WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

La gestion systémique de la crise financière internationale de 2008: le cas de deux banques coopératives


par Nabila Ouchene
HEC Montréal - Master 2015
  

précédent sommaire suivant

Chapitre 2 : Méthodologie de la recherche

Ce chapitre traite de la méthodologie de recherche qui a pour objectif d'examiner la gestion de crises et de l'éthique coopérative au sein de deux banques coopératives que sont le Crédit agricole et Desjardins. Nous allons ainsi comparer l'impact de la gestion de crise et d'éthique sur la performance financière des banques coopératives avant, pendant et après la crise financière de 2008. Notre méthodologie est fondée sur une étude de cas comparative des deux banques coopératives dont nous allons observer le comportement organisationnel (au niveau de la gestion de crise/éthique coopérative) et humain.

Pour effectuer cette étude comparative, deux principaux modèles d'analyse organisationnelle seront utilisés, dont un a été élaboré par Pauchant et Mitroff (2001) pour la gestion de crises, et l'autre par Vendrame (2006) pour l'éthique coopérative. Le premier modèle consiste à analyser le processus interne de gestion de crise d'une organisation sur quatre niveaux : individu, culture, structure et stratégie. Le deuxième est un modèle d'analyse de l'évolution éthique coopérative fondé sur trois axes que sont la création de la valeur, la stratégie et l'intensité des règles coopératives. Dans le but de renforcer la méthodologie, le modèle du désengagement moral de Bandura (1999) sera utilisé à un stade secondaire afin d'observer les mécanismes de défense au niveau de l'individu et la culture en gestion de crise.

Par ailleurs, la méthodologie de recherche est fondée sur une étude de cas multiple. Ce procédé permet en effet de comparer plusieurs cas afin de déterminer si une caractéristique ou un résultat est spécifique à un seul cas ou bien peuvent être reproduits par plusieurs cas (Eisenhardt et Graebner, 2007). Les cas multiples permettent également une exploration plus large des questions de recherche et des théories et sont par conséquent, considérés comme appropriés afin de mettre en lumière la question de recherche de manière globale (Yin, 2004; Eisenhardt et Graebner, 2007). Dans notre mémoire, il s'agit donc d'une étude de cas multiples qui s'inscrit dans une dimension de temps croisé (observations de cas multiples sur une période) de cas de banques coopératives dont la problématique peut aboutir soit sur deux cas avec des résultats similaires mais par différents processus, soit sur deux cas avec des résultats différents mais par des processus similaires.

L'un des objectifs de cette étude est de souligner que l'approche déductive issue des sciences mathématico-déductives en vue de traduire et interpréter la réalité peut s'avérer insuffisante même si elle est nécessaire. En effet, dans un contexte systémique complexe où des facteurs humains, psychologiques, structurels, technologiques, institutionnels, culturels et environnementaux sont à prendre en considération dans un système de gestion, la méthode déductive scientifique peut présenter de sérieuses limites à analyser et expliquer clairement et adéquatement l'interaction et l'interrelation complexe de ces facteurs dans un système donné. D'où la nécessité

41

de prendre également en considération une analyse fondée sur une méthodologie qualitative, qui de manière complémentaire, peut amener à mieux cerner la problématique, et à établir un cadre conceptuel afin de capturer la dynamique complexe de ces interactions et interrelations de multiples facteurs dans un système donné tel que financier.

2.1 Présentation des cas d'études

Tel que mentionné précédemment, notre étude est fondée sur la comparaison de cas multiples, précisément de deux banques coopératives, Soit la banque coopérative du Mouvement Desjardins fondée au Québec (Canada) et la banque coopérative du Crédit Agricole en France.

Nous avons choisi d'étudier les banques coopératives car ces institutions ont un modèle organisationnel qui, durant la crise financière, a émergé comme étant un modèle plus socialement responsable que des banques commerciales et d'affaires. Au-delà de cela, tel que nous l'avons vu précédemment dans la revue de littérature, le modèle coopératif bancaire, de par ses caractéristiques, s'est avéré plus stable dans un contexte de crise systémique financière. Ce qui lui a permis de limiter les pertes financières dans le secteur bancaire coopératif de manière générale. En effet, au lendemain de la crise financière, les banques coopératives ont émergé comme institutions financières alternatives de l'économie sociale parmi l'opinion publique tel que relaté par la presse dans de nombreux pays touchés par la crise.

