenait dès lors difficile, malgré les moyens importants engagés par la MONUC (transformée en MONUSCO le 1er juillet 2010), de faire émerger une cohérence internationale au milieu de ces différentes approches nationales difficiles à concilier. Une autre illustration du coup porté à la coopération multilatérale dans le domaine qui nous occupe est la manifestation des divergences entre la Banque Mondiale et le Ministère de la défense nationale dans la conduite des opérations de DDR en Ituri engagées en application des accords de paix signés avec les groupes armés locaux. Alors qu'un travail était déjà engagé avec ce premier partenaire, un autre fut initié avec les nationaux pour mener un programme parallèle, sous la direction du Programme National de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (PNDDR). Cette opportunité fut utilisée pour réorienter les activités de réintégration vers un nouveau programme de sécurité communautaire.

Une autre divergence est illustrée sur l'application des mesures d'embargo prises par le Conseil de sécurité des Nations Unies sur la RDC. Ces mesures furent initialement prises pour casser l'économie de la guerre qu'entretenaient divers groupes armés. Alors même que la résolution du Conseil de sécurité comportait une exception en ce qui concerne les acquisitions par le gouvernement national qui devait armer les brigades intégrées ; dans les faits, le gouvernement fut soumis a de limitations qu'il ne lui était pas pratiquement facile d'organiser l'armement de ses troupes.

Une troisième illustration fut l'émergence des deux plans sur la réforme de l'armée différents et presque en compétition : le plan conçu par les FARDC avec l'appui des experts internationaux parmi lesquels un nombre important venant de EUSEC et qui prônait une approche classique de la RSS et celui du Ministère de la défense nationale prônant la constitution d'une armée forte engagée dans la consolidation de la paix et la stabilisation de l'est du pays.

A tout ceci s'ajoute l'opinion largement partagée par bon nombre d'officiers supérieurs et généraux des FARDC qui considèrent la RSS comme le cheval de Troie pour certains partenaires internationaux qui pourraient s'en servir pour imposer au pays leur modèle personnel de réforme.

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Il convient de souligner que ces divergences se sont apaisées mais leur survenance a eu l'effet principal d'alourdir la marche en avant du processus, de le compliquer d'avantage et surtout de faire

perdre du temps. Une position de consensus fut présentée, par la partie congolaise, a l'occasion de la Table ronde sur la RSS durant laquelle le Ministère de la défense nationale présenta le Plan national défense. Mais encore une fois, il fut noté le peu d'empressement du gouvernement congolais dans la création d'une structure de supervision et de coordination de la réforme de l'armée ouverte aux partenaires extérieurs.

Chapitre 2. Le processus de consolidation de la paix et de stabilisation du pays

Malgré la persistance de quelques foyers de tension a l'est du pays, les observateurs de la situation politique du Congo notent que depuis 2006, le pays a réalisé un progrès considérable vers la paix, la réconciliation nationale et le rétablissement économique et social. Ces efforts tentent de tourner la page a une décennie d'instabilité et de conflit qui a fait près de 5 millions de morts d'après les ong Human Rights Watch et International Rescue Committee19 ainsi que de sérieux dégâts dans la région de l'Afrique centrale, avec sept des neuf pays voisins de la RDC expérimentant de violents conflits.

Dans ce deuxième chapitre de notre étude, nous décrirons les traits caractéristiques de l'instabilité dans laquelle s'est installé le pays (section 1) et présenterons les actions initiées tant au niveau national qu'international pour y faire face (section 2).

Section 1. Les traits caractéristiques de l'instabilité

En dépit de ses immenses ressources naturelles, la RDC compte parmi les pays les plus pauvres de la planète. Il est à ce jour le 2ème Etat dans le classement des Etats faillis20 et détient le niveau de développement humain le plus bas, au monde d'après le Rapport sur le Développement Humain du PNUD, édition de 201121. Cette situation est la résultante directe de l'effondrement de l'État et des conflits armés des années 90, conflits qui impliquèrent neuf pays africains et une trentaine de groupes armés et détruisirent presque totalement l'économie nationale. A la lumières des conclusions de l'étude réalisée par James D. Faron : « les résultats montrent qu'un pays qui, une année, est jugé avoir une gouvernance plus mauvaise que celle attendue étant donné son niveau de revenu, court un risque plus important de déclenchement d'une guerre civile dans les cinq a dix années à venir »22. De ce point de vue, la situation de la RDC est très critique.

Une stabilisation s'amorce a partir de 2001 avec l'Accord de Lusaka, qui met théoriquement fin à toute intervention militaire étrangère en RDC. Sur le plan politique, l'Accord global et inclusif de décembre 2002 prévoit un gouvernement de transition qui fut mis en place le 30 juin 2003. Dirigé par un Président de la république et quatre vice-présidents23, ce gouvernement avait pour mission de réconcilier la nation et de réunifier son territoire, de réinstaurer l'autorité de l'État, de créer une armée intégrée et restructurée et d'organiser des élections démocratiques. Celles-ci furent effectivement organisées en 2006. En 2007, la première législature, les premières Assemblées provinciales et le premier gouvernement issus des urnes furent installés. Un second cycle électoral vient de s'achever. Des élections présidentielle et législative ont été organisées en novembre 2011. Les élections locales sont annoncées pour le premier semestre de 2013.

19 HRW, Rapport annuel 2005 et IRC, Rapport, Janvier 2006

20 Failed States Index 2012, in www.foreignpolicy.com/failedstatesindex2012interactive

21 Rapport sur le développement humain 2011, in www.afriquechos.ch/spip.php?/article547

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22 Fearon James D., « Fragilité des États, indicateurs de gouvernance et risque de guerre civile » State Fragility, Governance Indicators, and the Risk of Civil Conflict, Revue d'économie du développement, 2011/4 Vol. 25, p. 153-186. DOI : 10.3917/edd.254.0153, http://www.cairn.info/revue-deconomie-du-developpement-2011-4-page-153.htm

23 D'oü son surnom de ~gouvernement 1+4. Les dirigeants étaient Joseph Kabila, Président de la république (PPRD); Abdoulaye Yerodia Ndombasi, vice-Président (PPRD); Azarias Ruberwa, vice-Président (RCD); Jean-Pierre Bemba, vice- Président (MLC) ; Arthur Z'ahidi Ngoma, représentant la société civile.

Des progrès certains ont été réalisés concernant la situation macro-économique. L'année 2010 a été marquée par une reprise de la croissance (6,1 % contre 2,8 % en 2009) et un allégement des pressions inflationnistes (9,62 % en fin d'année contre 54,3 % a fin 2009)24. La RDC a atteint en juillet 2010 le point d'achèvement de l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (I-PPTE), impliquant un effacement de près de 90 % de sa dette extérieure estimée à environ $13,8 milliards. Plusieurs facteurs ont contribué a l'atteinte du point d'achèvement, notamment la conclusion d'un nouveau programme triennal avec le Fonds Monétaire International, FMI en sigle, en décembre 2009, la mise en oeuvre de certaines réformes structurelles et le maintien de la stabilité macroéconomique au premier semestre de 2010.

