7 CHAPITRE IV : DISCUSSION
7.1.1 4.1-DONNEES
SOCIODEMOGRAPHIQUES
Les données présentées dans le
Tableau 1 offrent un aperçu significatif du profil des
patients atteints de cancer vésical dans la région de Kimpese,
une zone connue pour son endémicité bilharzienne. Plusieurs
points clés émergent de cette analyse, corroborés par la
littérature scientifique et ayant des implications en santé
publique.
Avec 85 % des cas de cancer vésical survenant chez des
hommes, notre étude confirme le biais de genre typiquement
observé dans les cancers liés à la
schistosomiase38. Ce ratio Homme : Femme de 6:1 s'explique notamment
par des expositions différenciées : les hommes sont plus souvent
en contact avec des eaux infestées lors des activités agricoles
ou de pêche, augmentant le risque d'infection bilharzienne 16.
Cette disparité appelle des campagnes de sensibilisation ciblant les
hommes, tout en évitant de négliger les femmes, qui peuvent aussi
être exposées lors de tâches domestiques ou agricoles.
L'âge médian des cas est de 65 ans, et 58 % ont = 60
ans. Cela reflète le caractère tardif du diagnostic, mais aussi
la latence entre l'infection bilharzienne (souvent contractée dans
l'enfance) et la cancérogenèse 39. Le vieillissement
dans cette population s'accompagne d'une accumulation d'expositions et d'une
baisse de l'immunité, ce qui aggrave le pronostic.
Il est crucial d'intégrer un dépistage
précoce chez les personnes âgées en zone endémique,
même en l'absence de symptômes aigus.
Le fait que 61 % des cas résident dans la Zone de
Santé (ZS) de Kimpese souligne le lourd fardeau local de la
schistosomiase urogénitale. Kimpese est une zone rurale où
l'accès à l'eau potable est limité et où les
pratiques agricoles exposent régulièrement aux plans d'eau
naturels 40. Cela confirme le rôle des déterminants
géographiques dans la distribution des cancers associés aux
infections parasitaires 41. Une approche de santé publique
territorialisée, ciblant les zones hyperendémiques, est
indispensable.
Près de la moitié (49 %) des cas sont des
agriculteurs, contre seulement 24 % des témoins. Cette
surreprésentation illustre le double fardeau des populations rurales :
exposition professionnelle aux eaux infestées (bilharziose) et possible
utilisation de pesticides 10.
Le travail agricole, souvent informel et sans protection, devient
un facteur de risque socialement structuré. Des programmes de
prévention intégrant des formations sur les risques hydriques et
chimiques sont nécessaires.
Les cas présentent un niveau d'éducation
globalement plus bas : 65 % n'ont dépassé que le primaire ou sont
sans instruction, contre 53 % chez les témoins. Un faible niveau
d'éducation est corrélé à une méconnaissance
des mesures préventives, un recours tardif aux soins et une
difficulté à comprendre les messages de santé
42. Cela renforce la nécessité de messages clairs,
vulgarisés, et diffusés via des canaux adaptés (radio,
leaders communautaires).
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