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Réglementation prudentielle et performances du système bancaire au Cameroun

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par Rodrigue NANA KUINDJA
Université de Yaoundé II SOA - Diplôme d'Etudes Approfondies (DEA) 2009
Dans la categorie: Economie et Finance
  

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L'équation peut s'écrire comme suit.

(2)

1- Résultats empiriques et interprétations

L'évolution du rendement sur les actifs (en pourcentage de l'actif) et de ses déterminants potentiels est représentée comme suit. La rentabilité des actifs (ROA), comme première variable managériale, est affectée positivement par les charges générales du système bancaire (fgf) de notre étude. Ce résultat suggère que les profits des banques peuvent être positivement affectés par les dépenses de structure. Suivant nos estimations, une hausse des frais généraux d'un point de pourcentage des actifs entraînerait à long terme une appréciation du rendement de 67,68 point de pourcentage des actifs. En fait, les coefficients d'exploitation du secteur bancaire dans son ensemble, ne dépassent pas les bornes de 70%; normes considérées acceptables en matière de gestion des firmes bancaires. Cette constatation sera confirmée lors de l'analyse empirique de l'effet positif des dépenses d'exploitation sur la marge globale bancaire, indiquant ainsi que les établissements bancaires camerounais maîtrisent leurs dépenses.

Selon nos résultats empiriques, les fonds propres (kxf), comme deuxième variable managériale, ont un effet positif sur la rentabilité des actifs. A long terme, toute augmentation des capitaux propres d'un point de pourcentage des actifs conduira à une hausse de la rentabilité bancaire d'environ 1,58 point de pourcentage des actifs. Théoriquement, les banques les mieux capitalisées accèdent facilement aux fonds de financement sur le marché parce qu'elles sont moins risquées et plus solvables. En fait, la réglementation prudentielle impose aux banques un niveau minimum de couverture des emplois par des ressources stables. Autrement dit, les banques camerounaises devront mieux s'outiller pour contrôler ses fonds et gérer avec sérieux les capitaux propres enregistrés.

Les résultats de notre modèle empirique montrent que le volume des crédits distribués (crf) n'est pas favorable à la profitabilité des banques. A long terme, une hausse des crédits bancaires d'un point de pourcentage des actifs induirait une régression de la profitabilité des banques d'environ 2,82 point de pourcentage des actifs. Cette variable managériale constitue certes une source importante des profits à l'ère de l'intermédiation comme à celle de la libéralisation financière mais sans réglementation stricte, elle est vouée à un risque systémique.

L'étude empirique de l'impact de l'environnement macro-financier sur la rentabilité des actifs bancaires au Cameroun a également induit des résultats mitigés à long terme. Suivant nos estimations, la taille du secteur bancaire (atb) n'est pas favorable à l'augmentation des profits bancaires, suggérant qu'en général, les économies d'échelle ne sont pas favorables à l'amélioration de la profitabilité des banques. Comme on peut le comprendre, une hausse de l'actif consolidé des banques camerounaises d'un point de pourcentage du PIB entraînerait à long terme une baisse du résultat net bancaire d'environ 4,31 point de pourcentage des actifs.

Puisque les banques camerounaises regorgent de liquidités sous-exploitées dans un contexte où les demandes de crédits sont assujetties à des garanties draconiennes, les possibilités d'amélioration de la rentabilité globale ne seront que limitées. Une banque est capable d'élargir sa part de marché si ses produits sont différenciés de ceux de ses concurrents. Mais, ce rapport positif entre la part de marché et la profitabilité peut faire défaut si la demande de marché est peu proportionnelle à la taille de la banque, ce qui est le cas du marché de crédit au Cameroun pour la période étudiée. Suite à cette réalité, la politique de la concurrence au sein du secteur bancaire n'aurait probablement aucun effet stimulant sur les profits. Ceci expliquerait le fait que les mouvements de concentration (coc) sont plus bénéfiques à l'amélioration des profits des banques camerounaises. L'occupation de la part majeure du marché bancaire par un nombre restreint d'acteurs bancaires a donc un effet stimulant sur les profits bancaires au Cameroun. En effet, selon nos estimations empiriques, une intensification de la concentration d'un point de pourcentage du total des actifs du système bancaire entraînerait à long terme une amélioration de la profitabilité des banques d'environ 0,045 point de pourcentage des actifs.