Les développements positifs concernant les indicateurs macro-économiques n'ont cependant pas encore résulté en un mieux-être pour la très vaste majorité de la population. Le revenu par habitant est passé de $323 par an en 1960 à moins de $100 en 2008, du fait notamment de l'effondrement des secteurs minier et agricole avec la zaïrianisation25 et les pillages de 1991 et 1993. La situation actuelle est caractérisée par un appareil productif en panne, où le secteur agricole, composé essentiellement de petites exploitations paysannes, et les différentes branches du secteur informel urbain, regroupent plus de 80 % de l'emploi total. Dans ce contexte, les transferts effectués par la diaspora congolaise contribuent sensiblement a l'atténuation de la pauvreté et la dépendance des ménages congolais vis-à-vis de ces transferts s'accroît. Il est difficile d'estimer le total annuel de ces transferts mais il est rapporté que plus de 80 % de ménages dans les grandes villes comme Kinshasa et Lubumbashi vivent en grande partie grâce à de tels transferts de fonds.26

Les principaux indicateurs de développement humain (santé, alimentation, éducation, logement, eau potable, électricité, justice, etc.) demeurent à des niveaux nettement en dessous du minimum nécessaire. Soixante-et-onze pourcent des Congolais vivent en dessous du seuil de pauvreté27 et près de 73% de la population n'atteignent pas le niveau minimal d'apport calorique requis, alors que la moyenne africaine subsaharienne s'établit a 33% (FAO, 2003). Un tiers des enfants de moins de 5 ans souffraient de malnutrition chronique en 2007. Un enfant de moins de cinq ans sur dix souffre de malnutrition aiguë et un sur cinq meurt avant d'atteindre l'âge de cinq ans. Le taux de mortalité pour l'ensemble de la population est de 2,2 pour 1.000 personnes par mois. Ce taux est 57% plus élevé que la moyenne des pays sub-sahariens. 28

L'effondrement du système de santé et du système scolaire donne à cette pauvreté de masse un caractère tragique. D'après les statistiques de l'UNESCO en 2010, le taux de scolarisation est de 48,2%. La faiblesse monétaire des ménages les pousse à dépenser de moins en moins pour la santé alors que près de 85% des revenus vont a l'alimentation. C'est ainsi que 61% des ménages préfèrent recourir aux guérisseurs traditionnels et a l'automédication, plutôt que de fréquenter les établissements de soins modernes. La faiblesse de la couverture sanitaire est une conséquence directe du désengagement du Gouvernement vis-à-vis du secteur de la santé dans les années 1990, de la vétusté des infrastructures et de la destruction d'une bonne partie de celles-ci lors des conflits armés. Les résultats de l'évaluation des districts sanitaires ont montré une couverture sanitaire de

24 "République Démocratique du Congo: Situation socioéconomique en 2010 et perspectives pour 2011", PNUD, Kinshasa, mars 2011

25 Réalisée dans le courant de l'année 1974, la « zaïrianisation » a constitué l'un des évènements des plus destructeurs du tissu économique congolais, à savoir la confiscation et la distribution gratuite aux membres du Parti-Etat MPR des biens commerciaux et des propriétés foncières qui appartenaient à des ressortissants ou groupes financiers étrangers. Si cette mesure s'inscrivait officiellement dans un effort visant à la réappropriation nationale de l'économie ainsi qu'a la redistribution des richesses acquises pendant la colonisation, elle n'a été, en réalité, qu'un pillage au profit de la classe politique.

26 Carrol Faubert, Olivier Cossée, Jups Kluyskens, Didier Mumengi, Evaluation de la contribution du PNUD aux résultats des activités de développement en République Démocratique du Congo (2003-2011), PNUD, 30 novembre 2011, p.24

27 Selon le deuxième Document de stratégie de croissance et de réduction de la pauvreté (DSCRP, projet daté de mai 2011 en cours d'approbation finale), près de huit foyers ruraux sur dix vivent sous le seuil de pauvreté national alors que moins de sept foyers urbains sur dix seraient dans la même situation. Il convient toutefois de noter que ces données sont des extrapolations basées sur une enquête de 2004-05 qui devrait être réactualisée en 2012.

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28 « Plan d'Action Humanitaire 2011 » du Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA), p.41, Kinshasa.

seulement 26% de la population habitant a moins de cinq km ou a moins d'une heure de marche d'un Centre de santé fonctionnel.29

Les évaluateurs du rapport ERAD en arrivent à la conclusion que la RDC a de très faibles chances pour atteindre les principaux Objectifs du Millénaire pour le Développement, OMD en sigle, pour la date cible de 2015.

Selon l'indice de perception de la corruption 2010 de l'ONG "Transparency International", la RDC se classe 164ème sur 178 pays évalués en fonction de la perception du niveau de corruption. Dans un contexte oü la corruption rend l'administration publique structurellement défaillante, paralyse le potentiel d'intervention social de l'Etat, nuit a l'investissement privé et accélère l'épuisement des ressources indispensables au développement, il est presque impossible de réduire la pauvreté. Face à cette situation, beaucoup d'acteurs de l'aide internationale favorisent la mise en place de leurs propres outils de gestion et de suivi de l'aide et privilégient des agents d'exécution privés, notamment les ONG nationales ou internationales.

La situation des droits humains en RDC demeure préoccupante. Tant les rapports successifs du Secrétaire général au Conseil de sécurité que ceux de la Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme font état des violations répétées commises tant par des groupes rebelles que par les forces de sécurité nationales. La Haut Commissaire aux droits de l'homme note que "les principaux défis a relever en matière des droits de l'homme sont les suivants: les arrestations et détentions arbitraires et illégales ; les conditions carcérales, la torture et les mauvais traitements en détention; les violences sexuelles; les violations des droits économiques et sociaux et l'exploitation illégale des ressources naturelles; la situation des journalistes, des défenseurs des droits de l'homme, des victimes et des témoins; l'administration de la justice; et la lutte contre l'impunité des forces de sécurité congolaises."30

Dans ce contexte d'insécurité humaine généralisée, comment s'étonner qu'une violence inacceptable persiste dans le pays? Des progrès importants ont été tout de même réalisés depuis 2003 et les zones sécurisées, telle l'Ituri, sont de plus en plus nombreuses. Mais les besoins dans l'est du pays et dans les zones émergeant de conflits demeurent importants. La situation sécuritaire reste fragile. L'année 2010 s'est particulièrement singularisée par des violents conflits intercommunautaires, notamment dans la province de l'Equateur. Stabilisé depuis, ce conflit, qui s'est déclenché en octobre 2009, suite a une dispute entre les communautés Monzaya et Enyele, concernant l'accès a des étangs piscicoles, a jeté hors du pays près de 200 000 personnes. Au nord du pays, de mars à septembre 2010, 123 attaques de la Lord Resistance Army, LRA en sigle,31 ont été enregistrées. A cause des activités de ce seul groupe armé d'origine ougandaise, 284 000 Congolais sont toujours déplacés a l'intérieur du pays, et plus de 23 500 autres ont trouvé refuge au SudSoudan et en République Centrafricaine. Sur l'ensemble du pays, a la fin de septembre 2010, le nombre de déplacés internes était estimé a plus d'1,7 million de personnes. Le rapport final du Groupe des experts des Nations Unies sur la RDC illustre comment les groupes armés et autres milices forcent les populations à quitter certaines régions du territoire de Masisi, au Nord Kivu, pour prendre leurs terres32.

29 Note thématique sur la santé établie en mars 2011 dans le cadre des travaux préparatoires pour la formulation du deuxième DSCRP

30 "Rapport de la Haut Commissaire des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme et les activités du Haut-Commissariat en République Démocratique du Congo", Assemblée générale, Conseil des droits de l'homme, document A/HCR/16/27, 10 janvier 2011

31 LRA: "Lord's Resistance Army" ou Armée de résistance du Seigneur est une milice rebelle ougandaise qui est devenue un problème régional alors que l'Ouganda, la RDC, la RCA et le Sud Soudan sont désormais menacés par ce groupe.

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32 CSNU, 29 novembre 2010.

A l'est du pays, de la Province Orientale au Nord Katanga, dans un contexte de dilution de l'autorité de l'Etat, les rebellions deviennent de moins en moins politiques et se constituent désormais en véritables armées privées, qui pillent, massacrent, violent et enflamment les villages pour éloigner les populations des zones minières qu'elles entendent exploiter33. Selon l'ONU34, plus de 200 000 femmes ont été victimes de violences sexuelles en RDC depuis 1998, sans que leurs agresseurs aient été punis. Des foyers d'insécurité continuent de subsister a l'est du pays : des hommes mais surtout des femmes et des enfants sont quotidiennement victimes de violences, le plus souvent sexuelles, parfois d'une cruauté extrême. « Ce genre de crime s'est désormais banalisé a un tel point qu'on parle désormais du Congo comme de la capitale mondiale du viol.... Ce qui était autrefois un tabou tend, a la suite du climat d'impunité généralisé, a devenir un fait de droit commun... »35.

