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La gestion systémique de la crise financière internationale de 2008: le cas de deux banques coopératives


par Nabila Ouchene
HEC Montréal - Master 2015
  

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1.5.3 Contexte et état des lieux

C'est en Europe où il y a la plus grande concentration de banques coopératives dans le monde car ces dernières sont issues de la tradition européenne des banques populaires du XIXème siècle. Selon la GEBC (Groupement européen des banques coopératives), les banques coopératives rassemblent aujourd'hui en Europe, 37 millions de membres sociétaires, 100 millions de clients et 4000 banques locales, soit la moitié des établissements de crédit, et leur part de marché dans la banque de détail est de 20% en moyenne (Parodi, 2009).

Au niveau du mouvement mondial de concentration bancaire de ces vingt dernières années, les banques coopératives ont su adopter des stratégies de croissance externe capitalistique par fusion-acquisition (Parodi, 2009). Les réseaux coopératifs sont ainsi devenus de grands groupes bancaires hybrides, mêlant à des entités coopératives ancrées dans leur vocation de banques de détail, des sociétés par actions spécialisées soit dans la gestion de portefeuilles sophistiqués pour une nouvelle clientèle fortunée, soit dans la banque de financement et d'investissement. Cependant, cette hybridation des statuts juridiques, des logiques économiques et des cultures bancaires engendrent des risques de conflits d'intérêts entre sociétaires coopératifs et actionnaires des sociétés anonymes autour des enjeux de pouvoir et du partage de la valeur (Parodi, 2009).

Lors de la crise financière internationale de 2008, certains groupes bancaires coopératifs n'ont pas été épargnés et ont connu de sérieux déboires avec leurs filiales, ainsi que des pertes importantes enregistrées sur les marchés hautement spéculatifs des produits dérivés et des prêts hypothécaires américains. Cela a eu pour conséquence entre autre de révéler d'une part, la réalité des risques liés à la complexification et à l'hybridation des structures organisationnelles des banques coopératives. Puis d'autre part, cela a également révélé l'incompatibilité entre un objectif de rentabilité optimale des capitaux propres au profit des actionnaires et le respect des valeurs coopératives qui conditionnent la confiance et la fidélisation des sociétaires des banques

En dépit du constat mitigé des banques coopératives suivant la période de changements structurels qu'ont entrepris ces institutions financières à partir des années 1990, puis la période de tumultes et remises en question

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coopératives (Parodi, 2009). Toutefois, le changement constaté sur le modèle d'affaires des banques coopératives a été constaté bien avant la crise financière de 2008.

Tremblay et Côté (2001) soulignent le fait que les organisations coopératives disposent de bien d'avantages mais aussi des contraintes. Ces dernières sont liées aux limites propres du modèle coopératif, autrement dit : « la contrainte sur l'usage (activité du membre lié à l'activité de l'entreprise), contraintes sur le capital (part sociale, accumulation lente via les surplus, redistribution liée à l'activité du membre avec sa coopérative), contrainte sur le processus décisionnel (structure démocratique) » (Tremblay et Côté, 2001, p. 25). Les deux auteurs avaient également mis en évidence, en se fondant sur l'étude des banques coopératives européennes, que plusieurs facteurs avaient amené ces dernières à entreprendre un changement de structure et une diversification des produits et services. Ceci afin de s'adapter au contexte de « réorganisation de l'industrie des services financiers », notamment en termes de capitalisation sous formes de vastes opérations de fusions et d'acquisitions. Les principaux facteurs influents étant l'intensification de la concurrence, la globalisation des marchés et l'évolution des technologies de l'information et communication à partir des années 1990 (Tremblay et Côté, 2001).

Cette notion de perte des valeurs et principes fondamentaux coopératifs des banques est également abordée par Abhervé et Dubois (2009). En prenant pour exemples les banques coopératives françaises telles que les Banques Populaires, Caisse d'Épargne, Crédit Mutuel et surtout le Crédit agricole, Abhervé et Dubois (2009) constatent que ces banques se sont laissées entraîner dans le tourbillon de la crise financière internationale de 2008 car ces dernières ont en partie pris des risques de plusieurs milliards d'euros tels que : l'exposition aux titres toxiques issues des subprimes, la faillite d'une autre banque (Lehmann Brothers), dérapages internes (pertes liées au trading), escroqueries (affaire Madoff) et chute des actions boursières (Abhervé et Dubois, 2009). Cette transformation des banques coopératives s'est opérée via plusieurs processus tels que : la complexification structurelle organisationnelle, les fusions et acquisitions, le changement de statut juridique et le développement d'un secteur d'assurances, concurrençant directement les assurances mutuelles, un autre pilier de l'économie sociale. Ce sont une succession de décisions à caractère stratégique qui ont amené les banques coopératives à s'éloigner de leurs fondements d'économie sociale pour « jouer dans la cours des grands » (Abhervé et Dubois, 2009). Le processus démocratique de prise de décisions « une personne, un vote » a été rendu ainsi biaisé et de plus en plus complexifié par des dirigeants qui pouvaient autant siéger dans des banques privées capitalistes dans un contexte où « le mutualisme s'est perdu dans la course aux profits» (Abhervé et Dubois, 2009, p. 2).

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de la crise financière de 2008, les organisations et banques coopératives demeurent un pilier fondamental de l'économie sociale. Dans l'ensemble, les banques coopératives ont mieux résisté aux chocs financiers de la crise telle que nous l'avons vu dans la section sur la crise financière avec le Mouvement Desjardins, les credit unions aux États-Unis ou les banques coopératives en Suisse telles que Raiffeisen, Banque Coop ou Banque Migros. D'autre part, le mouvement coopératif est devenu aujourd'hui un acteur incontournable du modèle de développement de plusieurs sociétés, en particulier les sociétés minoritaires (Malo, Vendrame et Pauchant, 2006). Selon l'ACI (Alliance coopérative internationale), les coopératives emploient dans le monde près de 250 millions de personnes; les 300 plus grandes coopératives dans le monde ont généré un chiffre d'affaires de 2,2 billions de dollars É.-U. en 2012, dont 165 milliards de dollars É.-U. provenant des coopératives financières et 1, 156,5 milliards de dollars É.-U. du secteur des mutuelles et assurances, soit au total une augmentation de 11,6 % (ACI, 2014). Au Canada, quatre personnes sur dix sont membres d'au moins une coopérative et au Québec, approximativement 70 % de la population sont membres de coopératives. Les États-Unis sont le pays de l'ACI qui détient le plus grand nombre de membres coopératifs avec 256 millions de membres et près de 30 000 coopératives dans le pays (ACI, 2015).

Par ailleurs, tel que vu dans la précédente partie portant sur la crise financière 2007-2008, au lendemain de la crise, la presse a relaté par le biais de plusieurs articles que des citoyens de divers pays ont commencé massivement à fermer leurs comptes des banques commerciales pour aller vers les banques dîtes « éthiques » et principalement coopératives. Que représente l'éthique de ces banques coopératives? L'éthique coopérative n'est pas aisément identifiable car cela dépend de plusieurs facteurs socioculturels. C'est précisément ce que nous allons voir dans la section suivante.

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Rassembler les contraires c est creer l harmonie