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La gestion systémique de la crise financière internationale de 2008: le cas de deux banques coopératives


par Nabila Ouchene
HEC Montréal - Master 2015
  

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2.4.1 Niveau 1 : caractère des individus au sein de l'organisation et mécanismes de défense

Ce niveau est considéré comme étant le plus profond et imperceptible dans une organisation. Il aborde les expériences subjectives et psychologiques des individus au sein de l'organisation. Il s'agit par exemple de la propension des individus à utiliser les différents mécanismes de défense pendant une crise ou bien du degré d'anxiété existentielle. Ces facteurs ont une influence et un impact significatifs sur la perception d'une crise et sur la gestion de celle-ci. Pauchant et Mitroff (2001) établissent plusieurs facteurs influents sur la gestion de crise qui se rapportent directement et indirectement au psychique et à la personnalité des individus dans les organisations. L'individu ou l'humain est au coeur de la gestion de crises. En effet, Pauchant et Mitroff (2001) suggèrent, en se fondant sur une étude en psychologie de Rollo May (1950), qu'il existe une relation entre les types de personnalité et les crises selon laquelle les personnes stables et équilibrées sont plus aptes et capables d'intégrer des expériences traumatisantes et d'utiliser ces expériences pour s'améliorer. Tandis que les personnes instables et moins équilibrées émotionnellement ne pouvaient pas entièrement intégrer et utiliser ces expériences traumatisantes.

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Par ailleurs, Pauchant et Mitroff (2001) mettent particulièrement l'emphase sur la relation étroite entre les crises, la déflation et l'inflation. D'une part, concernant l'inflation, en citant le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, Pauchant et Mitroff (2001) établissent un profil des personnes souffrant d'inflation, comme étant des individus ayant des types de comportements dramatiques, autoritaires et grandioses. Ces derniers ont tendance à manipuler les autres pour tirer des avantages de leurs relations avec ces derniers et le plus souvent en les exploitants. Ils ont également un sentiment de grandeur et accordent une auto-importance à leur personne, en exagérant leur réussite et leurs talents, préoccupés par des fantasmes de succès illimités, de pouvoir et tout en exigeant des autres l'attention et l'admiration. Or, Pauchant et Mitroff (2001) font remarquer que ces personnes présentant un trouble psychologique apparent qu'est l'inflation, sont encouragées à adopter ce type de comportement et à l'entretenir afin de bénéficier d'une promotion dans de nombreuses organisations et en particulier dans l'industrie financière.

D'autre part, en ce qui attrait à la déflation, Pauchant et Mitroff (2001) décrivent les personnes souffrant de déflation comme étant des individus ayant tendance à préférer rester en arrière-plan, craignant le plus souvent de ne pas être à la hauteur et idéalisent les personnes inflationnistes qui dégagent une image de très grande estime de soi, de courage et de puissance. Cependant, selon Pauchant et Mitroff (2001), lorsque les troubles de déflation sont moins prononcés, les personnes peuvent être conscientes des conséquences destructrices de leur entreprise ou de leurs dirigeants. En revanche, même si elles en sont conscientes, « elles n'ont pas souvent le courage existentiel pour affronter les problèmes et participer au changement » (Pauchant et Mitroff, 2001, p. 92-93).

Ces mécanismes de défense liés à l'inflation et la déflation ont été appliqués par exemple au cas de la crise déclenchée par la centrale nucléaire de Fukushima lors du séisme qui a frappé le Japon le 11 mars 2011 dans une étude de Guntzburger et Pauchant (2014). Les deux auteurs suggèrent que durant la crise de Fukushima, le gouvernement japonais avait une attitude inflationniste en recherchant un contrôle absolu et omniprésent. En revanche, les autres responsables du dossier comme Tepco (opérateur de la centrale nucléaire de Fukushima) et NISA (organisation de régulation nucléaire au Japon), en dépit de leur responsabilité officielle, avaient un comportement déflationniste, en suivant constamment les directives du gouvernement (Guntzburger et Pauchant, 2014). Guntzburger et Pauchant (2014) suggèrent également que ces trois acteurs ont utilisé différents mécanismes de défense tels que le déni de la sévérité de la situation, la projection de la cause de la crise sur un événement naturel (séisme) et la grandeur, illustrée par plusieurs discours stipulant leur absolu contrôle de la situation. Le tableau 6 à l'Annexe 3 illustre les différents mécanismes de défense lors de la crise de Fukushima.

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