Le New-York Times, dans son tirage du 7 octobre 2007, tirait un cri d'alarme en parlant « d'épidémie de viols au Congo. )) Le magazine rapporte que d'après les Nations-Unies 27 000 agressions sexuelles furent commises en 2006 dans la seule province du sud Kivu et qu'il ne doit s'agir que d'une fraction du nombre total d'agressions commises dans tout le pays. Aussi, John Holmes, le sous Secrétaire général des Nations Unies pour les affaires humanitaires déclarait-t-il : « La violence sexuelle au Congo est la pire qui soit commise dans le monde entier ». En juillet 2011, l'ong internationale Médecins Sans Frontières a signalé une augmentation des viols généralisés de populations civiles dans le Sud Kivu36. Les enquêtes de l'ONU sur les deux viols massifs perpétrés mi 2010 et à la fin 2010 au Nord Kivu par des groupes armés non étatiques ont révélé que la plupart des victimes semblaient encore très traumatisées des mois après les événements et qu'elles n'avaient pas reçu l'assistance médicale dont elles avaient besoin37.

Une autre caractéristique du drame humain, particulièrement a l'est de la RDC, est le recrutement des enfants soldats. Malgré les protestations et les condamnations de la communauté internationale, cette pratique s'est poursuivie en 2011. La plupart des enfants soldats qui avaient été retirés des groupes rebelles et de l'armée ont été de nouveau recrutés plus tard38. En 2008, l'UNICEF a signalé que les enfants déplacés au Nord Kivu, en particulier ceux qui ont été séparés de leur famille, sont plus exposés au recrutement, mais également au viol et a l'exploitation39. En avril 2011 le Secrétaire général des Nations Unies a signalé la présence d'enfants dans les rangs de l'armée... 73 pour cent des enfants séparés des forces et groupes armés avaient été recrutés plus d'un an a l'avance40.

La poursuite des activités criminelles de bandes armées et de groupes rebelles, autochtones ou étrangères comme la Lord Resistance Army (LRA), le Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) ou le Mouvement du 23 mars (M23) qui trouvent en RDC une confortable base arrière amène les populations à vivre dans la terreur, à fuir vers les pays voisins ou à venir grossir les bidonvilles des capitales régionales.

33 Le Nord et le Sud-Kivu sont très riches en minerais, principalement la cassitérite, minerai d'étain utilisé dans la soudure, et le coltan, abrégé de colombo-tantalite utilisé dans les téléphones, ordinateurs portables et consoles de jeux. L'exploitation illégale de nombreuses carrières se fait sous le contrôle de groupes armés, surtout de la rébellion hutu des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et certains officiers de l'armée congolaise ex-membres du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkunda, un groupe rebelle congolais rallié à Kinshasa début 2009.

34 Selon le site http://www.un.org/fr/women/endviolence/index.shtml

35 Arnaud Gorgemans et Tatien Musabyimana, ibidem

36 MSF, 3 juillet 2011

37 OHCHR/MONUSCO, 6 juillet 2011 et 22 juillet 2011.

38 AGNU, 11 mai 2011

39 UNICEF, 14 novembre 2008

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40 CSNU, 23 avril 2011, paras 37-38

La culture de la violence et de l'impunité constitue un obstacle à tout effort de développement. Le Général, ex rebelle du CNDP, Bosco NTAGANDA poursuivi par la Cour Pénale Internationale, a bénéficié pendant longtemps de la protection du gouvernement congolais. Il n'est malheureusement pas difficile, en RDC, de trouver des zones de non-droit. A Kinshasa, la capitale, même, il existe des poches de dénuement et d'insécurité aiguës41. Aussitôt la nuit tombée, les quartiers populaires assistent, effarés et impuissants, a l'extrême violence du banditisme armé qu'on appelle "phénomène Kuluna". Les affrontements féroces entre gangs rivaux, les cambriolages résidentiels, les vols de voitures, la violence physique et sexuelle contre les femmes, les agressions sur la rue et l'abus des drogues sont autant de volets de ce "phénomène". Face à cette criminalité violente, beaucoup de Kinois s'organisent en autodéfense et on assiste a une prolifération de compagnies de sécurité et de gardiennage privées.

Quand bien même d'importants efforts pour la stabilité et la restauration de l'autorité de l'Etat ont été réalisés, ils ne sont encore que le début d'un processus et nécessitent d'être consolidés. Les menaces posées par les groupes armés étrangers et nationaux ont été réduites de manière significative mais certaines zones du pays, et particulièrement a l'est, demeurent sous le contrôle de groupes armés illégaux. Comme l'explicite le rapport de l'UNODC, « les foyers restants d'instabilité et de violence qui se concentrent pour l'essentiel dans l'est du pays semblent de plus en plus résulter d'agissements criminels perpétrés dans un climat d'impunité persistante et de carence institutionnelle, plutôt que des conflits armés... ».42

Les structures établies pendant l'Accord de Ngurdoto, le Communiqué de Nairobi, le Processus de Juba et la Conférence de Paix de Goma prévoient les voies pour traiter avec ces groupes armés illégaux qui doivent être dissous et remplacés par des autorités étatiques légitimes. Le déploiement de la PNC, pour substituer les FARDC, et assurer l'ordre public demeure un préalable important vers la stabilité, comme l'est le déploiement des représentants légitimes de l'Etat ainsi que des membres du personnel judiciaire et pénitentiaire. La stabilisation totale du pays sera finalement atteinte lorsque toutes les populations déplacées et réfugiées pourront regagner en toute sécurité leurs maisons, les routes ré-ouvertes et le respect de la loi restauré.

Pour y parvenir, des efforts importants au niveau tant international que national sont mobilisés. Nous aborderons dans le cadre de notre étude, en illustration, la Stratégie Internationale pour la Sécurité et la Stabilité de l'Est de la RDC (UNISSS) et le Programme National de Stabilisation et de Reconstruction de l'Est du pays (STAREC).

Section 2. Une stratégie internationale et un programme national de stabilisation

Même en considérant que le concept de stabilisation n'est plus nouveau pour le système des Nations Unies, la RDC constitue le premier pays oü il est mis en oeuvre a une échelle aussi grande. Toutes les agences des Nations Unies impliquées sont dans une phase d'apprentissage a cette échelle.

La Stratégie Internationale sur la Sécurité et la Stabilité de l'est de la RDC (UNISSS), initiée en 2008, a pour objectif la sécurisation et la consolidation des régions instables dans cinq provinces du pays (Nord Kivu, Sud Kivu, Maniema, Nord Katanga et Ituri) avant que les opérations de maintien de la paix et le déploiement militaire soient transférées a d'autres acteurs. Elle réunit la MONUSCO, diverses Agences des Nations Unies, le Gouvernement de la république, les FARDC, la PNC, la société civile et la communauté internationale pour s'assurer que la sécurité et la stabilisation peuvent être restaurées dans l'Est du pays.

41 En 2010, certains quartiers de la capitale ont été déclarés éligibles pour une aide humanitaire sous le Pooled Fund geré par le PNUD/RDC.

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42 UNODC, Criminalité organisée et instabilité en Afrique centrale, une évaluation des menaces, 2011, p....

Trois séries d'activités sont exécutées dans le cadre de cette stratégie. La première série d'activités a pour but de sécuriser les régions a hauts risques et comprend les opérations militaires ainsi que les initiatives politiques et diplomatiques pour neutraliser les groupes armés actifs. La seconde série vise la consolidation de la sécurité et se charge du rétablissement immédiat mais limité ainsi que des activités de prévention de conflits qui peuvent être rapidement exécutées. La troisième série d'activités se focalise sur le transfert des opérations au moment opportun a des partenaires fiables tels que le Gouvernement, les agences des Nations Unies, les ONG, et d'autres partenaires.

