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Les Etats face aux Drogues


par Eric Farges
Université Pierre Mendès France - IEP Grenoble 2002
  

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2.3.2.2 Les toxicomanes comme acteurs du champ de la toxicomanie : la naissance des groupes d'autosupport

Les groupes d'autosupport constituent un phénomène significatif de l'intervention des toxicomanes1098(*). Ces groupes ont en commun un type de compétence légitimée non par un diplôme mais par une expérience vécue. L'intervention des toxicomanes au sein du champ de la toxicomanie s'effectue désormais de façon distincte, il s'agit avant tout de militants qui prétendent occuper un rôle spécifique au nom de leur compétence personnelle. Les groupes d'autosupport ont connu un important développement en France au début des années quatre-vingt-dix. L`épidémie de VIH/Sida a donné naissance à plusieurs associations face à l'inefficacité des pouvoirs publics1099(*). Les groupes d'autosupport ont bénéficié dès lors d'une forte reconnaissance des autorités publiques1100(*)1100(*). Les groupes de toxicomanes d'autosupport sont en revanche très peu diffusés en Italie1101(*). Deux types de groupe d'auto-support sont apparus en France, l'un est semblable au modèle anglo-saxon de « self-help » (groupes d'entraide), représenté par les Narcotiques Anonymes, et l'autre correspond au modèle hollandais (Rotterdam Junkie Bond) de « l'interest group » (groupe d'intérêt), représenté par l'association Auto-Support des Usagers de Drogue (ASUD)1102(*).

Les groupes d'entraide existent pour de nombreuses pathologies1103(*) (épilepsie, diabète, alcoolisme, etc.) et présentent un double objectif : un échange d'information sur le sujet et une amélioration des capacités individuelles à vivre le problème grâce au partage d'expériences extérieures. Les groupes de pairs sont pourtant peu développés dans le secteur de la toxicomanie aux opiacés, ils correspondent surtout au tabagisme ou à l'alcoolisme. Ce processus rentre dans le cadre d'une prévention tertiaire, c'est à dire dans le but de prévenir la rechute d'anciens consommateurs de substances1104(*). Ce modèle calqué sur le mouvement des Alcooliques Anonymes, présente de fortes parentés avec les communautés thérapeutiques1105(*) : traitement prenant le comportement pathologique comme objet, soutien par le groupe des pairs. Mais alors que les communautés thérapeutiques s'appuient sur les ressources de l'espace clos et de la rupture avec la vie ordinaire, c'est dans la cité que les Narcotiques Anonymes déploient leur réseau d'autosupport.

Les Narcotic Anonimous ont été fondés en 1953 à Los Angeles en Californie1106(*). L'idée se fonde sur l'expérience des Alcoolistes Anonymes effectuée à New York durant les années trente. Quelques toxicomanes ayant trouvé de l'aide chez les Alcooliques Anonymes décidèrent d'adapter ce programme à leurs besoins spécifiques. Pendant plusieurs années, l'association s'est développée lentement, touchant les autres grandes villes américaines, puis l'Australie dans les années 1970. Elle a pris son plein essor à partir des années 1980, plusieurs milliers de groupe fonctionnant aujourd'hui dans le monde (Brésil, Colombie, Allemagne, Inde, Irlande, Japon, Nouvelle-Zélande, Angleterre...). En France, la première réunion des Narcotiques Anonymes s'est tenue à Paris en 1984. L'association s'est développée au cours des années quatre-vingt à Paris mais aussi à Nice, Lille ou encore Marseille. Actuellement, en 1996 chaque semaine, quarante et une réunions se déroulent dans la région parisienne, dont quatre en langue anglaise Elles sont fréquentées selon les estimations par 500 à 600 personnes.

Les Narcotiques Anonymes considèrent la toxicomanie comme une maladie de la dépendance1107(*)1107(*). La dépendance est envisagée comme une maladie physique (incapacité de s'arrêter après avoir commencé), mentale (désir insurmontable de consommer, même si cela détruit l'existence) et spirituelle (égocentrisme ou impression de pouvoir s'arrêter en dépit de l'évidence du contraire). C'est une maladie incurable (comme le diabète), sa progression peut être arrêtée, le rétablissement est possible, mais non la guérison. Une personne ayant été toxicomane ne peut pas établir un rapport équilibré avec la substance. L'unique solution serait alors d'intégrer l'identité de « malade chronique » et ne plus avoir de rapports avec la substance. C'est, par exemple, ce que l'on peut voir chez les anciens alcooliques. Les Narcotiques Anonymes encouragent donc ses membres à observer une abstinence complète de toute drogue, alcool inclus. La thérapie consiste également à retrouver une nouvelle conception de soi-même mais aussi un nouveau rapport à autrui1108(*). Le but est de promouvoir certaines valeurs fondamentales telles que l'honnêteté, l'ouverture d'esprit et la bonne volonté.

