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La question de la décroissance chez les verts français

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par Damien ZAVRSNIK
Université Aix- Marseille  - Diplôme d'études politiques 2012
  

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L'autonomie, un principe étriqué

Le postulat antiproductiviste du parti écologiste le conduit à rejeter avec force les partis traditionnels élevés aux mamelles de la croissance et du progrès. Sur la base de cette singularité le parti Vert met donc en oeuvre une doctrine politique déjà exercée par René Dumont en 1974, l'autonomie. L'invariant antiproductiviste se traduit donc également dans le positionnement politique des Verts.

L'écologie politique est doublement méfiante à l'égard du jeu politique. D'une part une certaine tendance écologiste considère que politiser l'écologie ne peut conduire qu'à la vider de sa substance et qu'il vaut mieux dès lors tenter « d'écologiser la politique ». De l'autre les écologistes, mêmes membres du parti Vert, refusent de se placer sur l'axe gauche-droite. Ce positionnement « ni gauche - ni droite » définit moins une propension centriste qu'une volonté d'affirmer la singularité d'un projet autonome. Le Manifeste pour une société écologique est très clair sur ce point : « Ce projet s'inscrit sur un autre registre que celui qui soumet tout choix politique au curseur du libéralisme ou de l'étatisme, reproduisant ad nauseam un affrontement tribunicien entre capitalisme et socialisme ». La remise en cause du productivisme portée par les écologistes rend caduc toute référence au clivage droite-gauche qui devient inopérant. L'autonomie est alors indissociable du projet écologiste et s'applique sur le plan électoral. En 1981, le candidat écologiste Brice Lalonde refuse de donner une consigne de vote à l'issue du premier tour malgré un score non négligeable de 3,87 % (il arrive premier parmi les « petits » candidats) et l'hypothèse historique d'une victoire de la gauche sur le Président Giscard d'Estaing. Mais au-delà du consensus sur la situation de l'écologie politique « ailleurs » que sur l'axe gauche-droite, ce positionnement « ni-ni » amène un vif débat qui anima bon nombre des assemblées générales du parti des Verts.

Le « ni gauche-ni droite » fait florès rapidement chez les Verts. C'est ce qu'Yves Frémion appellent « les années Waechter »155(*). Dès 1986, la motion « Affirmer l'identité politique des écologistes » présentée par le biologiste alsacien Antoine Waechter bat largement celle d'Yves Cochet. « L'écologie n'est pas à marier » est la ligne politique que défend le nouveau porte-parole Antoine Waechter, avec un certain succès. Il obtient en effet 3,78% des voix à l'élection présidentielle de 1988 (soit presque autant qu'en 1981) et les Verts atteignent 6,8 % des voix aux élections régionales de 1992. L'écologie politique se construit sur une ligne environnementaliste et met ses propositions sociales au second plan. Mais si l'autonomie politique trouve un certain écho dans l'opinion, elle se brise sur la logique majoritaire du système partisan français. En 1993, les Verts, en entente avec Génération Ecologie (le mouvement de Brice Lalonde qui avait réalisé 7% des suffrages aux régionales de 1992), refusent tout accord avec le P.S pour les législatives malgré des propositions intéressantes. Au final, ils réalisent 8% des voix mais n'obtiennent aucun élu. La limite du « ni-ni » est atteinte, les écologistes restent bloqués sous le plafond de verre du scrutin majoritaire. L'écologie politique entre alors dans une nouvelle phase incarnée par Dominique Voynet qui prend le parti à l'Assemblée Générale de Lille fin 1993. Partisane d'une ligne plus « sociale » elle assume clairement une stratégie d'alliance notamment avec le parti socialiste. Une stratégie qui se concrétise avec la participation au gouvernement de « gauche plurielle » à partir de 1997.

L'antiproductivisme est à la source du parti écologiste. C'est en effet le chainon essentiel qui unit les différentes tendances de l'écologie (environnementalistes et « sociaux ») au sein d'un même mouvement politique. Bien qu'il ne soit pas un facteur exclusif, l'antiproductivisme éclaire une grande partie de la jeune histoire de l'écologie politique française. Son corollaire, l'autonomie est néanmoins relativisée à mesure que les écologistes souhaitent s'investir dans de nouvelles responsabilités.

***

Tous les fondements de l'écologie politique qu'il s'agisse de l'écologie scientifique, des sociétés de protection de la nature ou encore de la contestation sociale du modèle industriel des Trente Glorieuses mettent en avant une même pensée antiproductiviste. Ces différentes sources valident l'hypothèse d'un invariant culturel antiproductiviste chez les écologistes français. L'antiproductivisme constitue l'identité du projet écologiste sur le long terme et définit la ligne de démarcation des écologistes dans le jeu politique. C'est en effet ce qui les distingue des autres formations partisanes y compris classées à gauche et avec lesquelles ils partagent d'autres valeurs. Alain Lipietz résume d'une phrase ces relations alambiquées avec la gauche : « Notre conception du mieux n'est pas la même »156(*).

Conclusion Titre Premier 

L'antiproductivisme comme logique du projet écologiste a l'avantage de faire émerger une certaine unité dans les sources de l'écologie politique. Dans cette mosaïque d'idées parfois sans cohérence, l'antiproductivisme est en effet la seule idée invariable qui permet de structurer l'engagement des écologistes du mouvement social au parti politique. Définir la logique du projet écologiste semble par ailleurs plus adéquat que de se lancer dans une tentative hasardeuse de cerner l'idéologie écologiste. En raison des multiples influences de l'écologie politique et des nombreux soubresauts qui ont émaillé son histoire, il fort probable que cet essai se soit soldé par une conclusion aléatoire.

L'axiome antiproductiviste qui préside à logique du projet écologiste semble par ailleurs confirmer l'hypothèse d'une convergence entre la décroissance et l'écologie politique incarnée par le parti Vert. Au regard du partage de nombreuses références, la ligne de fracture est difficilement situable sur la remise en cause du productivisme contrairement aux allégations des objecteurs de croissance. Si divergence profonde il y a, elle se situe sur le plan du rapport au libéralisme comme l'attestent les liens de la décroissance avec une certaine extrême gauche.

A ce stade, l'enseignement capital de cette étude croisée entre la décroissance et le parti écologiste démontre l'inanité des méthodes classiques de situation des partis politiques. L'antiproductivisme postulé par le parti Vert rend obsolète la représentation classique du champ partisan sur la base du critère gauche-droite. D'où l'intérêt d'une nouvelle définition des clivages partisans.

* 155 FREMION, Yves, Histoire de la révolution écologiste, op.cit., p. 171-231

* 156 LIPIETZ, Alain, Qu'est ce que l'écologie politique ? La grande transformation du XXIème siècle, La Découverte, 1999, p. 38

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"Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années"   Corneille