La stratégie internationale est articulée autour de 4 composantes et 16 sous composantes ayant pour objectif de donner une réponse intégrée au complexe problème de stabilité dans l'est du pays: la sécurité, le soutien politique, l'autorité de l'Etat43 ainsi que le retour et la réintégration des populations. Le renforcement des institutions continuera longtemps encore après la fin du mandat de la Mission des Nations Unies, soutenu par les autres agences onusiennes et par l'entremise d'autres structures de rétablissement et de développement.44

En dépit d'énormes efforts réalisés, la situation sécuritaire de la RDC demeure caractérisée par des poches d'instabilité dans les régions de l'est du pays.

Le Gouvernement de la république a élaboré en juin 2009, un plan de stabilisation et de reconstruction des zones affectées par la guerre dit programme STAREC. Pour l'histoire, relevons que ce programme a été développé sur la base des interventions de stabilisation menées par la communauté internationale et d'un premier plan dénommé « Programme Amani »45.

En effet, la reddition du CNDP en sigle, et l'intégration de ses éléments armés au sein des FARDC ; les opérations conjointes entre d'une part les FARDC et l'armée ougandaise contre la LRA et d'autre part les FARDC et l'armée rwandaise contre le Front Démocratique pour la Libération du Rwanda, FDLR en sigle, avaient largement atténué les tensions a l'est du pays. Les nouvelles conditions sécuritaires créées permirent alors au gouvernement d'envisager un traitement coordonné des problèmes humanitaires et la reconstitution des bases économiques et sociales pacifiées. Par la mise en oeuvre de ce programme, le gouvernement national entendait exprimer son intention de mettre fin au cycle de conflits armés dans la région.

Le Gouvernement congolais et les partenaires internationaux ont dès lors convenu que l'UNISSS constituera le mécanisme opérationnel et financier initial pour appuyer les efforts de

43 Dans le cadre de cette sous composante et en exécution du projet Plan de stabilité a l'est, financé par le Royaume de Pays Bas, l'UNOPS et l'OIM ont

construit : 14 commissariats de police, 7 bureaux administratifs, 4 tribunaux de paix et 4 prisons. Le PNUD est intervenu comme agent administratif et financier du projet.

44 Document du projet Soutien à la stratégie du Gouvernement pour la sécurité et la stabilisation a l'est de la RDC, PNUD, 2008, p 1.

45 Afin de remédier à la situation de conflits récurrents dans sa partie Est, le Gouvernement de la RDC, avec l'appui de la Communauté internationale, a décidé d'organiser la Conférence sur la Paix, la Sécurité et le Développement dans les deux provinces du Nord et du Sud Kivu, du 27 décembre 2007 au 23 janvier 2008, à Goma. La conférence visait à plancher sur la problématique de la permanence des groupes armés nationaux et étrangers incontrôlés, des crises identitaires et tentions intercommunautaires, des affrontements armés et l'afflux des déplacés et des réfugiés. Cette Conférence a connu la participation d'environ 3000 personnes de tous horizons (représentants des communautés de base, du pouvoir coutumier, députés provinciaux, parlementaires nationaux, exécutif provincial, gouvernement central , institutions d'appui a la démocratie, représentants du pouvoir judiciaire, de l'armée et de la police, président des assemblées provinciales, représentants de la Société civile, personnalités impliquées dans la dynamique de la paix ou de la guerre, représentants des pays voisins, représentants de la communauté internationale, experts/facilitateurs nationaux et internationaux).

Elle a abouti a la signature de deux actes d'engagement en faveur d'un cessez le feu, d'un désengagement des troupes et de l'observation des principes humanitaires et des droits de l'homme. Elle a aussi recommandé la mise en place des structures de suivi a travers la création du programme AMANI de sécurisation, pacification, stabilisation et reconstruction du Kivu, institué le 02 février 2008 par le Chef de l'Etat comme mécanisme national approprié de suivi et de mise en oeuvre des résolutions et recommandations de la Conférence. Ainsi, de février à juin 2009, le Programme Amani a été le cadre national approprié et consensuel indiqué pour soutenir et mener à son terme le Processus de paix dans l'est du pays. Avec comme objectifs clés :

1° le désengagement des groupes armés ;

2° la sécurisation et la pacification des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ;

3° l'observation des principes humanitaires et des droits de l'homme ;

4° l'aide au retour aux déplacés internes ;

5° la restauration de l'autorité de l'Etat sur toute l'étendue du territoire national.

stabilisation dans l'est de la RDC. Afin d'assurer la continuité entre l'humanitaire, la stabilisation et les activités de relèvement, les programmes menés dans le cadre de l'UNISSS sont coordonnées avec les mécanismes et les cadres existant au niveau national.

En juin 2009, presqu'une année après sa création et sa mise en oeuvre, le Programme Amani a été remplacé par le STAREC (Ordonnance présidentielle N° 09/051 du 29 juin 2009). A l'opposé de Amani, le STAREC verra sa sphère géographique élargie pour embrasser cinq (5) provinces : le Nord et le Sud Kivu ; le Maniema ; le Katanga et la Province Orientale. Il vise en ce qui le concerne les objectifs communs à toute la Communauté internationale qui soutient la RDC dans le processus de retour à la normalité et à la paix, à savoir :

1° améliorer l'environnement sécuritaire par l'appui a la dissolution des groupes armés ainsi qu'à la réforme du secteur sécuritaire ;

2° appuyer les processus politiques pour la mise en oeuvre des accords pertinents ;

3° appuyer la restauration de l'autorité de l'Etat dans les zones affectées par le conflit ;

et 4° appuyer le retour et la réintégration des personnes déplacés internes et réfugiés, ainsi que le relèvement communautaire.

Ainsi qu'on le voit, le STAREC prévoit l'extension des efforts de stabilisation et de relèvement à des zones géographiques plus larges que celles prévues aussi dans l'UNISSS (les 2 Kivu, le district de l'Ituri, le Haut et le Bas-Uélé, le Maniema et le Nord Katanga), et incorpore de nouvelles priorités. On notera par exemple l'extension dès 2011 de ce Programme à la partie ouest du pays pour prendre en compte notamment les besoins de sécurité et de stabilisation recensés dans la province de l'Equateur, au nord-ouest du pays.

La mise en place du Programme STAREC et l'UNISSS, qui constitue le cadre a travers lequel la communauté internationale compte appuyer les priorités du Gouvernement dans ce domaine, ont ainsi été établis pour assurer la cohérence et la bonne coordination des efforts nationaux et internationaux. Ces deux cadres fournissent des mécanismes stratégiques, programmatiques, et financiers pour appuyer la mise en oeuvre des interventions prioritaires46. Le grand nombre d'acteurs nationaux et internationaux impliqués dans ces mécanismes nécessite une forte capacité de coordination pour assurer l'intégration des efforts dans la planification, la mise en oeuvre et le suiviévaluation, et ceci à plusieurs niveaux : national (Kinshasa), interprovincial, provincial et de district.

Afin de mettre en oeuvre le STAREC, un Fonds de Consolidation de la Paix, FCP en sigle, a été constitué au niveau des Nations Unies et un Plan prioritaire a été élaboré et sera la base des premières allocations des fonds. L'objectif global du plan prioritaire du FCP est de se concentrer spécifiquement sur les priorités et les lacunes relevées dans les cadres du STAREC et d'UNISSS, et qui si elles ne sont pas prises en compte à court terme, mineront les efforts de stabilisation dans la région.