Les membres de NA refusent l'utilisation de toute substance dont les programmes de substitution. La notion d'expertise technique est peu présente au sein de NA, il ne s'agit pas de participer à la définition et l'orientation des politiques publiques en matière de toxicomanie. Les compétences apportées par NA relève de l'ordre thérapeutique : « La valeur thérapeutique de l'aide apportée par un dépendant à un autre est sans égale. Un dépendant est la personne la mieux placée pour comprendre et aider un autre »1109(*)1109(*). Le groupe fonctionne à partir du principe d'identification, il s'agit de voir dans l'autre usager un modèle1110(*). Les groupes d'autosupport fondent et légitiment également leur compétence sur une expérience de vie. Il s'agit de faire reconnaître la légitimité des usagers de drogue à intervenir dans leur propre sphère. Ces groupes de toxicomanes autogérés sont d'ailleurs souvent apparus, comme c'est le cas en Italie, à partir d'une critique des intervenants de la toxicomanie.

« L'autosupport peut être définie comme une volonté des patients de mettre l'accent sur leur expérience et leur autonomie pour se soigner, s'aider ou défendre leurs droits. L'autosupport part du principe que les besoins des patients ne sont pas suffisamment, ou mal, pris en compte par les institutions et les professionnels : le soutien entre pairs leur apparaît comme une manière de pallier ces déficiences »1111(*)

Dans la lignée de NA, l'association Auto Support des Usagers de Drogue (ASUD) s'est constituée en France en 1992, par la publication d'un Manifeste dans lequel est dressé un constat catastrophique de la situation sanitaire et sociale des usagers de drogue en France1111(*). ASUD se distingue néanmoins radicalement de NA du fait qu'elle ne souhaite pas simplement avoir un rôle thérapeutique mais aussi politique en affirmant les droits des toxicomanes. L'éditorial du premier numéro de ASUD journal affirmait : « Des usagers de drogue qui s'organisent pour prendre, ou pour reprendre, la parole...pour témoigner, pour se faire l'écho de nos premiers pas d'usagers citoyens responsables à part entière...Nos priorités : d'une part la prévention des risques sanitaires qui nous menacent (à commencer par le Sida) et d'autre part le respect des droits de l'homme. Que ce journal soit comme un pavé blanc dans la mare des préjugés et des indifférences... »1113(*).

D'où une première distinction entre les deux associations : tandis que NA vise à endiguer les conduites d'usage de drogues, ASUD a pour objectif de prévenir les comportements à risques. Les revendications d'ASUD portent aussi sur l'extérieur c'est à dire envers la société elle-même (suppression de l'injonction thérapeutique, accès facilité aux seringues, mise en place de programmes de méthadone, etc). ASUD Journal, conçu pour et par des toxicomanes, sert de support au développement de l'association. L'intérêt de la participation des toxicomanes aux actions de réduction des risques se fonde sur l'hypothèse suivante : « Pour que l'information soit entendue, comprise, et surtout produise un changement de comportement, elle doit pouvoir s'intégrer aux comportements habituels d'un groupe social donné. Autrement dit, un groupe social ne peut s'approprier un nouveau comportement si un changement n'apprait pas justifié par les normes et les valeurs du groupe. Ces normes et ces valeurs sont difficilement maîtrisables de l'extérieur »1114(*)1114(*).

La principale revendication (au delà de la mise en place des programmes de substitution) d'ASUD est le partage de l'expertise afin qu'elle ne soit plus réservée aux professionnels de la toxicomanie. Il s'agit de faire reconnaître la légitimité des usagers de drogue à intervenir dans leur propre sphère. Cette reconnaissance a été facilitée du fait de l'existence préalable de groupe d'autosupport dans le champ du Sida qui ont promu la figure du « patient réformateur »1115(*). L'association publie diverses brochures informatives (souvent en collaboration avec les pouvoirs publics) qui font passer un message de prévention « accessible » dans le but de faire profiter aux usagers de drogue de l'expérience accumulée par la communauté. ASUD a mis également à la disposition des intervenants en toxicomanie un ensemble d'usagers de drogue aptes à collaborer à des dispositifs de réduction des risques (bus d'échange de seringues, boutiques, etc.). Ils jouent alors un rôle de médiateur entre les usagers et les institutions aussi bien dans la prévention que dans le soin de la toxicomanie1116(*).

Les deux modèles de ASUD et NA présentent de nombreuses distinctions. ASUD se présente avant tout comme un groupe de pression qui cherche à faire reconnaître son expertise auprès des autorités publiques afin d'exercer un droit de parole dans la définition des politiques de la toxicomanie. Pour le groupe NA, en revanche, il ne s'agit pas de mener une lutte sociale mais d'affronter la substance elle même. NA n'exerce aucune action directe au sein de l'espace publique, il s'agit avant tout d'un groupe de parole1117(*). Pourtant les deux cas traduisent un même phénomène : la reconnaissance et l'affirmation du toxicomane comme acteur. Les groupes d'auto-support constituent le moyen de réintégrer le toxicomane non seulement au sein du dispositif sanitaire (comme par le biais des Narcotiques Anonymes) mais également au coeur de la définition des politiques publiques (comme par exemple avec ASUD). Le toxicomane est passé du rôle de « malade/ délinquant/ victime » à celui de protagoniste.

