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La gestion systémique de la crise financière internationale de 2008: le cas de deux banques coopératives


par Nabila Ouchene
HEC Montréal - Master 2015
  

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1.5.1 Racines historiques

Les banques coopératives sont apparues en Europe au XIXème siècle, époque à laquelle le système bancaire ne se préoccupait que de la haute finance : financement de l'État ou des grands travaux etc. (CRESS, 2015). Tout ce qui se rapportait aux besoins en crédit des paysans, ouvriers ou artisans était dès lors assuré par les usuriers. En 1849, Proudhon fonde la première « banque du peuple » mais cela n'a pas fonctionné longtemps. C'est en Allemagne où deux grands modèles de crédit mutuel ont été mis en place sous la supervision de Raiffeisen19 et Shulze-Delitzsch20 (CRESS, 2015). Le modèle de Raiffeisen s'appuie précisément sur la responsabilité illimitée des sociétaires, le bénévolat des administrateurs et une circonscription géographique

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restreinte. Le modèle de Schulze-Delitzsch est caractérisé quant à lui par un rayonnement plus étendu, et la possibilité de verser des dividendes aux sociétaires. Ces deux modèles ont entraîné la fondation de deux principales institutions bancaires coopératives en France : les Crédits Mutuels et les Banques Populaires (CRESS, 2015). Puis, de l'Allemagne, le concept du coopératif bancaire s'est graduellement étendu au reste du continent européen et les pays Nordiques. En Grande-Bretagne, les banques coopératives ont des racines historiques différentes : les credit unions ou unions de crédit sont apparues seulement durant la moitié du XXe siècle et ont été basées sur le modèle des unions de crédit américaines, qui elles-mêmes étaient inspirées par les adaptations canadiennes du concept de la coopérative bancaire allemande (Hansmann, 1996).

1.5.2 Caractéristiques et avantages

De ces principes et caractéristiques coopératifs mentionnés précédemment, les banques coopératives ont un modèle de gouvernance particulier qui lui confère plusieurs avantages comparatifs qui ont assuré le succès des banques coopératives, mais qui ont été érodés avec le temps, tout en engendrant de nouveaux avantages (IMF, 2007). Ces avantages sont exposés ci-dessous.

Les banques coopératives ont un avantage comparatif informationnel mais peuvent le perdre à long terme à mesure que la coopérative s'accroit en taille. C'est l'engagement et l'implication des membres, la relation étroite avec eux et le degré de l'exposition financière des membres qui confèrent aux banques coopératives leur avantage comparatif en termes d'informations et d'exécution. Cependant, ces facteurs avantageux ont tendance à disparaître à mesure que les coopératives gagnent en économies d'échelle et que la distance avec les membres s'accroit (IMF, 2007). Les banques coopératives ont un coût plus faible du capital car elles ont seulement besoin de rémunérer la part de leur propriété qui est représentée par les parts des membres. Elles ne rémunèrent pas non plus les parts des membres de manière généreuse et n'ont pas besoin de le faire car dans la plupart des cas, les membres n'acquièrent pas des parts dans le but d'investir. Ce coût faible du capital devrait en théorie permettre aux coopératives de vendre leurs produits en dessous des prix du marché ou en d'autres termes, d'incorporer leurs profits dans leurs produits. Cependant, en raison de l'augmentation des pressions sur les coopératives afin qu'elles accroissent leur niveau de profitabilité sur le marché, cet avantage a perdu de sa valeur (IMF, 2007).