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46 « Le territoire de Rutshuru est compté parmi les plus touchés par un nombre très croissant d'actes criminels, d'assassinats et de viols des

femmes de tous âges pendant les trois derniers mois. En majorité, les auteurs de ces infractions sont identifiés comme des porteurs d'armes a feu dont de nombreux militaires et parfois les violences sexuelles sont couplées d'assassinats très atroces des victimes. Généralement un nombre très réduit de ces cas de violences sexuelles est répertorié et porté en justice dans certains milieux lorsqu'on les compare à la situation réelle. Selon des déclarations de femmes présentes aux audiences de Rutshuru, la crainte de représailles par les auteurs contre les victimes sont aussi à la base des réticences à dénoncer surtout lorsqu'il s'agit de délinquants en armes. Et l'absence de peines exemplaires a l'égard des criminels est un facteur favorisant l'augmentation de la criminalité dans ces milieux. Pour palier à ce triste constat, actuellement, des cliniques juridiques sont en train d'être installées dans différents milieux du Nord et du Sud-Kivu par le programme « Accès à la Justice, protection juridique et judiciaire des victimes des violences sexuelles et violences basées sur le genre » du PNUD afin de permettre aux victimes, en particulier les victimes des violences sexuelles, d'ester en justice dans des conditions acceptables ~. Illustration d'une activité d'un projet Accès a la justice, développé dans le cadre du programme STAREC, STAREC Infos n° 18, www.starec.cd

Chapitre 3. La société civile congolaise et la réforme du secteur de la sécurité

La sécurité est à ce jour entendue comme un bien collectif dont la gestion est de la responsabilité de tous. En tant que telle, sa compréhension élargie et formulée sous le concept de sécurité humaine, complète celle restrictive de sécurité des institutions et de leurs animateurs. C'est seulement ainsi que les organes du secteur de la sécurité (armée et police pour le cas de notre étude) sont considérées comme des services au service de la communauté nationale.

Prise pour un patrimoine commun, la sécurité sollicite « la contribution spécifique d'un chacun dans une synergie de laquelle doit se dégager un système de sécurité qui soit en symbiose avec les exigences du respect des droits humains, de la gouvernance démocratique, de la transparence et de la redevabilité ».47Il apparaît dès lors que la société civile a un rôle capital à jouer.

Bien plus, « la confiance du public dans le secteur de la sécurité est vitale pour la création et le maintien d'institutions démocratiques solides et indépendantes, l'engagement d'organisations de la société civile (OSC) crédibles dans le domaine de la politique de sécurité contribue grandement à la responsabilisation et a la bonne gouvernance. L'intercession par des groupes de la société civile représentant des communautés locales et des groupements d'intérêts permet a des acteurs parfois marginalisés de s'exprimer ainsi qu'à ouvrir le processus de prise de décision a un plus large spectre d'options. Les OSC ont un rôle vital a jouer non seulement dans l'établissement des démocraties, mais aussi au sein des états non démocratiques, sortant d'un conflit ou d'un régime autoritaire et dans lesquels les activités des OSC peuvent encore avoir un impact sur la prise de décision des élites qui monopolisent le processus politique »48

Dans ce chapitre, nous essayerons de saisir le rôle de la société civile dans la RSS (section 1) et nous en ferons une illustration par la présentation du Réseau pour la Réforme de la Sécurité et de la Justice (Section 2).

Section 1. Le rôle de la société civile dans la réforme du secteur de la sécurité

Comme le rappelle le Professeur MBELA déjà cité ci-haut, « l'objectif global de la réforme était de doter la RDC des moyens et des capacités de développer un système efficace de sécurité qui se conforme aux normes démocratiques, aux principes de la bonne gouvernance et a la règle de l'Etat de droit pour le bien être des populations »49. Et dans notre pays, la société civile a été l'acteur qui s'est le plus engagé dans la détermination des objectifs qui devaient être fixés au processus de la RSS, plus celui qui a davantage travaillé pour la construction d'une paix durable et d'un Etat légitime.

Les développements de cette section consisteront d'une part à la définition du concept de société civile (paragraphe 1) et d'autre part à la présentation de son rôle dans la RSS (paragraphe 2).

§1. Définition de la société civile

Des livres entiers ont été écrits sur la signification de la « société civile »50 et la définition de ce concept s'est avérée une tâche complexe et parfois un processus controversé. Le secteur de la « société civile » a été libellé le « troisième » secteur, le secteur « bénévole », le secteur « non lucratif ~, le secteur « caritatif ~ ou « indépendant ~ et « l'économie sociale ~. Aucune définition ne peut faire l'unanimité a ce sujet. Dans le cadre de ce travail, nous considérons celle donnée par le Centre

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47 Mbela Hiza Mulanassan, La réforme de la Police Nationale Congolaise dans le processus de la refondation de l'Etat : défis et perspectives, Editions MES, Kinshasa, 2012, p.24

48 Contrôle public du secteur de la sécurité, guide pratique pour les organisations de la société civile, PNUD, 2008, p.3

49 Mbela Hiza Mulanassan, ibidem, p. 64

50 De nombreuses études ont tenté de définir la société civile et de catégoriser les organisations de la société civile. Pour des exemples voir le Projet de Manuel sur les Organisations sans but lucratif de l'ONU, Centre Johns Hopkins pour les Etudes sur la Société civile ; Ecole d'Economie de Londres, Centre pour la Société civile ; Indice CIVICUS de la Société civile.

pour le contrôle des Forces Armées (DCAF): « La société civile renvoie généralement à cette sphère d'actions collectives et volontaires, menées par des citoyens, et qui se développent autour d'intérêts, de buts et de valeurs partagés. Ce terme recouvre la façon dont les citoyens s'associent pour mener leur existence, pour exprimer leurs opinions, poursuivre leurs intérêts, échanger de l'information et ménager leurs différences, en créant des relations et des institutions sociales qui sont aussi diverses que les gens qui les ont établies aux niveaux local, national, régional et international. Les syndicats, les groupes environnementaux, les congrégations religieuses, les instituts de recherche et les mouvements de base populaires et indigènes sont autant d'exemples d'organisations de la société civile ».51

L'implication des organisations de la société civile (OSC) sur le terrain est a ce jour indéniable. Elles disposent de ce fait souvent d'informations de première main, et parfois même elles sont les seules ou les dernières à avoir accès à certaines régions ou à certaines populations. Le cas congolais corrobore bien à cet égard ce qui a été observé des zones peu accessibles du Liberia, de l'Ouest de la Côte d'Ivoire ou du nord de l'Ouganda.

Grâce aux relais dont elles disposent dans certaines situations, elles sont les acteurs les plus aptes a jouer un rôle précieux d'alerte précoce. Ceci a été le cas, par exemple récemment à propos de la situation humanitaire au Darfour où ce furent des organisations comme Médecins sans Frontières et bien d'autres qui ont lancé les premiers signaux d'alerte. Il est bien reconnu maintenant que l'engagement sur le terrain des grandes ONGs contribue pour beaucoup à leur légitimité. A ce titre, elles jouent un vrai rôle d'éveil des consciences sur des drames comme les atteintes aux Droits de l'Homme, les situations de vie difficiles de réfugiés, le recrutement des enfants soldats etc...

La réussite de la gouvernance démocratique dépend de l'existence tant d'un Etat solide que d'une société civile saine et active. « Des taux élevés de participation citoyenne sont un élément essentiel de la gouvernance participative qui, de nos jours, porte de plus en plus sur la création d'institutions démocratiques intégratrices et a l'écoute et l'augmentation des possibilités pour la participation citoyenne »52.

Les organisations de la société civile apparaissent donc comme des

partenaires incontournables des décideurs politiques car elles sont les mieux placées pour détecter les besoins des populations en termes d'aide au développement.

En règle générale, la société civile intervient pour :

- Permettre une meilleure participation des citoyens dans la gestion des affaires53 ; - Répondre aux besoins sociaux, y compris la prestation des services ;

- Donner une voix aux groupes les plus vulnérables54 ;

- Surveiller les résultats des actions des gouvernants55 ;

- Servir de partenaire a l'Etat et au monde des affaires...

La situation de la société civile congolaise est bien particulière. Emanation des mouvements et groupements politiques, les OSC du pays demeurent bien fragiles. Elles sont en fonction des intérêts

51 Contrôle public du secteur de la sécurité, guide pratique pour les organisations de la société civile, ibidem p. 8

52 Le rôle de la réforme juridique en soutien à la société civile : Document d'orientation, Centre international de droit des associations à but non lucratif et Programme des Nations Unies pour le Développement, Août 2009, p. 5

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53 Formation des enseignants d'éducation civique et des acteurs de la société civile sur réforme de la sécurité en RDC, in www.societecivile.cd/node/4545

54 Déclaration du COJESKI-RDC relative à la persistance de l'insécurité et des conflits armés dans la province de l'Equateur en RDC, in www.societecivile.cd/node/4298

55 Autopsie de la déliquescence de l'armée congolaise et pistes d'une véritable réhabilitation du Congo dans le concert des nations, in www.societecivile.cd/node/4334

soit alliés soit adversaires du politique qui, au gré des enjeux et des intérêts, les soutiennent ou les combattent. En raison de leur faiblesse, leur impact dans la vie politique, économique et sociale du pays est demeuré limité.