Conclusion

L

e principe de la réduction des risques a été reconnu et affirmé au cours des années quatre-vingt-dix par l'ensemble des politiques européennes en matière de toxicomanie. Ce phénomène a permis de réduire de façon drastique les risques liés à l'infection de VIH/Sida et d'éviter de ce fait une catastrophe sanitaire. Son application a cependant donné lieu a des situations profondément hétérogènes. C'est ainsi que certains pays ont bénéficié d'une longueur d'avance (Royaume-Uni, Pays-Bas), d'autres ont réussi à mettre en place une réduction des risques de façon tardive mais avec succès (Suisse, Allemagne) tandis que d'autres pays enfin, comme la France et l'Italie, ont fait preuve de nombreuses résistances au changement de politique dont le bilan reste très contrasté. Les raisons de cette transition difficile méritent d'être résumées.

Les études comparatives posent de façon systématique la question de l'ordre des facteurs explicatifs entre le général et le particulier. Dans leur ouvrage visant les succès et les échecs des politiques publiques, M.Bovens, P.'t Hart et G. Peters ont tenté d'isoler et de hiérarchiser ces facteurs1118(*). Ils en concluent au rôle déterminant des facteurs institutionnels, en premier lieu ceux liés aux traditions et à l'organisation des secteurs. Ils isolent en outre deux principes discriminatoires au niveau du contexte national et politique : d'une part, le style consensuel ou conflictuel adopté dans la conception et la conduite des politiques ; d'autre part, le type de rapports établis entre les intervenants gouvernementaux et ceux de la société civile. Monika Steffen déduit à partir de ces facteurs un principe : « Lorsqu'il s'agit de traiter un problème nouveau, encore mal défini et en évolution rapide, la chance de courir à l'échec est d'autant plus grande que l'empreinte du passé est forte et que les réseaux sont fermés »1119(*). Ces principes fournissent des clefs d'analyse utiles à la compréhension des cas français et italien.

L'exception française s'explique à la fois par la tradition culturelle et par une résistance au changement des différentes catégories d'acteurs1120(*). Le système français de prise en charge de la toxicomanie s'est progressivement constitué au cours des années soixante-dix autour d'une culture thérapeutique spécifique et homogène : dans le cadre d'un objectif d'abstinence, lui-même lié à un modèle de santé curative, les professionnels de la toxicomanie retenaient la psychothérapie comme seul outil thérapeutique valable et rejetaient de ce fait une médicalisation du traitement. Le dispositif de la toxicomanie est devenu progressivement autonome au cours des années quatre-vingt au détriment des pouvoirs publics qui sont demeurés pendant longtemps des dispensateurs de crédits n'osant pas remettre en cause le consensus établi par les spécialistes.

L'épidémie de VIH/Sida a fortement contribué à déstabiliser l'équilibre précédemment établi en remettant en cause les finalités du système. Ce processus n'a cependant pas été immédiat. L'amalgame Sida/toxicomanie a été pendant longtemps refusé aussi bien par les professionnels de la toxicomanie que par la classe dirigeante française. La lutte contre la toxicomanie et la lutte contre le Sida étaient considérées comme deux politiques distinctes, ce qui a retardé la prise en charge du problème. Le principal vecteur de transformation fut la contestation qui eu lieu de la part des intervenants extérieurs au dispositif spécialisé, et notamment des médecins généralistes libéraux et des praticiens du domaine hospitalier. Dès lors une première brèche était créée au sein du champ hermétique de la toxicomanie. Ce n'est toutefois que suite à l'affaire du sang contaminé que les pouvoirs publics mirent en place une politique de réduction des risques de façon soudaine. Les programmes de substitution se multiplièrent et ceux qui auparavant critiquaient avec vigueur le principe de la réduction des risques en devinrent les plus valeureux défenseurs.

La transition italienne à la réduction des risques fut tout aussi difficile qu'en France bien que moins spectaculaire. La politique italienne est marquée par de nombreuses ruptures et une absence de continuité sur le long terme. Celle-ci s'explique par le caractère fortement consensuel des politiques publiques italiennes et par l'impossibilité des pouvoirs publics à réaliser un accord entre les parties1121(*). C'est ainsi que les traitements de substitution développés dès la fin des années soixante-dix ont fait l'objet d'un retrait en réponse à l'émergence d'une nouvelle conception de la toxicomanie comme malaise social. Un consensus s'est alors formé au cours des années quatre-vingt entre les acteurs du privé social, et notamment les communautés thérapeutiques qui reposent sur une approche comportementaliste, et les services spécialisés qui furent délaissés par les pouvoirs publics. La législation sur les stupéfiants, auparavant progressiste, fut l'objet d'un retournement prohibitionniste en 1990 sous le poids des intérêts électoraux. Le soutien aux communautés fut réinscrit comme une priorité de l'action publique tandis que la réduction des risques commençait à être timidement reconnue. C'est surtout après le référendum de 1993 et les conférences nationales de Palerme (1993) mais surtout de Naples (1997) que la réduction des risques devint un enjeu de santé publique.