En ce qui concerne les variables macro-économiques, la croissance économique et l'inflation semblent affecter positivement le rendement sur actifs du système bancaire. La croissance économique (lpb) du pays a d'importantes incidences positives, à long terme, sur la performance des secteurs d'activités, y compris le secteur bancaire. A court terme, une croissance du PIB réel par tête de 10% induirait une réduction de la profitabilité bancaire de 6,90 point de pourcentage des actifs à court terme, pour la simple raison que les banques se comporteront comme satisfaite et se livrer à des situations catastrophiques. Il semble que les banques camerounaises ont profité de la restructuration de l'économie nationale par des politiques de réformes structurelles du secteur et l'introduction de nouvelles techniques et technologies en vue d'améliorer les niveaux de bancarisation qui sont encore à des niveaux faibles. L'impact positif de l'inflation (inf) va dans le sens de nos hypothèses de départ. Une hausse du taux d'inflation d'un point de pourcentage entraînerait une amélioration du rendement bancaire de 0,0034 point de pourcentage des actifs à long terme. L'augmentation du niveau général des prix a permis aux établissements bancaires de réaliser des profits substantiels malgré la situation économique critique du pays. Les tensions inflationnistes produisent une extension et une surévaluation des charges bancaires, mais ce sont les déposants et les emprunteurs qui supportent de telles charges en dernier ressort. L'inflation entraîne plus de charges d'investissement mais également des taux de crédit élevés et donc plus de revenus d'intérêt et de profits.

Enfin, concernant les variables réglementaires, la tendance excessive des banques camerounaises à assurer leur solvabilité à long terme, reléguant ainsi au second plan la réalisation de meilleures performances à court terme serait la raison de la réduction de 0,022 point de pourcentage. Les réglementations encourageant le contrôle des banques par le secteur privé, c'est-à-dire celles qui exigent le recours des banques à des auditeurs externes agréés et des agences de notation internationales, qui obligent les banques à divulguer leurs procédures de gestion du risque et leurs engagements hors bilan et à produire des états financiers consolidés, sont supposées réduire le risque et améliorer la performance des banques. L'indice de la réglementation du capital est négativement relié à l'évolution du capital et du risque et n'a pas d'effet sur la marge d'intérêt nette. Ce qui montre qu'au Cameroun, une réglementation stricte du capital conduit les banques à réduire leurs risques et semble donc atteindre ses objectifs. L'existence d'un système de supervision très stricte et rigoureux est supposée contraindre le comportement de la banque en matière de prise de risque. Le respect du ratio de liquidité a un impact positif mais non significatif sur la rentabilité du système bancaire qui suggère que les banques parviennent à couvrir la totalité de leurs dettes.

2- Implications de politique économique

Notre étude analytique et empirique sur les ratios prudentiels comme déterminant majeur de la rentabilité bancaire au Cameroun nous a permis de déduire une série de résultats empiriques tantôt corroborant tantôt contredisant les prédictions de la théorie économique et financière en la matière. L'impact positif des fonds propres sur la rentabilité des actifs serait probablement dû à la tendance excessive des banques camerounaises à assurer leur solvabilité à court terme, reléguant ainsi au second plan la réalisation de meilleures performances à long terme. D'ailleurs, nombreuses sont les études qui ont remarqué que les ratios de solvabilité bancaires locaux varient généralement aux alentours de 10% et sont supérieurs à ceux observés dans les pays industrialisés. Par ailleurs, même si les crédits à long terme réduisent la rentabilité au Cameroun, les niveaux élevés des ratios de liquidité qui dépassent, pour la majorité des cas, les frontières de 120%, expliqueraient le fait que les établissements bancaires ne profitent pas de la surliquidité du marché. Les banques hésitent à distribuer des crédits par crainte de ne pas recouvrer les fonds distribués et tomber ainsi dans la crise de liquidité. La nature des dépôts à majorité de courte durée oblige les banques à ne pas prendre le risque de s'engager dans des financements à moyen et à long terme et à assurer des fonds de garantie afin de pouvoir faire face à d'éventuelles faillites. En plus, la demande faible du marché camerounais, due essentiellement au faible pouvoir d'achat des ménages, image de l'insolvabilité, accentue le risque pour ces institutions et limite la politique du crédit.

Une telle politique limitée est également associée à une faible couverture du territoire national. Les niveaux encore élevés des taux de crédit accentuent ce phénomène. Cette réalité peut être ajoutée à un faible encouragement de l'épargne, dû à des taux d'intérêt sur les dépôts encore faibles et, jusqu'à une date récente, à des frais de dossier plus ou moins élevés. Il serait opportun de s'intéresser plus à la réalisation des résultats à court terme et de réduire l'impact des politiques de solvabilité excessive par la recherche de ressources plus stables et l'encouragement des épargnes à longue durée, l'exploitation de l'épargne existante et la distribution des crédits pour l'amélioration du niveau des investissements.