Nous avons choisi le Crédit agricole versus le Mouvement Desjardins car le principal objectif de l'étude comparative de ces deux cas est de comparer ces deux institutions financières coopératives et leur processus de gestion de crises et l'évolution de leur éthique coopérative. En effet, tel qu'évoqué auparavant, le Mouvement Desjardins a assez rapidement surmonté la crise financière internationale de 2008 et limité les pertes financières comparé au Crédit Agricole. Néanmoins, Desjardins fut affecté dans une moindre mesure par la crise telle que nous le verrons. Ces deux coopératives financières ont également été choisies en raison de leur gouvernance coopérative similaire avec une structure organisationnelle hybride alliant des services bancaires coopératifs et services financiers et d'assurances. Elles se sont toutes deux internationalisées mais à différent niveau : le développement international coopératif pour Desjardins et les activités internationales financières pour le Crédit Agricole. Elles ont été toutes les deux fondées à la fin du XIXe siècle et historiquement dans une culture francophone, Desjardins au Québec et Crédit Agricole en France. Cependant, en termes de nombre de membres, chiffres d'affaires et actifs totaux, elles différent sensiblement. En termes de nombre de membres et chiffres d'affaires (2014), le Crédit Agricole est plus grand, mais en termes d'actifs totaux, Desjardins possède une plus

42

grande réserve de capitaux propres1, soit 229,4 milliards de dollars canadiens en 2014 versus 86,7 milliards d'euros pour le Crédit Agricole (voir tableau ci-dessous).

Le tableau 1 ci-dessous donne un aperçu comparatif des principales informations organisationnelles de chaque banque. Il est à noter que, selon la présentation des données financières provenant du site internet officiel du Crédit Agricole, les résultats du Groupe Crédit Agricole comprennent ceux de la société cotée Crédit Agricole S.A., des caisses régionales, des caisses locales et leurs filiales. Le Crédit Agricole S.A. est à la tête du Groupe et a un triple rôle: il est l'organe central du Groupe, est responsable de la cohérence et développement stratégique et il représente la banque centrale du Groupe.

Tableau 1 : Informations institutionnelles du Groupe Crédit Agricole et Mouvement Desjardins.

Source : sites internet officiels du Groupe Crédit Agricole et Mouvement Desjardins (2015) et Centre d'études Desjardins des coopératives de services financiers de HEC Montréal (2012).

Information institutionnelle

Groupe Crédit Agricole

Mouvement des caisses Desjardins

Année d'établissement

1885

1900

Pays d'origine

France

Canada (Québec)

International

54 pays (Secteur affaires)

30 pays (Secteur développement)

Nombre de membres

8,2 millions

5,581 millions

Nombre de clients

50 millions

Environ 1,5 millions2

Nombre d'actionnaires

1,1 millions

ND

Nombre d'employés

140 000 (France et international)

54 966

Nombre caisses locales

2512

360 (Québec et Ontario)

Nombre caisses régionales

39

ND

Nombre de centres de services

11 300

805 (Québec et Ontario)

Actif total (2014)

86,7 milliards d'euros

229,4 milliards dollars CAD

Revenu d'exploitation (2014)

30,2 milliards d'euros

12,7 milliards dollars CAD

1 Les capitaux propres peuvent être appréhendés comme des actifs totaux, c'est-à-dire qu'il s'agit de la valeur totale des actifs diminué du total des dettes. Il est à noter qu'une coopérative ou une mutuelle, dépourvues de capital social, peuvent avoir des capitaux propres si la valeur de leurs actifs dépasse le montant de leurs dettes.

2 Il est à noter que les membres et clients du Mouvement Desjardins se distinguent par leurs profils. Les membres sont les sociétaires de la coopérative Desjardins ayant un compte courant et/ou épargne auprès d'une ou plusieurs caisses et bénéficiant entre autres du principe « une personne, une voix ». Les clients sont externes à la coopérative bénéficiant de services financiers des autres filiales du Mouvement Desjardins telles que l'assurance, le courtage et le financement ou crédits. Toutefois, un membre peut être également client auprès d'une des filiales du Mouvement Desjardins.

La revue de presse et d'articles ont été structurés sur la base d'un tableau Excel comparatif visant à sélectionner et classer les principales idées et les citations de chaque article qui correspondent à chaque niveau du

43

Bénéfice net (2014)

4,9 millions d'euros

3,9 millions dollars CAD

Valeurs

Proximité, responsabilité, solidarité

L'argent au service du développement humain, l'engagement personnel, l'action démocratique, l'intégrité et rigueur, solidarité avec le milieu, l'intercoopération.

Secteur d'activité

Activités internationales, assurance; audit/conseil; banque de détail; capital de risque; développement international; gestion d'actifs; services aux grandes entreprises; services et activités boursiers.

Gestion de patrimoine et Assurances de personnes; assurances de dommage; services aux particuliers; services aux entreprises; développement international.

Président(e) (Date nomination)

Jean Marie Sander (2010)

Monique F. Leroux (2008)

Pour résumer, il s'agit donc d'explorer et identifier les facteurs qui ont permis à Desjardins de gérer la crise en limitant davantage les effets négatifs par rapport au Crédit Agricole. Ce dernier ayant subit beaucoup plus les effets de la crise financière comme cela sera exposé ultérieurement. Cette étude comparative entre les deux banques est fondée sur deux modèles: le modèle organisationnel de l'oignon au niveau de la gestion de crises par l'analyse des quatre niveaux que sont l'individu, la culture, structure et stratégie dans le contexte de la crise financière (Pauchant et Mitroff, 2001), et le modèle de l'évolution éthique coopérative de chacune des deux banques coopératives (Vendrame, 2006)

précédent sommaire suivant