Le passage à la réduction des risques a permis d'obtenir en Europe de larges retombées sanitaires. La menace de l'épidémie de VIH/Sida fut contenue : la prévalence de l'infection à VIH chez les consommateurs de drogues par voie intraveineuse est restée faible en Allemagne (3,8% entre 1996 et 19991122(*)) et au Royaume-Uni (1%, 1996-1999), elle a fortement diminué en Italie (16,2 entre 1996 et 1999 contre 30,8% en 19901123(*)) et en France (environ 16,4 entre 1996 et 1999 contre plus de 30% en 1990). La part des toxicomanes dans les cas de Sida déclarés a également chuté de façon générale depuis 1995. Ces résultats doivent cependant être modérés par l'existence de pratiques à risques qui limitent les effets des interventions de prévention. Certains lieux demeurent globalement réfractaires à la prévention des risques, telles que les prisons françaises et italiennes où l'échange de seringues n'a pas encore lieu de façon systématique et où les traitements de substitution restent marginaux.

La prévention des risques connaît également de fortes inégalités d'application territoriales. Bien qu'elle soit apparue initialement grâce à l'initiative de quelques acteurs associatifs ou de santé locaux, notamment au Royaume-Uni, en Allemagne et aux Pays-Bas, la politique de réduction des risques requiert une action centralisée des pouvoirs publics afin de garantir son application sur l'ensemble du territoire. Les pouvoirs publics italiens restent cependant très hésitants et la trop forte décentralisation, voire délégation, aux structures publiques et privées empêche l'homogénéisation des pratiques. L'efficacité de la réduction des risques dépend de la capacité des différents acteurs à intervenir de façon concertée. C'est pourquoi son application passe par l'élaboration d'une culture de la réduction des risques. Celle-ci n'est apparue que très partiellement au Royaume-Uni ou en Allemagne et fait encore plus fortement défaut à la France ou l'Italie.

La réduction des risques ne se limite pas à un ensemble de dispositions sanitaires. Certains pays comme la Suisse ou encore les Pays-Bas ont cherché à apporter aux toxicomanes une amélioration de leurs conditions de vie, notamment par le biais d'une série de mesures sociales. Celles-ci avaient pour objectif de permettre à terme une stabilisation comportementale des usagers de drogues. La France et l'Italie ont en revanche adopté une vision plus restrictive de la réduction des risques qui se limite à l'aspect sanitaire. Il existe pourtant une seconde définition qui se caractérise par une prise en charge globale du toxicomane. La réduction des risques n'est pas, comme le rappelle Grazia Zuffa, une stratégie univoque1124(*). Elle peut se réduire à une série d'intervention d'urgence visant à contenir les risques infectieux, ou bien au contraire, elle peut s'apparenter à une nouvelle forme de politique sociale : « A partir de cette approche [la réduction des risques] a pris la défense des droits des toxicomanes. Seul l'exercice des droits rattachés à la citoyenneté peut protéger de l'exclusion sociale ». Le nouveau principe des politiques publiques de toxicomanie doit conduire à une mise en réseau des acteurs notamment des secteurs sanitaires (spécialisés et de droit commun) et sociaux dont le toxicomane serait le centre1125(*).

La politique de réduction des risques a remis en cause les relations de pouvoir qui s'étaient établies entre le système de prise en charge spécialisé et le toxicomane. Celui-ci était auparavant considéré comme l'objet des interventions, de prévention ou de soin, dont il restait fondamentalement extérieur. Les spécialistes justifiaient la soumission du toxicomane aussi bien sur la base de considérations scientifiques (détenteurs d'un savoir) que de principes moraux (l'échec et la faute personnel). Le passage à la réduction des risques a constitué une révolution copernicienne en matière de toxicomanie en plaçant le consommateur de drogues au centre de l'attention. Les usagers, mais aussi le groupe et la communauté, sont porteurs de pratiques qui constituent un message participant au processus de prévention. Le toxicomane est perçu comme le détenteur d'une praxis, un savoir-faire, qui participe aux interventions de prévention. L'usager de drogues devient un acteur à part entière du champ de la toxicomanie. Des associations d'auto-support ont par exemple pris place au cours des années quatre-vingt-dix en Europe, comme il a été établi pour le cas français, au domaine autrefois réservé aux seuls spécialistes, notamment en matière d'entraide et de groupes de revendications politiques. La réduction des risques rend la parole sociale aux toxicomanes1126(*).