L'engagement des banques dans le financement du secteur immobilier devrait coexister avec une politique de garantie car la flambée des cours des produits de ce secteur, résultat des comportements de spéculation est sensée produire des effets néfastes sur l'activité de ces établissements et même sur l'économie en général.

En définitive, le ratio de couverture des risques et le ratio de liquidité sont considérés comme pilier de la rentabilité des actifs bancaires au Cameroun car ils limitent certains excès des banques dans la recherche du profit. Ils réduisent les risques de insolvabilité et d'illiquidité. A long terme, ils contribuent à l'évolution de la rentabilité du système bancaire, bien que seul le ratio de solvabilité ait une significativité même négative sur la rentabilité des actifs, car les banques voulant se protéger, réduisent leur profitabilité à long terme. Il en ressort que les restrictions sur les activités bancaires sont négativement liées au niveau du capital et positivement liées au niveau des ressources disponibles et qu'elles ont un effet positif sur la marge d'intérêt et la rentabilité des actifs bancaires. Ce résultat se justifie par le fait que lorsqu'elles sont autorisées à conduire une grande variété d'activités, les banques prennent des risques excessifs. De plus, l'exercice d'un large éventail d'activités financières et la non séparation entre les activités commerciales et celles d'investissement peuvent entraîner la formation d'entités extrêmement complexes et de grande taille à même de réduire la concurrence et l'efficience du secteur financier. Les banques exposées à un risque élevé pourraient choisir des marges d'intérêts plus élevées. Parallèlement, les banques peu rentables sont tentées d'octroyer des crédits plus aléatoires et de s'engager dans des activités plus incertaines pour défendre leurs rentabilités et respecter les règles prudentielles imposées par les autorités monétaires. Les banques disposant d'un ratio de couverture des risques peuvent être incitées à augmenter leur capital et à réduire leur niveau de risque afin d'éviter d'être pénalisées. Toutefois, les banques sous -capitalisées peuvent être tentées de prendre des risques excessifs dans l'espoir d'avoir des rendements élevés qui peuvent les aider à augmenter leur capital.

CONCLUSION

L'objectif de ce chapitre était de monter le degré de participation de la réglementation prudentielle dans la détermination de la rentabilité des actifs bancaires au Cameroun. Pour y parvenir, nous avons procédé d'une part à une analyse de la reconstruction et des résultats du système bancaire et d'autre part à une vérification empirique en utilisant un modèle de régression linéaire avec des données sur 28 trimestres sur le système bancaire. Notre base de données provient des rapports annuels de la COBAC pour une période allant de 2001 à 2007.

Il ressort de cette analyse que la réglementation est un soutien incontournable pour l'amélioration des résultats bancaires, dans la mesure où celle-ci permet de protéger les déposants et leurs épargnes. On note que le ratio de couverture des risques influence de façon négative et significative la rentabilité des actifs pour la simple raison qu'il pousse les banques à prendre beaucoup de risques en les exposant à la faillite. Ces risques prisent poussent les banques dans la recherche absolue du profit. Le ratio de liquidité quant à elle à un effet positif mais non significatif sur la rentabilité des actifs, du fait de présence continue des ressources. Ceci soulève le fameux problème de la surliquidité des banques et leur refus d'octroyer des crédits. Il faudrait désormais plus se pencher sur la réglementation de la liquidité qui nécessite beaucoup d'attention. En outre, la politique de la maîtrise des normes internationales en matière de solvabilité et de liquidité, sous l'impulsion des autorités supranationales, a provoqué des effets négatifs sur la rentabilité bancaire. La surcapitalisation des banques camerounaises et le défaut de transformation ont entraîné une situation de surliquidité qui n'a profité de ce fait ni à la rentabilité globale ni aux marges d'intérêt bancaires.

CONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE

Dans cette partie, nous avons étudié la contribution de la réglementation prudentielle dans le rétablissement de la rentabilité bancaire au Cameroun durant la période 2001-2007, et ce, en appliquant de façon trimestrielle, à l'ensemble du système bancaire, un modèle de régression multiple s'inscrivant dans la lignée des travaux de Bourva (1979). Après avoir présenté l'apport de la réglementation prudentielle dans la résolution de la crise bancaire des années 80 au Cameroun, nous avons procédé à l'étude de l'impact du dispositif prudentiel sur la rentabilité bancaire au Cameroun. Il en ressort que la réglementation de l'activité bancaire apparaît efficace dans l'amélioration de la rentabilité bancaire. Plus les restrictions sur les activités sont fortes, plus le risque est réduit et plus la rentabilité des actifs est élevée.