§2. Rôle de la société civile congolaise

La RDC est, au centre de l'Afrique, le pays le plus vaste, le plus peuplé et probablement le plus stratégiquement important du point de vue de ses potentialités économiques. La mesure dans laquelle sa population participe aux décisions des politiques publiques peut être déterminante pour non seulement la stabilisation de la région mais aussi la construction d'un projet démocratique dans pratiquement tous les pays de la région. Un Congo stable peut permettre de poser les bases d'une Afrique stable, déclarait Mr. Ban Ki Moon, Secrétaire général des Nations lors de son allocution à la société civile congolaise, le 30 juin 2010.

« Qui, sinon la société civile congolaise, a maintenu debout le pays et la nation ? Pendant les années de déconfiture progressive, ce sont bel et bien les associations communautaires, les paroisses, les ONG, les mouvements de femmes, de jeunes, de producteurs, d'agriculteurs... qui ont pris le relais de la faillite progressive de l'État. Organisant et finançant l'enseignement, les centres de santé primaires, les hôpitaux de référence, entretenant parfois les routes, assurant la formation initiale et continuée de nombreux adultes qui avaient dû quitter trop tôt l'école, cette société civile a préservé les fonctions vitales de l'État »56.

Déjà pendant le temps fort de la guerre civile, la société s'est mise en avant pour rechercher les voies et moyens pour débloquer et relancer le processus de négociation pour une paix durable en RDC. A l'initiative de l'Association Africaine des Droits de l'Homme, ASADHO en sigle, les OSC congolaises se sont retrouvées, à Cotonou, au Bénin, du 19 au 21 octobre 2000 en une Conférence de la Société Civile de la RDC. Le thème général des travaux fut : "Relance du processus de paix en République Démocratique du Congo ".

Toute communauté des peuples repose sur un certain nombre de piliers, notamment la paix, la satisfaction des besoins de base tels que le logement, l'habillement et l'alimentation, l'accès a l'instruction, a la santé, a la culture, aux loisirs etc. Il est des Etats oü l'Etat se montre bien apte à rencontrer ces besoins populaires mais il en est d'autres oü ils ne sont pas satisfaits comme l'auraient voulu les populations. La société civile intervient alors comme un contrepoids pour rappeler les désidérata populaires57.

En effet, les organisations de la société civile jouent un rôle politique évident58, mais à des degrés divers, selon leur objet spécifique59. Les plus actives, sur le plan de la réclamation du droit de participation politique en vue de la transparence et la bonne gouvernance, sont les organisations qui s'occupent de défendre des droits de l'homme60, les organisations ayant pour objet l'éducation civique et politique des citoyens, les organisations féminines (comme les femmes magistrates, les femmes avocates, les femmes ministres et parlementaires), et, dans une bonne mesure, les organisations syndicales.

En plus de reconnaître l'intérêt d'une approche inclusive dans tout processus de transition sécuritaire, nous nous devons de rappeler que la méthode participative garantit leur durabilité. Ainsi

56

Arnaud Gorgemans , Tatien Musabyimana, ibidem

57 Déclaration des défenseurs des droits de l'homme sur la situation sécuritaire a l'est du pays, in www.rrsj-rdc.org/meta/wp-content/upload/?p=1882

58

La société civile accuse les FARDC de pillage à Walikale, in www.rrsj-rdc.org/?p=1882

59

Lettre de la société civile de la RDC au Conseil de sécurité des Nations Unies, in www.rrsj-rdc.org/meta/wp-content/upload

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60 La mort de Floribert Chebeya est une conséquence logique de la non-republicisation du secteur de la sécurité congolais, in www.societecivile.cd/node/4347

que l'attestent Veronique Dudouet, Hans J. Giessman et Katrin Planta, « des programmes dictés par des besoins, par des intérêts et par des pratiques locales, ont bien plus de chance de se maintenir une fois que l'aide extérieure61 et les missions internationales prennent fin ».

Les organisations de la société civile ont participé activement au processus démocratique du Congo qui a conduit au lancement et à la réalisation du processus électoral, par divers programmes de formation à la citoyenneté et par la sensibilisation de la population. Cette implication dans le réveil à la participation démocratique ne les a pas détournés de leurs autres missions portant sur l'amélioration des conditions de vie de la population par la formation, la création de services tels que les mutuelles de santé, l'organisation de coopératives de production agricole, d'épargne et de crédits...

Sur la base de la Constitution de 2002, les élections législatives, présidentielles et provinciales pluralistes ont été organisées en 2006 et des mécanismes de participation populaire et de décentralisation du pouvoir ont été mis en place. La volonté de participation au processus politique fut largement appuyée et consolidée par la société civile.

Au Dialogue Inter-Congolais tenu à Sun City et à Pretoria en Afrique du Sud, la société civile a joué un rôle de premier plan, notamment à travers les représentants des confessions religieuses catholique, protestante, orthodoxe, et musulmane. A l'issue de ces travaux destinés a concevoir et à élaborer un nouvel ordre politique dans le pays qui a souffert d'une longue dictature et de nombreuses atrocités de la guerre, la société civile a été amenée à assumer des fonctions importantes dans les institutions politiques, spécialement celles dénommées « institutions d'appui a la démocratie ».

Dans le cas spécifique du Congo, notons que le dynamisme de la société civile congolaise tire sa source de la paralysie des services publics de l'Etat et de la rupture de la coopération internationale structurelle en 1991. Depuis lors, les activités de la société civile se renforcent, se diversifient et dépassent largement les aspects de secours pour englober la gestion sociale et partiellement économique de la société congolaise: comités des parents qui assument les coûts des écoles dans leur communauté, coopératives de production et de transformation de produits du maraîchage, ateliers de confection, organismes de défense des droits de l'homme, d'encadrement des personnes vivant avec le VIH/SIDA, etc. C'est dans ce contexte que le nombre et l'ampleur des ONG congolaises croissent considérablement, et leurs activités se substituent souvent à l'absence de l'Etat. Au cours de deux dernières années 2007-2008, a titre d'illustration, l'aide extérieure débloquée, note la PGAI62 a été exécutée à plus de 75% par des structures ONG internationales et locales et des églises.

Lorsque la seconde guerre civile éclata, en 1998, en RDC, les associations de la société civile mirent en place une campagne nationale pour la paix durable. Cette campagne exprimait le refus de la guerre et la promotion du dialogue pour y mettre fin. En novembre 1998, ses délégués se réunirent au Centre Nganda, a Kinshasa, pour élaborer, avec l'appui des experts des milieux universitaires, un agenda pour la paix. Ce document offrit a la société civile la possibilité d'avoir un même langage face à la guerre et à ses enjeux. Il permit de dégager une convergence de vues ainsi que des positions harmonisées sur la situation du pays. Il traduisit des convictions, en particulier celles du refus de la guerre et de la nécessité d'un dialogue politique comme solution pour y mettre fin. Il permit également de se doter d'un document pour sensibiliser et mener un travail de lobbying sur la restauration d'une paix durable.

61 Veronique Dudouet, Hans J. Giessmann et Katrin Planta, De combattants à constructeurs de la paix, plaidoyer pour des transitions sécuritaires inclusives, participatives et holistiques, Berghof Foundation, Berlin, 2012, p.7.

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62 PGAI : Plate forme de Gestion de l'Aide et des Investissements (Ministère du Plan)

Mais on ne peut pas conclure cette section sans rappeler que le dynamisme de la société civile continue de souffrir d'un certain nombre de faiblesses. Cyril MUSILA les répartit en trois catégories63 :

1°) Les difficultés de communication : les organisations de la société civile n'ont pas fait preuve d'un développement institutionnel important au cours de ces dix dernières années.