La réduction des risques comporte, outre l'aspect sanitaire et la dimension sociale, une forte symbolique culturelle. Les précédents modèles de prise en charge des toxicomanes étaient focalisés sur les modes de consommation qui génèrent un état pathologique. Les consommateurs de substances n'étant pas l'objet d'états pathologiques ne bénéficiaient pas d'une prise en charge par les services sanitaires1127(*). La toxicomanie était au centre du dispositif sanitaire au détriment des usagers de substances (non-toxicomaniaques). Cette approche empêchait la mise en évidence des processus sociaux qui sont à l'origine de l'état de toxicomanie. La réduction des risques a contribué à inverser l'ordre des priorités : l'abstinence n'est plus perçue comme un objectif fondamental mais la prévention des risques (sanitaires et sociaux) liés à l'usage devient fondamentale. Le rejet social (déviance) et la pénalisation des drogues sont décrits comme des causes de fragilisation des usagers qui facilitent le passage à la toxicomanie. La répression des comportements laisse désormais place à l'idée d'un auto-contrôle. On assiste à l'émergence de nouvelles problématiques, catégories et pratiques qui participent à la remise en cause de l'idéal normatif d'une société sans drogues1128(*). L'usage de substances est dès lors en voie de normalisation.

Il est important au terme de cette réflexion d'apporter une réponse à la problématique envisagée initialement : quel lien existe-il entre la signification de la réduction des risques et son application ? La réduction des risques est un principe qui passe non seulement par une prise en charge globale, sanitaire et sociale, des usagers de substances, mais aussi par un renouveau conceptuel des cadres socioculturels de la compréhension des drogues, la réduction des risques est un nouveau paradigme de l'interprétation des drogues. Les politiques strictement sanitaires (France, Italie) ou encore celles qui refusent l'idée d'une « normalisation » (Royaume-Uni, Allemagne) des comportements demeurent prisonnières du paradigme prohibitionniste, elles se situent entre deux âges de la toxicomanie : celui de la réduction de la demande et celui de la réduction des risques.

Il est important d'évoquer la notion d'« apprentissage » qu'introduit Monika Steffen au sujet des politiques en matière de Sida. Il s'agit des évolutions structurelles qui ont été rendu possible par la gestion du problème. La transition au principe de la réduction des risques a permis de façon générale en Europe deux évolutions majeures. Cette évolution a tout d'abord eu lieu à travers un processus spécifique qui a favorisé l'émergence d'un nouveau concept : une culture de la santé publique. Fassin remarque que l'argument de la santé publique est très récurrent dans la défense de la réduction des risques. Il s'agit de légitimer cette politique en faisant exister le problème comme une question de santé publique. Ce processus a lieu non seulement sous l'action des pouvoirs publics mais aussi grâce à l'intervention des acteurs locaux1129(*). Un discours de la santé publique semble émerger : « Ce qui est remarquable [...] c'est la manière dont les problèmes sociaux trouvent, non leur solution, mais leur expression, la plus autorisée dans le langage de la santé publique »1130(*).

On peut remarquer avec Monika Steffen que ce phénomène est général aux politiques en matière de Sida1131(*). Cette culture de la santé publique est cependant nettement plus visible en France, pour qui le degré d'apprentissage a été le plus élevé, qu'en Italie. Cette différence s'explique par le mode de transition. La France a connu, à travers le passage à la réduction de risques mais de façon plus générale par le biais de la politique sanitaire en matière de Sida, une rupture soudaine qui a remis en cause l'ensemble des relations de pouvoir et des conceptions établies jusque là. Le niveau d'apprentissage a été très élevé : « Aux réformes visant le dispositif de santé publique s'ajoutent les changements favorisant la coodination gouvernementale et un style désormais plus consensuel dans la conduite des politiques de santé publique. La profondeur du changement français répond à un véritable rattrapage historique sous la pression d'une crise »1132(*). L'Italie a en revanche effectué une transition « plus douce », ceci s'explique par la non remise en cause de la politique prohibitionniste qui a d'ailleurs tenté d'établir une continuation entre la loi Jervolino-Vassali de 1990 et la politique de réduction des risques, deux modèles qui restent pourtant inconciliables. Les autorités publiques n'ont pas fait, en outre, l'objet d'une contestation sociale très forte.

