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Bio-écologie des anophèles de part et d'autre de la falaise des Mbô et leur implication dans la transmission du paludisme d'altitude


par Billy TENE
Université de Yaoundé 1 - DEA 2007
  

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3.4.3. Composition du complexe An. gambiae

Au Cameroun, le complexe An. gambiae est représenté par trois espèces : An. gambiae s.s. présente dans les zones de forêt et de savane humide, An. arabiensis qui présente une distribution localisée dans la région septentrionale à climat sec et An. melas inféodée aux eaux saumâtres et présente dans la région côtière(Mouchet et al., 2004).

Dans nos sites d'étude, seule An. gambiae s.s. a été identifiée. Ces résultats sont conformes aux précédents de Wondji (2003) et Tchuinkam et al., (2004), mais diffèrent de ceux obtenus à altitude semblable au Kenya par Gimnig et al., (2001) et Koenraat et al., (2004) où une sympatrie entre An. gambiae s.s. et An. arabiensis a été notée. Deux raisons peuvent expliquer cette disparité :le climat de la région (froid et humide) qui n'est pas propice au développement de An. arabiensis plus fréquent dans les zones de savane chaudes et arides (Colluzi et al., 1979 ; Colluzi et al., 1985 ; Edilloet al., 2002). Par ailleurs, les populations humaines au Cameroun sont installées à des altitudes inférieurespar rapport au Kenya (1200m au Mont Cameroun et 1800m à Nduttitsa par Dschang) et cette absence d'hôtes limite la propagation des vecteurs dans ces régions d'altitude du pays.

L'étude des formes moléculaires de An. gambiae s.s. a révélé la présence de la seule forme moléculaire S. Ceci suit les résultats de Wondji et al., (2005) qui n'avait retrouvé qu'un seul individu de forme moléculaire M à Dschang comme à Santchou sur des effectifs de 118 et 56 respectivement. La forme M est plus fréquente dans les régions où le couvert végétal et peu dégradé à l'exemple de la zone forestière du sud Cameroun. L'adaptation de la forme S aux zones à végétation et pluviométriefaibles (Colluzi et al., 1979) expliquerait sa présence dans notre zone d'étude. La théorie d'un isolement(voire d'une exclusion) écologique entre ces deux formes (Tourré et al., 1998, Wondji et al., 2002) est égalementréaffirméepar ces résultats.

3.4.4. Les niveaux de transmission du paludisme.

La tête et le thorax seuls ont été utilisés pour le test ELISA, ceci pour limiter la surestimation de l'infestation par rapport à la présence effective de parasites dans les glandes salivaires. Seuls An. gambiae et An. funestus ont présenté des spécimens positifs au test ELISA CSP. Ce sont donc les seuls vecteurs majeurs du paludisme dans la région. An. paludis bien qu'ayant une fréquence supérieure à celle de An. funestus à Santchou, (respectivement 6,16% et 4,73%) et An. ziemanni (1,99%) n'ont pas présenté d'individu porteur de protéine CSP dans l'échantillon récolté. Ces espècesauraient doncune implication négligeable dans la transmission du paludisme comme l'a rappelé Antonio-Nkondjio (Antonio-Nkondjio et al., 2006).

Dans la plaine, An. gambiae est le vecteur majeur du paludisme, avec une agressivité élevée, un Is supérieur à celui de An. funestus et ainsi un taux d'inoculation représentant 97% du total de ce site (58,41 pi/h/an contre 1,69 pi/h/an). C'est donc, statistiquement, l'espèce responsable de la majeure partie des infections humaines ici.

En altitude, An. gambiaepossède la plus grande densité mais l'espèce An. funestus montre une proportion d'individus infectés (Is) deux fois plus grand (4,20% contre 2,35%). Son rôle dans la transmission, qui se traduit ici par un taux d'inoculation plus de trois fois supérieur à celui de la plaine, n'est pas à négliger. En observant les variations saisonnières des densités spécifiques, on peut noter que pendant la saison sèche, la fréquence de An. funestus croît de façon significative. Au cours de cette période, cette espèce suppléé donc à la déchéance de An. gambiae et contribue ainsi à maintenir la transmission à un niveau stable au cours de l'année.