2°) La divergence des intérêts : il est constaté un développement d'intérêts contradictoires. Face a des violations massives des droits de l'homme, par exemple, certaines organisations hésitent a se mobiliser ou soutiennent simplement des thèses des groupes armés alors que d'autres s'alignent sur celles du gouvernement. Pareille division empêche le développement d'une vision commune et limite la capacité de mobilisation de la société civile.

3°) La méfiance entre le gouvernement et la société civile : cette méfiance s'est traduite par l'hostilité et la répression contre la société civile. Ainsi les dirigeants politiques n'hésitent pas a harceler les organisations des droits de l'homme.

Relevons ici aussi son problème permanent de financement. Malgré la multitude de bailleurs nationaux et internationaux qui fournissent de l'assistance dans le secteur du développement, il s'observe en règle générale une faiblesse de financement des OSC pour leur permettre de faire le travail qu'elles planifient. Pour celles qui reçoivent quelque chose, c'est souvent pour des activités ou projets de courte durée et non pour un appui institutionnel. Ainsi donc la plupart des OSC demeurent faibles, déséquilibrées et constamment sous pression à cause du manque de ressources.

Section 2. L'action du Réseau pour la Réforme de la Sécurité et de la Justice

§1. Présentation

Le Réseau pour la Réforme du Secteur de Sécurité et de la Justice est un cadre de concertation des acteurs de la société civile congolaise intéressés à la thématique de la Réforme du Secteur de Sécurité (Armée, Services d'intelligence) et de la Justice. Il est né a l'initiative d'un groupe de délégués de la société civile engagés depuis décembre 2006, a l'accompagnement du processus de la Réforme de la Police et dont les capacités ont été renforcées grâce a l'appui des partenaires internationaux et nationaux.

§2. Objectifs du Réseau

Les activités du Réseau pour la Réforme du Secteur de Sécurité et de la Justice concourent à l'atteinte des objectifs suivants :

1°) Contribuer a la mise en oeuvre du processus de la réforme du secteur de sécurité et de Justice en République Démocratique du Congo ;

2°) Mobiliser les communautés de base en vue de l'appropriation du processus de la réforme du secteur de sécurité et de justice, à tous les niveaux ;

3°) Susciter une prise de conscience collective en vue de la responsabilité citoyenne en matière de sécurité et de justice 64;

4°) Mener des actions de plaidoyer65, de monitoring et de sensibilisation en faveur de la réforme du secteur de sécurité et de justice.

63 Cyril MUSILA, Faiblesses et obstacles de la société civile congolaise dans l'engagement pour la paix, Paris, mai 2003...

64 RDC: Insécurité généralisée au Nord-Kivu, in www.rrsj-rdc.org/meta/?p=76

Situation sécuritaire inquiétante au Bas-Congo, in www.rrsj-rdc.org/meta/?p=471

Province Orientale: la présence d'un colonel déserteur inquiète les habitants de Mambasa, in www.rrsj-rdc.org/meta/?p=34

65

21

- Plaidoyer de la Société Civile en faveur de la promulgation et de la publication des lois et textes réglementaires sur la réforme du secteur de

sécurité et de justice en République démocratique du Congo, in www.rrsj-rdc.org/meta/?p=1874

Les actions du Réseau sont focalisées sur les quatre axes fondamentaux suivants :

1°) l'adoption d'un cadre juridique de la RSS en RDC ;

2°) le rétablissement de la confiance entre la les forces de défense et de sécurité et la population pour une meilleure prestation en vue de la recherche des solutions aux problèmes sécuritaires qui se posent ;

3°) l'éducation civique des populations ;

4°) le contrôle et le suivi du processus de la réforme66.

Et chacun de ces actes commande une série d'activités.

Pour le premier axe, les actions sont orientées vers les activités de lobbying pour permettre l'adoption des lois indispensables a la mise en oeuvre effective de la RSS.

Pour le deuxième axe qui concerne le rétablissement progressif de la confiance entre la population et les forces de défense et de sécurité, le Réseau oeuvre a l'établissement d'un dialogue permanent a travers des cadres de concertations appropriés. Nous noterons, ici, l'exemple des fora citoyens, véritables espaces de concertation entre la population et les prestataires des services de sécurité, mis en place dans les chefs lieux des provinces retenus comme sites d'expérimentation de la doctrine de police de proximité.

Le troisième axe concerne l'éducation civique. Le Réseau entretient une campagne médiatique quasi permanente par des activités diverses: spots, sketchs, émissions radiotélévisées sur des thématiques précises.

Le quatrième axe concerne le contrôle et le suivi de la RSS. Il se fait par le monitoring du processus en vue de permettre les aménagements et améliorations nécessaires dans ce qui doit être changé67.

Dans le cadre de la réforme de la Police68, les autorités congolaises ont fait le choix de la police de proximité. La société civile reconnue comme « canalisatrice » des besoins de sécurité de la population vers les prestataires des services de sécurité se voit octroyée le rôle d'acteur majeur dans les conseils locaux de sécurité et les forums de quartier. Le Réseau déploie, à ce jour, une importante activité pour permettre à ses membres de se montrer à la hauteur des attentes placées en eux pour combattre l'illettrisme sécuritaire dans le pays. Elle intervient notamment :

1°) En organisant des forums de sensibilisation et de vulgarisation de la doctrine de la Police de Proximité afin de :

- Préparation de la population a l'avènement du nouveau mode de fonctionnement de la police69,

- Actions pour réduire la distance actuelle entre la police et la population et favoriser une interaction positive entre la population et la police70,

- Plaidoyer de la Société Civile pour la prise en compte de l'aspect sécuritaire des élections, in www.rrsj-rdc.org/meta/?p=193

- Plaidoyer de la Société Civile en faveur du processus de collecte des données du Policier, in www.rrsj-rdc.org/meta/?p=182

- Plaidoyer de la Société Civile pour l'insertion des options fondamentales de la reforme dans le projet de loi portant organisation et

fonctionnement de la PNC, in www.rrsj-rdc.org/p=173

66 Goma: Présentation du Rapport RDC: Prendre position sur la réforme du secteur sécuritaire, in www.rrsj-rdc.org/meta/?p=557 Monitoring du Secteur de Sécurité en RDC par le Réseau pour la Réforme du Secteur de Sécurité et de Justice - Agenda, in www.rrsjrdc.org/meta/?p=1077

67 Note a l'attention du Ministre de l'Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières sur les enjeux et les écueils de la réforme de la Police Nationale Congolaise, in www.rrsj-rdc.org/meta/?p=1641

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68 Vision de la Société Civile sur la nouvelle Police Nationale Congolaise, in www.rrsj-rdc.org/meta/?p=69

69 Kananga : Lancement officiel de la Campagne de sensibilisation de la population de Ndesha, in www.rrsj-rdc.org/meta/?p=844

- Actions pour renforcer l'appropriation locale.

2°) En organisant des études, des consultations et évaluations de terrain dans la mise en oeuvre de la police de proximité pour récolter les données nécessaires permettant de faire remonter les besoins sécuritaires des populations, d'affiner la qualité de la demande de sécurité a exprimer et d'enrichir la participation de la société civile dans les organes de concertation ;

3°) En Organisant des activités de monitoring, lobbying, des campagnes de sensibilisation publique ou des pressions directes de la part de la population 71;

4°) En faisant fonction de gardien vigilant pour rendre la police vraiment redevable vis-à- vis de la population ;

5°) En facilitant le dialogue et la négociation entre la police et la population dans la mise en oeuvre des projets de sécurités ;

6°) En menant des campagnes de mobilisation en vue d'informer les populations et la police sur les problèmes de sécurité majeurs, les violations des droits humains, les détournements de fonds et autres infractions au niveau local 72;

7°) En Participant activement aux réunions de concertation : Conseils Locaux de Sécurité, Forums de quartier, etc. ;

8°) En Initiant des projets pour résoudre les problèmes de sécurité qui se posent dans les communes, les quartiers ;

9°) En fournissant l'expertise dans l'élaboration et la planification des plans locaux de sécurité ; 10°) En organisant la mobilisation citoyenne autour des plans locaux de sécurité ;

11°) En Dénonçant toute défaillance dans le fonctionnement de service d'accueil permanent des commissariats, sous commissariats et postes de police;

12°) En Organisant les formations nécessaires et en traduisant en langues locales les textes et documents de base afin d'informer des groupes spécifiques pour les rendre capables d'agir entant que citoyen responsable.