Nos résultats corroborent les conclusions de Ben Naceur (2003) et Ghazi (2006) qui affirment que la réglementation prudentielle a réussi à améliorer le niveau de rentabilité des banques. De plus, l'évolution des fonds propres et des ressources a été accompagnée par une baisse du risque de crédit et une augmentation de la marge d'intérêt ainsi que la rentabilité des actifs. Cependant, il convient de signaler que cette partie se base uniquement sur la rentabilité de actifs en négligeant la marge d'intérêt comme mesure de la rentabilité. La prise en compte d'un tel arbitrage est toutefois, difficile, et ce, en raison de l'indisponibilité des données.

Nos résultats soutiennent le premier pilier de Bâle II à savoir la réglementation des fonds propres et montrent que le renforcement du pouvoir des autorités de supervision n'a pas d'effet sur la rentabilité nette et que les réglementations exigeant une grande transparence de l'information et incitant le secteur privé à contrôler les banques, génèrent des effets indésirables sur le comportement des banques en matière de prise de risque au Cameroun. La discipline de marché qui constitue un facteur essentiel pour la stabilité bancaire, est faible au Cameroun et demeure sous l'influence de la réglementation bancaire.

Pour contourner le problème d'aléa moral engendré par un système d'assurance des dépôts à taux fixe et afin d'éliminer les effets pervers de la réglementation du capital ou de celle du portefeuille de la banque et dépasser leurs limites dans la maîtrise du risque, il a été suggéré que les exigences sur les fonds propres devaient tenir compte non seulement de la valeur des actifs mais aussi du niveau du risque qui s'y attache (Ikori, 2009). La réglementation prudentielle ne devrait pas se focaliser uniquement sur le ratio de solvabilité des banques, mais aussi accordée un peu d'attention à la réglementation sur la liquidité.

DEUXIEME PARTIE 

REGLEMENTATION PRUDENTIELLE : UN MOYEN

DE RENFORCEMENT DE LA PRODUCTIVITE

BANCAIRE AU CAMEROUN

INTRODUCTION DE LA DEUXIEME PARTIE

L'analyse de la productivité se heurte à de multiples difficultés dans le secteur des services et, plus particulièrement, dans le domaine bancaire. Cela tient pour une grande part à l'impossibilité d'isoler physiquement la production de certaines prestations ou l'exercice de certaines fonctions ou encore à l'existence de produits « liés » dont la mise en oeuvre est indissociable (Demartini, 2004). De ce fait, les superviseurs devront poursuivre les réformes réglementaires entreprises dans le secteur bancaire et assurer en même temps la promotion des investissements, de manière à obtenir une croissance forte et durable (Fouda, 2009).La productivité en général est la relation entre le niveau de la production et la quantité des facteurs qui l'ont permis. Malgré ces difficultés d'approche tant conceptuelles que pratiques, la productivité mérite la plus grande attention, dans la mesure où elle constitue un des facteurs clé de la concurrence dans le secteur bancaire. Cette productivité est vue sur le plan de développement financier, qui est estimé par le volume de crédits distribués. L'un des objectifs majeur de la réglementation est de permettre le financement de l'économie. Qu'en est-il ?

La question centrale ici est de savoir si l'application des mesures prudentielles s'est réellement traduite par une reprise de la productivité bancaire au Cameroun ? Cette deuxième partie vise à montrer comment les caractéristiques des banques et l'environnement financier affectent la productivité des banques camerounaises. Singulièrement, le but principal de cette partie est d'examiner de façon approfondie la relation entre la productivité et les caractéristiques du système bancaire. L'hypothèse sous-jacente est que la réglementation prudentielle affecte positivement la productivité bancaire au Cameroun.

Pour ce faire, nous avons présenté cette partie en deux chapitres. Le chapitre 3 a pour titre : Réglementation et l'expérience de développement financier au Cameroun. Le but est d'évaluer la contribution du dispositif réglementaire à résoudre de manière optimale les problèmes d'offre de crédits. Le chapitre 4 a pour titre : Le dispositif prudentiel : un moyen de consolider le financement de l'économie au Cameroun. Le but est de mesurer l'impact des ratios prudentiels dans l'intensification du niveau de développement financier, dans le souci de rendre le système bancaire stable. La méthode la plus appropriée pour traiter ce genre de problème est la méthode de régression multiple. Les résultats tant statistiques qu'économétriques sont proposés.

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