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La gestion systémique de la crise financière internationale de 2008: le cas de deux banques coopératives


par Nabila Ouchene
HEC Montréal - Master 2015
  

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1.4 La gestion de crises

L'étude des crises n'est pas récente. Par le passé, il y a eu de grandes crises qui ont laissé leurs marques dans l'histoire. La crise des missiles de Cuba en 1962 est souvent mentionnée comme étant la date à laquelle ont débuté la pensée et l'étude des crises internationales (Lagadec, 1991). Cependant, à partir des années 1990, un nouveau défi émerge avec la mondialisation, celui des crises. Entre autres, accidents majeurs et menaces globales, ruptures organisationnelles, effondrement de systèmes, éclatement culturels, tendent à échapper à la « normalité » (Lagadec, 1991). Ceci traduit un degré de complexité élevé en raison de grands systèmes qui sont de plus en plus dépendants de leur environnement et sujets à des changements complexes et radicaux (Ansoff, 1990).

Il existe plusieurs types de courants d'expertise scientifique sur les crises tels que le domaine de risques technologiques, en sociologie avec le comportement des individus, groupes et collectivités en situation de crises, les crises des phénomènes naturels, en psychologie pour la santé mentale et situation de crise et stress (Lagadec, 1991). Autre registre, celui des spécialistes des relations internationales à qui l'ont doit particulièrement les premières tentatives de théorisation du concept de crises avec l'article de Robinson (1968) publié dans l'International Encyclopedia for Social Sciences, ainsi que la modélisation des processus de décision en situation de crise. Dans cette lignée, les travaux les plus connus sont ceux de Graham Allison (Harvard University) sur la crise de missiles de Cuba (Lagadec, 1991). Enfin, plus récemment dans le domaine des sciences de l'administration et de la gestion, on retrouve la gestion de crises dans les organisations. C'est un champ scientifique assez récent et selon une étude de Pauchant et Douville (1993), 80 % des publications mentionnant le terme « gestion de crise » (crisis management) furent publiés après 1985, ce qui confirme la nouveauté du sujet (Roux-Dufort, 2000). Dans ce champ, il y a Igor Ansoff dans le domaine du management stratégique. Plus directement rattachés au « crisis management » ou gestion de crises, il y a les travaux d'Alexander Kouzmin (Professeur de gestion à Camberra - Australie), Ian Mitroff (Directeur du Center for Crisis Management, Professeur de gestion - Université of Southern California) et Thierry Pauchant (Professeur titulaire et Directeur de la Chaire de management éthique aux HEC Montréal) (Lagadec, 1991). Il y a aussi Christophe Roux-Dufour en gestion de crises entre autre (Professeur agrégé à l'université de Laval). Enfin Patrick Lagadec, un analyste et intervenant dans le domaine de la prévention et pilotage des crises majeures17. Depuis plusieurs années, en raison du caractère systémique des crises, des liens se sont tissés entre différentes disciplines. On retrouve dans cette mouvance des conférences internationales organisées par l'Industrial Crisis Institute à New York, sous l'égide de Paul Shrivastava (Professeur de management et auteur d'une étude approfondie sur la crise du Bhopal en 1987), qui réunit universitaires, consultants, gestionnaires publics et privées intéressés par les crises (Lagadec, 1991).

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D'un point de vue académique, il existe une pluralité de définitions, formes de crises, de causes potentielles et des conséquences liées aux crises. En raison du caractère variable, systémique et complexe des crises, l'étude des crises ne peut pas être réduite à une seule discipline ou théorisée par un modèle objectif et universel. Les analystes dans ce domaine tels qu'Edgar Morin soulignent la variété infinie des crises (Lagadec, 1991). Bell (1978), un des spécialistes des crises internationales, définit les crises de la manière suivante :

« Les crises internationales sont généralement au confluent de nombreuses décisions d'origines disparates; certaines d'entre elles sont aussi obscures et lointaines que des rivières souterraines qui ne parviennent à la surface et n'acquièrent de visibilité qu'au moment de la crise. Théoriser à leur sujet, ou même poser des questions à leur propos, ne se fait pas sans risque de comparer des objets incomparables. Les événements ne possèdent pas de liens de symétrie, les processus de précision sont difficilement cernables. Même les notions de « décision », de « décideur » se révèlent souvent des mirages lorsque l'on se rapproche de la réalité » (Bell, 1978, p. 51-52)

Dans le cadre de notre étude sur la gestion de crises dans les banques coopératives et dans le contexte de la crise financière systémique internationale, nous nous en tiendrons à la définition systémique des crises, construites à partir de disciplines spécifiques, telle que par exemple cette proposition de l'analyse d'un système : « Une crise est une situation qui crée un changement abrupt et soudain sur une ou plusieurs variable(s) clé(s) du système » (Herman, 1971, p. 11). Nous retiendrons également cette définition systémique des crises organisationnelles : « [...] les crises organisationnelles trouvent leur source à la fois dans des déséquilibres générés par l'organisation elle-même, mais aussi par un ensemble d'options de société qui guident nos comportements et nos décisions et qui façonnent notre manière de voir le monde » (Roux-Dufort, 2000, p. 8).

La gestion de crises systémiques implique un contexte historique particulier, des relations et facteurs inter-reliés dans un système relativement complexe incluant plusieurs parties prenantes (Pauchant et al, 1991). La probabilité d'une crise systémique est liée, à la fois, à la complexité du système et la combinaison de ses variables constitutives (Perrow, 1984). Lorsqu'une crise survient à ce niveau, que l'on qualifie de crise « systémique », elle affecte non seulement l'organisation, mais aussi les différentes parties prenantes de l'environnement global de l'organisation (Pauchant et al., 1991). L'approche systémique de la crise nécessite de prendre en considération les contextes historiques, sociopolitiques, ainsi que les processus d'apprentissage (Leveson, 2004; Belmonte et al., 2011; Weber et al., 2012).

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