Le second enseignement né du passage à la réduction des risques est la formation d'une culture de l'évaluation. Le principal obstacle à la réduction des risques a été, notamment en France, le manque d'évaluation des pratiques thérapeutiques qui ont permis de maintenir en l'état les rapports de force établis. La réduction des risques inaugure au contraire l'ère de l'évaluation. Celle-ci doit être entendue d'une part comme une évaluation des structures et des pratiques thérapeutiques, comme il a été fait par exemple pour la méthadone et le Subutex. Il s'agit d'autre part d'évaluer les statégies de prevention1133(*). L'évaluation ne doit pas seulement être une phase d'un programme mais doit devenir un processus continu mis en place quotidiennement par les opérateurs de toxicomanie. C'est pour cela, comme le rappelle Nizzoli, qu'« il est nécessaire de diffuser une culture de l'évaluation parmi les intervenants »1134(*). Là aussi, l'inégalité d'apprentissage entre la France et l'Italie est flagrante. L'utilisation de la méthadone qui a lieu au sein des Sert italiens ne donne lieu à aucune évaluation. En revanche, le rapport remis à Bernard Kouchner sur la méthadone1135(*) ou encore celui établi récemment par le Conseil national du sida1136(*), cité à de nombreuses reprises, illustrent la capacité française à mettre en place un processus d'évaluation. Reste à savoir de quel suivi politique bénéficiera cet effort d'évaluation ?

La reconnaissance du principe de la réduction des risques est quasi-unanime en Europe. cela ne doit cependant pas faire croire que le prohibitionnisme a cessé d'être. Alors même qu'on assiste à une transformation des politiques nationales en matière de toxicomanie, les normes internationales, notamment celles de l'ONU, restent ciblées vers une répression et une criminalisation des usages de stupéfiants1137(*). Les Etats européens, comme le rappelle Grazia Zuffa, sont d'ailleurs tous signataires des conventions internationales qui restent les principales garantes des mesures répressives. L'assemblée générale des Nations-Unies déclarait dans une session spéciale consacrée à la drogue en juin 1998 :  « A drug free world, we can do it » ou « Un monde sans drogues est possible »1138(*). Les programmes de réduction des risques ne doivent par conséquent pas masquer que la priorité de chaque pays demeure la répression. Le dernier plan anglais de lutte contre la toxicomanie allouait par exemple 75% des ressources en faveur de la répression et de la justice pénale. La Suisse lui attribue quant à elle 50% des crédits.

Certains évoquent, comme c'est le cas notamment de Grazia Zuffa, une perspective « répressive » de la réduction des risques1139(*). Celle-ci serait conçue comme un moyen de prolonger le contrôle social, exercé auparavant par la loi, par le moyen d'instruments médicaux. Les nouveaux enjeux de santé publique justifieraient l'exercice d'un pouvoir normalisateur1140(*). Il s'agirait d'une médicalisation du contrôle social qui traduirait, selon l'analyse initiée par Foucault, l'émergence d'un biopouvoir ou d'une bio-politique1141(*). Cette réponse peut sembler exagérée, elle a toutefois le mérite de souligner les écarts d'interprétation dont fait l'objet la réduction des risques. La réduction des risques part de considérations pratiques, auxquelles elle tente d'apporter une réponse réaliste. Elle marque le passage d'une politique de lutte contre les drogues à une politique de contrôle.

« Les politiques de l'Occident sont prises dans un curieux mouvement de balancier. Les politiciens tour à tour s'inquiètent et se rassurent, glissent de la répression à la compréhension, passent de la brutalité au laxisme. Il est temps, désormais, d'arrêter un pendule qui fait osciller les drogues entre la maladie et le crime. Il faut se résigner : il n'est pas de solution finale, ni douce, ni violente. Après la grande épidémie des années soixante, on sait qu'il s'illusionne celui qui s'acharne à rayer les vertigineux poisons de notre vie. Il ne faut jamais que traiter, de façon précaire, un problème appelé à renaître sans cesse, sous des visages nouveaux. Exiger « un monde sans drogue », pour reprendre un slogan qui eut son heure de gloire, c'est proférer une aberration. Le dragon renaîtra toujours de ses cendres. Plutôt que d'espérer l'anéantir, mieux vaut le dresser »1142(*).

* sieme contro la Droga», document non imprimé disponible sur le site internet de Villa Maraini p.39.

1098 Faugeron Claude, Kokoreff Michel, « Il n'y a pas de société sans drogues » : Un processus de normalisation ?, in Faugeron C., Kokoreff M., Société avec drogues. Enj

* eux et limites, op.cit, p.29.

1099 On peut par exemple citer la naissance du collectif « Limiter la casse » en 1993, réuni autour d'acteurs issus de la lutte contre le sida, de médecins généralistes, quelques patriciens hospitaliers et des professionnels de terrain, et enfin des usagers de drogue et leurs proches. A. Coppel, E. Lamen, « Naissance d'un collectif d'association, Limiter la casse »,

* Agora, n°27-28, automne 1993.

* 1100 On peut citer par exemple la reconnaissance du rôle des groupes d'auto-support par le Conseil national du sida dans son rapport au législateur publié en juin 2001 : « Propices à garantir ces évolutions, les « groupes d'auto-support » doivent être considérés comme des structures indispensables à la diffusion des messages de réduction des risques ». Conseil national du sida, Les risques liés aux usages de drogues comme enjeu de santé publique. Propositions pour une reformulation du ca

* dre législatif, op.cit.,p.22.