Nous ne pouvons clore nos propos sans faire remarquer que ce Réseau des associations spécialisées dans la RSS est a l'image de la société civile complexe, diversifiée et même divisée dans certaines provinces du pays. Il est constitué d'une variété d'organisations allant de celles qui ont plusieurs années d'expérience et des structures opérationnelles et crédibles a d'autres les activités sont animées par une seule personne.73

Le Réseau regorge de bien d'atouts et se présente a ce jour comme un partenaire de taille pour les divers partenaires techniques et financiers. Il regorge d'une expertise de qualité. Certaines de ses associations membres font preuve de beaucoup d'expérience dans leurs domaines d'intervention. Mais les faiblesses sont bien nombreuses aussi. Une de plus grosses difficultés affectant le Réseau est la difficulté d'accès aux financements qui rend difficile d'accomplir à ses membres de faire ce qu'ils peuvent bien réaliser. Pour ceux qui perçoivent quelque chose, relevons que c'est habituellement pour des projets a court terme et presque jamais d'appui institutionnel. C'est ce qui fait que la grande majorité d'associations restent faibles, déséquilibrées et constamment sous pression à cause du manque de ressources. Le secteur devient alors extrêmement compétitif et même opportuniste dans la recherche des fonds et l'accès des bailleurs potentiels, souvent a leur propre détriment. Notons aussi que le manque d'unité de vision dans le Réseau réduit sa capacité de faire accepter son agenda et à se faire prendre au sérieux.

70 Matadi : la Commune de Nzanza au rythme de forum de quartier, in www.rrsj-rdc.org/meta/?p=710

71 Les autorités congolaises, la société civile et les partenaires internationaux échangent sur la « police de proximité », in www.rrsj-rdc.org/meta/?p=40

72 Communication du RRSSJ sur le rôle de la Société Civile dans les Conseils Locaux de Sécurité et dans les Forums de quartier ou de village, in in www.rrsj-rdc.org/meta/?p=24

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73 C'est le cas des associations communément appelées ONG de mallette ou de poche.

Les associations membres du Réseau devront travailler encore davantage pour améliorer :

- Leur capacité infrastructurelle : bon nombre d'associations ont des infrastructures inadéquates pour produire un travail de qualité. Certaines sont logées dans les habitations de leurs fondateurs et ne disposent que du strict minimum en termes d'équipement et de mobilier.

- Leur capacité dans l'organisation et le fonctionnement : un bon nombre d'associations ne fonctionnent pas en permanence. Elles restent inactives tout le temps où les financements font défaut, avec le risque que la capacité et l'expertise se perdent pendant ces périodes creuses.

- Leur capacité de mobiliser et gérer des fonds

- Leur capacité de s'adapter après apprentissage et réflexion interne : la culture d'autocritique et d'autoréflexion est très peu développée.

- Leur capacité de se développer et d'adhérer a un certain nombre de principes et de valeurs de bonne gouvernance : les styles de leadership dans les OSC au Congo sont souvent antidémocratiques et pas suffisamment basée sur une gestion participative, une prise de décision consultative ou encore un partage d'informations transparent.

Conclusion

Dans une situation d'après conflit, l'intervention d'acteurs extérieurs - et moins encore l'application de modèles extérieurs - ne suffisent pas à construire la paix. Pour trouver les bons équilibres en matière de justice transitionnelle, apporter des réponses vraiment adaptées aux problèmes humanitaires, repérer les bons circuits pour relancer l'activité économique, mobiliser les acteurs capables de recréer un tissu social, il faut faire appel à la société civile sous ses différentes formes. L'appropriation est essentielle. Et il ne sera pas de trop de reconnaître que l'insécurité consécutive aux conflits qu'ont connus beaucoup de pays d'Afrique est le fait de la centralisation du pouvoir, de la non inclusion de la société civile et de la dégradation des services sociaux de base.

Les interventions successives opérées dans un pays comme le Haïti démontrent comment l'atteinte des objectifs a court terme en 1994, visant la stabilisation, n'a pas fait place a une consolidation durable de la paix, mais a une rechute vers l'instabilité politique et économique. Les institutions publiques légitimes et efficaces doivent être bâties par le renforcement de la gouvernance locale. Une telle action est quasiment impossible a réaliser sans l'implication et la participation de la société civile. En effet, pour que les actions de stabilisation initiées soient appropriées par les populations locales et se pérennisent, il est important de prioriser la mise en oeuvre des projets locaux de développement, qui même en comportant un ensemble de contraintes et de risques sont porteurs de vraies opportunités de redressement. D'oü l'importance de contempler et d'appuyer les contributions de la société civile.

En définissant le défi de la RSS par les enjeux sociétaux, à savoir le besoin de justice dans la société, et une nécessité de rendre justice comme condition à une paix durable, la réponse ne peut se contenir dans la vision étatique des institutions. Il est important de prendre en compte leur dimension sociétale.

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Reconnaître que les institutions doivent être fondées sur des valeurs sociétales et ne subsistent que grâce aux ressources mises a leur disposition par la nation organisée en régime d'Etat, implique d'admettre de devoir rendre des comptes aux citoyens. Les institutions sécuritaires doivent être transparentes et redevables. Il est important de faire valoir la dimension sociétale de la RSS. Audelà d'un appareil d'Etat, l'armée et la police congolaises sont des systèmes de valeur en crise que la société meurtrie reconstruit.

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La société civile congolaise a été un vrai partenaire dans la marche pour la consolidation de la paix. Elle peut encore faire davantage pour appuyer les efforts de stabilisation. Des efforts doivent continuer pour renforcer son organisation et son fonctionnement. Et dans la thématique qui nous occupe, elle valoriserait davantage ses actions en :

1° systématisant ses activités de lobbying au niveau interne et externe notamment par l'harmonisation des positions, cahier de charge et création d'un réseau de pression permanente ;

2° intensifiant la mobilisation sociale de la population congolaise en faveur de la consolidation de la paix et la restauration de l'autorité de l'Etat par la vulgarisation des textes de référence ( Accord de Lusaka, résolutions du Conseil de Sécurité, les activités du STAREC...), l'éducation civique incluant la préparation et la surveillance des processus électoraux, les manifestations publiques, les pétitions etc...

3° se rapprochant des sociétés civiles africaines en particulier celles des pays impliqués dans les guerres pour échanger les expériences ;

4° en évitant systématiquement toutes compromissions avec les criminels de guerre notoires et prenant le courage d'engager a leur égard des actions en justice spécifiques ;

5° créant un fond congolais de soutien au processus de paix en RDC.

6° établissant des alliances stratégiques avec les composantes, parties prenantes aux multiples rencontres nationales et internationales organisées pour appuyer le processus de pacification du pays partageant les mêmes points de vue que la société civile ;

7° synchronisant les activités de la société civile partout dans le pays et à l'étranger ;

8° développant un réseau de recherche et de documentation pour mieux préparer les actions ;

9° organisant lorsque nécessaire de boycott national de certains produits symboles mis sur les marchés par des individus, groupes d'individus ou entreprises qui manifestement tirent profit des situations de guerre et d'instabilité en RDC.

10° travaillant a la promotion du projet de l'établissement d'un tribunal pénal international ad hoc pour connaître des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité, des actes de génocide et des crimes à caractère économique commis pendant les deux guerres du Congo ;

11° développer une expertise indépendante sur les allégations de crimes économiques et autres pillages des ressources naturelles du pays.






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"Il y a des temps ou l'on doit dispenser son mépris qu'avec économie à cause du grand nombre de nécessiteux"   Chateaubriand