Introduction
Dans le cadre de l'évaluation de la performance
opérationnelle et financière du transport ferroviaire entre 2019
et 2024, des entretiens semi-directifs ont été menés
auprès de différents acteurs de la Société
Nationale des Chemins de fer du Congo (SNCC) : conducteurs, responsables
d'exploitation, agents de maintenance, cadres financiers et
représentants syndicaux. L'objectif de cette démarche
était de comprendre les perceptions, expériences et suggestions
de ces acteurs afin de compléter et expliquer les tendances
observées dans les données quantitatives. Les questions ont
porté sur les contraintes opérationnelles, la ponctualité,
la politique tarifaire, la sécurité et la gestion des ressources
humaines.
Résultats
L'analyse des témoignages recueillis a permis d'identifier
cinq thèmes principaux :
1. État du matériel roulant
Le manque de locomotives et de wagons en bon état a
été cité comme la première cause de limitation du
trafic. Plusieurs témoins ont indiqué que près
de la moitié du matériel est immobilisé par des
pannes ou en attente de pièces détachées
importées. Cela provoque :
· Une réduction du nombre de trains
mis en circulation chaque année (exemple : chute de 270 trains en 2019
à seulement 102 en 2024).
· Une sous-utilisation de la demande
disponible, car des contrats de transport doivent être
refusés faute de capacité.
Lien avec les données : La baisse du
nombre de trains observée dans la série correspond directement
aux témoignages sur la vétusté et le manque de
maintenance.
2. Ponctualité et retards
Les retards sont décrits comme
multifactoriels :
· Techniques : pannes en ligne ou manque de
locomotives de réserve.
· Climatiques : inondations et glissements
de terrain bloquant certaines sections de voies.
· Organisationnels : retards dans les
opérations de chargement/déchargement.
Ces facteurs augmentent le temps moyen de retard (exemple : 25,5
min en 2024 contre seulement 10,9 min en 2023). Une mauvaise
ponctualité dégrade la satisfaction client et peut
entraîner la perte de contrats au profit du transport routier.
Lien avec les données : Les années
avec les retards les plus élevés ne sont pas
systématiquement celles aux recettes les plus faibles, mais elles
montrent souvent une corrélation négative avec le taux
d'occupation.
3. Politique tarifaire
Les tarifs appliqués par la SNCC sont jugés
compétitifs par rapport à la route, mais ils
restent parfois en dessous des coûts réels d'exploitation, ce qui
réduit la marge bénéficiaire. Les décideurs
reconnaissent que l'augmentation des recettes dépend
davantage d'une hausse du volume transporté que d'une
révision tarifaire.
Lien avec les données :
· Exemple : en 2022, le tarif moyen a augmenté
à 1,10 USD/tonne.km, ce qui a coïncidé avec des recettes
élevées (149,5 millions CDF), malgré un volume
transporté inférieur à celui de 2019.
· Cela montre qu'un ajustement tarifaire ciblé,
combiné à une amélioration de la capacité, pourrait
améliorer la rentabilité.
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