1101 Gatti R.C., Lavorare con i tossicodipendenti. Manuale per gli operatori del servizio pubblico

* , op.cit., p.175

1102 Jauffret-Routside Marie, « Les groupes d'autosupport d'usagers de drogue. Mise en oeuvre de nouvelles formes d'expertise », in Faugeron C., Kokoreff M., Société avec drogues. Enjeux et

* limites, op.cit, pp.165-181.

1103 Marco Orsenigo, Tra clinica e controllo sociale. Il lavoro psicologico nei servizi per toss

* icodipendenti, op.cit., p.20.

1104 Gatti R.C., Lavorare con i tossicodipendenti. Manuale per gli operatori del servizio pubblico

* , op.cit., p.108.

1105 Farges F., Patel.,

* Les communautés thérapeutiques pour toxicomanes, op.cit., 22p.

1106 Farges F., Pat

* el., op.cit., 22p.

* 1107 Farges F., Patel., op.cit.,

* t 22p.

1108 Simon Théo, Drogues. Contre la criminalisation de l'usage ?,

* op.cit.

* 1109 Narcotiques Anonymes, Van Nuys

* , World Service Office, 1989.

1110 Jauffret-Routside Marie, « Les groupes d'autosupport d'usagers de drogue. Mis en oeuvre de nouvelles formes d'expertise », in Faugeron C., Kokoreff M., Société avec drogues. Enj

* eux et limites, op.cit, p.

* 177

1111 Jauffret-Routside Marie, ibid., p.166

1112 M. Bardoulat, « Les usagers de drogues font de la prévention », Interdépendances, n°23, 1996, pp.23-33, cité in Farges Florent, « Approche communautaire des

* toxicomanes », op.cit, p.69.

1113 Simon Théo, Drogues. Contre la criminalisation de l'usage ?, op.cit., p.117

*

* 1114 Anne Coppel, « Stratégies collectives et prévention de l'infection par le VIH chez les toxicomanes », in Sida, toxicomanie : une lecture documentaire, CRIP

* S, Toxibase, 1993, pp.95-105.

1115 Defert D., « Le malade réformateur », SIDA 89, Spécial Montréal, juin, supplément au n°5, 1989, pp.14-17. Cité dans Jauffret-Routside Marie, « Les groupes d'autosupport d'usagers de drogue. Mis en oeuvre de nouvelles formes d'expertise », in Faugeron C., Kokoreff M., Société avec drogues. Enj

* eux et limites, op.cit, p.173

1116 On peut noter les limites apportées par le Conseil national du sida au rôle de prévention joué par les groupes d'auto-support : « Le Conseil national du sida considère à ce propos que la participation d'usagers et ex-usagers de drogues aux actions de prévention en direction d'un jeune public doit être envisagée avec une extrême prudence : leur statut au sein des équipes d'intervenants et la référence à leurs parcours personnels posent de nombreuses questions d'ordre éthique. En outre, l'impact de leur présence sur les représentations des jeunes est excessivement difficile à évaluer. En revanche, leur expérience peut s'avérer utile à la définition du contenu des outils de prévention (en particulier pour ce qui regarde la prévention secondaire), au suivi et à l'évaluation des programmes dans un cadre plus large ». Conseil national du sida, Les risques liés aux usages de drogues comme enjeu de santé publique. Propositions pour une reformulation du c

* adre législatif, op.cit., p.90.

1117 Jauffret-Routside Marie, « Les groupes d'autosupport d'usagers de drogue. Mis en oeuvre de nouvelles formes d'expertise », in Faugeron C., Kokoreff M., op.cit.

* e

1118 Bovens M., `T Hart P., Peters G., (dir.), Success and Failure in Public Governance: A comparative analysis, London, Edward Elgar, 2001. Cité dans Steffen M., Les Etats face au Sida, op.cit., p.206.

* 1119 Ibid.,p.206.

* 1120 Dussausaye Eve, Politiques publiques de soins en matière de toxicomanie. Une spécificité française, op.cit., p.119.

* 1121 Dente Bruno, « Le politiche pubbliche in Italia. Introduzione », in Dente Bruno, Le politiche pubbliche in Italia, Bologna, op.cit., p.5.

* 1122 Source: EODT, cité dans Montanari L.,  «Valutazione e prevenzione dell'Aids in Europa: alcune piste di riflessione», art.cit., p.111.

* 1123 Piccone Stella, Droghe e tossicodipendenza, op.cit., p.75.

* 1124 Zuffa G., I drogati e gli altri. Le politiche di riduzione del danno, op.cit., p.133.