Malgré l'agressivitéanophélienne plus faible en altitude, l'indice sporozoïtique est plus élevé à Dschang (2,47%) qu'a Santchou (1,52%). Cetteplus forte prévalence plasmodiale chez le vecteur peut s'expliquer par la migration des populations des basses terres plus impaludées vers les hautes terres. Cette migration est catalysée par la création d'une université dans la ville de Dschangen 1993, ce qui a occasionné l'immigrationde nombreuses personnes parmi lesquelles probablement des porteurs asymptomatiques et facilité l'importation des parasites. Le niveau de transmission est resté cependant élevé à Santchou (51,84 pi/h/an) par rapport à Dschang (47,68 pi/h/an) car le taux d'agressivité est très faible en altitude.

Le taux de survie (P) des anophèles calculé est suffisant dans les deux sites pour permettre aux parasites d'effectuer entièrement leur cycle intrinsèque : 91% et 90% respectivement en aval et en amont, valeurs supérieures au seuil de 65% définit par Bruce-Chwatt (1985). Cependant, la durée du cycle extrinsèque du plasmodium étant rallongée ici par la basse température, la transmission s'en trouve affectée et réduit l'efficacité des vecteurs (Bødker et al., 2003 ; Githeko et al., 2001).

L'indice de stabilité est supérieur à 2,5 dans le sitede Santchou (3,43), traduisant une stabilité de la transmission du paludisme, ce qui n'est pas le cas à Dschang où on note un niveau de stabilité intermédiaire (0,5 < Is < 2,5) avec un indice de stabilité de 2,04. En effet, dans la zone de plaine, la présence de vastes zones marécageuses et du fleuve Nkam qui serpente la plaine permet aux vecteurs de se reproduire abondamment en saisons pluvieuses mais le sol étant sablonneux, les gîtes sont rares en saison sèche ce qui se traduit par une baisse de l'agressivité anophélienne. Ce schémas reste le même tous les ans et induit une stabilité de la transmission du paludisme.Dans le site de haute altitude, l'indice de stabilité est inférieur au niveau minimum de stabilité mais n'en est cependant pas bien éloigné. Ceci s'expliquerait par le fait queAn. funestus s'associe au vecteur majeur An. gambiae en saison sèche, rendant la transmission plus ou moins continue au cours de l'année. Ces résultats sont compatibles aux prévisions des zonesd'altitudes où on s'attendà retrouver un paludisme instable présentant des résurgences en périodes de pullulation de vecteurs (Fontenille et al., 1990 ; Mouchet et al., 2004).

En altitude, la baisse de la température et de l'hygrométrie sont à l'origine du rallongement du cycle gonotrophique (Rhodain et Perez, 1985). Les valeurs de la durée du cycle gonotrophique sont d'un jour supérieur avec l'altitude pour les deux espèces (Tchuinkam et al., 2007). Ces valeurs, associées à des taux de parturité aussi élevés, augmentent considérablement l'espérance de vie infectante dans le site altitudinal. Il est donc indispensable pour les vecteurs de vivre plus longtemps pour pouvoir transmettre le parasite. En effet, comme le cycle gonotrophique (nombre de jours entre deux repas de sang) est plus long en altitude, le moustique prendra moins de repas de sang au cours de sa vie. Ainsi, la transmission réelle du parasite est réduite dans la ville de Dschang.

Le réchauffement climatique actuel peut agir sur ces constantes car une augmentation de la température moyenne va entrainer un raccourcissement du cycle extrinsèque du parasite ainsi que du cycle gonotrophique du vecteur. On notera alors une fréquence d'inoculation des parasites bien supérieure à celle qui sévit actuellement et les populations étant peu ou pas prémunies, un TIE subitement plus élevé pourrait entrainer des risques d'épidémie.

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