Les banques coopératives ont solidement établi un positionnement sur le marché de détail et la loyauté des consommateurs, mais dépendent davantage de ces derniers que les autres banques. En général, les banques coopératives ont des positions solides sur le marché bancaire de détail, en particulier dans leur marché ou segment cible. De plus, les membres-clients sont supposément plus loyaux que les clients des banques commerciales puisque la relation que ces premiers ont avec leur coopérative va au-delà de la relation de

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consommation du client avec sa banque commerciale. Cependant, étant donné que le marché bancaire de détail devient plus compétitif, cette loyauté des membres n'implique pas forcément que ces derniers vont nécessairement avoir des services bancaires qu'avec leur coopérative. Par ailleurs, la nature démocratique des banques coopératives et leur focus historique sur des marchés spécifiques et restreint géographiquement peut réduire leur capacité à atteindre d'autres segments de marchés. Ce qui n'est pas le cas des banques commerciales qui n'ont pas ces restrictions et qui détiennent plus de flexibilité et de liberté afin de sélectionner des cibles de consommateurs avec une plus value élevée (IMF, 2007).

Les branches de réseaux donnent aux banques coopératives un avantage comparatif important sur le marché de détail, mais qui tend à décliner. Les banques coopératives ont établi leur positionnement solide sur le marché de détail en partie grâce à leur large réseau coopératif. Cependant, dans un monde où la présence physique devient de moins en moins nécessaire, les branches de réseaux ne procurent plus le même avantage comparatif qu'auparavant. Ce point a été relevé avant la diffusion des technologies de l'information et communication (IMF, 2007). Une des forces de nombreuses coopératives est leur capacité à mobiliser et accumuler les dépôts. Ceci leur confère des niveaux confortables de liquidité, des ratios de dépôt et crédit élevées et d'être des prêteurs solvables sur les marchés interbancaires. Ceci leur permet également de bénéficier d'une plus grande stabilité financière (Contamin et Roche, 2005; IMF, 2007).

Les banques coopératives ont un désavantage comparatif à accéder aux marchés financiers. C'est le cas des petites coopératives qui manquent d'expertise et de levier financier car leur capacité de prêt est plus adaptée au marché de détail et n'est pas toujours appropriée pour les produits financiers, la syndication21 ou le refinancement. Cependant, ce désavantage comparatif tend à se réduire en raison de la disparition des restrictions légales sur les coopératives dans la conduite d'activités financières de marché. Les réseaux de banques coopératives ou des groupes coopératifs se sont intégrés sur les marchés financiers via leurs filiales spécialisées ou entités cotées. Cependant, cette tendance hybride peut être une épée à double tranchant pour les coopératives car l'accès aux marchés financiers accroit, certes, les possibilités de refinancer leurs portefeuilles de crédit, mais cela réduit également l'avantage comparatif qui provient de leurs activités de détail (IMF, 2007). Les banques coopératives ont un avantage comparatif fondamental via leur capacité à surmonter des problèmes liés au comportement opportuniste des autres banques (commerciales et d'affaires). Les produits financiers sont devenus très complexes, ce qui confère aux institutions financières une ressource considérable d'avantages sur leurs clients. Ceci a aboutit à de nouvelles formes d'asymétries de l'information et un pouvoir post-marché détenu par les institutions financières. Étant donné que les lois de protection des consommateurs ne sont pas toujours suffisantes pour protéger les clients, le degré de confiance envers ces institutions est devenu un critère essentiel dans le choix des consommateurs de leur banque. Les banques coopératives se sont positionnées comme des

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institutions financières appartenant à leurs membres et qui énoncent publiquement qu'elles ne recherchent pas seulement la maximisation des profits. Ceci confère aux banques coopératives l'avantage de la confiance. Ces dernières en sont bien conscientes puisqu'elles positionnent leur marketing sur le fait qu'elles sont « différentes » des autres banques commerciales. En conséquence, les consommateurs pourraient être enclins à payer plus cher pour des produits financiers offerts par une banque coopérative car les coûts de risque et de surveillance sont supposés être plus faibles. D'où, les banques coopératives ont un avantage comparatif à établir la confiance. Cependant, lorsque les coopératives financières deviennent plus grandes et poursuivent la croissance et la diversification, elles ont tendance à perdre leur avantage de confiance car elles commencent à se « comporter » comme des institutions financières commerciales (Kay, 2006; IMF, 2007).

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