* 1125 « Il est nécessaire de mettre en place un système d'intervention qui dépasse l'optique de la spécialisation. Il s'agit ainsi de développer un système qui promeut non seulement l'intervention clinique mais surtout la prévention et qui soit en mesure de travailler en concomitance avec les familles, les associations, les mouvements de citoyenneté active, les groupements de volontaires. De plus, il est nécessaire d'élargir l`intervention à de nouveaux horizons en reliant l'intervention à d'autres champs d'action (politiques du travail, du territoire, sociales). Il ne s'agit pas de substituer aux réseaux de professionnels ceux de la société civile mais de valoriser les réseaux sociaux afin de protéger les individus. Subsidiarité et solidarité, mais aussi subsidiarité et prestations spécialisées sont, par conséquent, étroitement liées. Il s'agit donc de réécrire en profondeur la philosophie qui anime les politiques en matière de drogues qui doivent redevenir des politiques sociales au sens plein du terme en dépassant l'actuel configuration des politiques de contrôle des situations pathologiques ». Fazzi L., Scaglia A., «Introduzione», in Tossicodipendenze e politiche sociali in Italia, op.cit., p.31

* 1126 Steffen M., Les Etats face au Sida, op.cit.

* 1127 « Centrer les politiques d'intervention sur les seules toxicomanies pathologiques, signifie par conséquence privilégier une approche relative au problème et non pas proactive, parce qu'agir en réaction au malaise signifie décliner chaque responsabilité en raison d'une compréhension des causes et des dynamiques du phénomène, c'est à dire des facteurs et des processus qui expliquent les raisons de la consommation, qui sont beaucoup plus complexes et hétérogènes qu'une approche qui permet de mettre en évidence les cas précis ». Fazzi L., Scaglia A., «Introduzione», in Tossicodipendenze e politiche sociali in Italia, op.cit., p11.

* 1128 Faugeron Claude, Kokoreff Michel, « Il n'y a pas de société sans drogues » : Un processus de normalisation ?, in Faugeron C., Kokoreff M., Société avec drogues. Enjeux et limites, op.cit., p.7.

* 1129 « C'est précisément dans l'observation fine des scènes locales que l'on peut constater combien l'action de certains professionnels, de certaines associations, de certains élus représente un véritable travail d'invention de la santé publique ». Fassin D., (dir.), Les figures urbaines de la santé publique. Enquête sur les expériences locales, Paris, La découverte, 1998, p.16.

* 1130 Ibid., p.38.

* 1131 Monika Steffen conclue dans son ouvrage à l'élaboration d'une politique européenne de santé publqiue. Elle écrit par ailleurs : « Les stratégies de réduction des risques dans le domaine de la toxicomanie constituent une autre illustration du caractère désormais prioritaire conféré aux préoccupations de santé publique ». Steffen M., Les Etats face au Sida, op.cit.,p.236.

* 1132 Steffen M., Les Etats face au Sida, op.cit., p.215.

* 1133 Morel A., Prévenir les toxicomanies, op.cit., p.234 et suiv.

* 1134 Nizzoli Umberto, «Assistere persone con Aids, tossicodipendenti e no», La cura delle persone con Aids. Interventi e contesti culturali , op.cit., p.41.

* 1135 Augé-Caumon M-J., Bloch-Lainé J-F., Lowenstein W., Morel A., L'accès à la méthadone en France. Bilan et recommandations, Rapport réalisé à la demande de Bernard Kouchner Ministre Délégué à la Santé, 87p.

* 1136 Conseil national du Sida, Les risques liés aux usages de drogues comme enjeu de santé publique. Propositions pour une reformulation du cadre législatif, Rapport, avis et recommandations du Conseil national du Sida, adoptés lors de la séance plénière du 21 juin 2001, responsable de la commission :Alain Molla, 163p.

* 1137 Zuffa G., I drogati e gli altri. Le politiche di riduzione del danno, op.cit.,p.133.

* 1138 Miriam Mafai «Onu, vertice sulla droga si chiude tra le polemiche «, La Repubblica, 11juin 1998.

* 1139 « Le déplacement sémantique du terme de sécurité de l'environnement social à celui de l'ordre public interroge directement la réduction des risques. Come l'on a vu, les risques à limiter sont ceux qui regardent chaque citoyen et pas uniquement les consommateurs. Mais la sécurité collective est consentie à travers l'inclusion des consommateurs : il s'agit en cela d'une politique sécuritaire qui repose sur un contôle social en faveur de la communauté collective [...] Dans ce cadre, le risque que la réduction des risques soit « pliée » et limitée par le paradigme traditionnel du prohibitionnisme est grand, contribuant ainsi à en limiter la portée sociale ». Ibid., p.135.

* 1140 C'est la question posée par les auteurs. Faugeron Claude, Kokoreff Michel, « Il n'y a pas de société sans drogues » : Un processus de normalisation ?, in Faugeron C., Kokoreff M., Société avec drogues. Enjeux et limites, op.cit., p.31.

* 1141 Fassin, D., « Politique des corps et gouvernement des villes », in Fassin D (dir.), Les figures urbaines de la santé publique. Enquête sur les expériences locales, op.cit., p.38.

* 1142 Bachmann C., Coppel A., La drogue dans le monde, hier et aujourd'hui, op.cit., p.608.

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