3.1.2 2. Contexte et justification
Actuellement, la majorité des études sur le cancer
de la vessie désignent le tabac comme premier facteur de risque. Ce
constat est confirmé dans diverses recherches américaines et
norvégiennes où la prévalence du tabagisme explique
majoritairement les taux élevés de ce cancer dans les pays
industrialisés14,15.
Dans de nombreuses communautés d'Afrique subsaharienne, la
question du cancer de la vessie n'est pas seulement une donnée
statistique mais plutôt une maladie qui transforme la vie d'un
pêcheur, d'un cultivateur ou d'une mère de famille, d'abord par
des épisodes répétés d'hématurie, de douleur
et de fatigue, puis par l'éloignement du diagnostic et l'accès
limité aux soins. Là où les enfants jouent dans les eaux
infestées et où l'accès à l'eau potable reste
précaire, l'infection par Schistosoma Haematobium demeure
endémique. L'infestation chronique cause une inflammation persistante de
la muqueuse vésicale, des lésions tissulaires et, au fil des
années, un terrain propice à la transformation maligne. Les
tumeurs qui en résultent sont souvent de type épidermoïde,
plus agressives et diagnostiquées à un stade avancé
lorsqu'une prise en charge curative est difficile voire
impossible16-20.Plusieurs raisons rendent urgente et légitime
une étude locale sur l'association schistosomiase et cancer de la vessie
dans ces milieux19,20 :
§ Fardeau persistant de l'infection : malgré des
campagnes de traitement et des efforts de contrôle, des poches de
transmission subsistent et exposent des générations successives.
§ Retard diagnostique et inégalités
d'accès : la cystoscopie, l'anatomopathologie et la chirurgie ne sont
pas toujours disponibles, provoquant des parcours de soins longs et
coûteux pour les familles.
§ Impact socio-économique : le diagnostic tardif
conduit à une mortalité précoce, à la perte de
revenu et à une charge pour les proches, accentuant la
vulnérabilité déjà présente.
§ Lacunes de connaissances locales : peu d'études
robustes quantifient le risque attribuable à S. Haematobium dans des
contextes précis, ni l'effet préventif à long terme des
programmes de traitement de masse.
§ Potentiel d'action immédiate : caractériser
précisément l'association et identifier les facteurs modifiables
(exposition, retard de traitement, pratiques d'eau) oriente des interventions
intégrées ; traitement antibilharzien, assainissement,
dépistage ciblé, susceptibles de prévenir des cancers
évitables.
Cette étude vise donc à documenter le lien
épidémiologique et clinique entre schistosomiase et cancer de la
vessie dans le contexte endémique de la cité de Kimpese
18, à mesurer son impact sur les trajectoires de vie et
à proposer des leviers de prévention opérationnels. En
rendant visibles les parcours des patients et les obstacles du système
de santé, elle ambitionne non seulement d'enrichir la connaissance
scientifique mais aussi d'éclairer des actions concrètes pour
améliorer la santé et l'espérance de vie des populations
touchées.
Cela dit, il semble essentiel de considérer la forte
endémicité de la schistosomiase en Afrique tropicale et
subtropicale, qui pourrait constituer un facteur associé majeur, voire
surpasser dans son impact les autres risques connus16,21.
En outre, cette étude s'inscrit donc dans la
volonté d'identifier et de documenter précisément
l'association possible entre la schistosomiase et le cancer de la vessie chez
les patients suivis à l'Hôpital Général de
Référence IME/Kimpese.
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