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Les débats autour de la guerre d'Algérie à  travers le journal Le Monde


par Philippe SALSON
Université Michel de Montaigne Bordeaux III - Maà®trise d'Histoire contemporaine 2001
  

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2/ Un rebondissement : la publication de La Vraie Bataille d'Alger

Le débat, s'il a été initié par les procès, prend véritablement de l'ampleur fin 1971 avec la publication du livre-témoignage du général Massu, La Vraie Bataille d'Alger88.

a) L'autojustification de Massu

Jacques Massu intitule ainsi son livre en réponse au film de Gillo Pontecorvo et Yacef Saadi dont on a déjà évoqué la polémique qu'il a suscitée. C'est la version de Massu de la bataille d'Alger, présentée sous la forme d'une interview. Jean Planchais livre son compterendu de l'ouvrage dans le numéro daté du 4 novembre 1971. Il y voit un plaidoyer empreint de mauvaise foi en même temps qu'un témoignage décisif et terriblement humain : « c'est un miroir parfait de l'état d'esprit de la plupart des cadres militaires en Algérie et de leur système de pensée ». Le chroniqueur oscille entre un scepticisme teinté d'ironie pour ce qui est raconté et une sympathie pour le personnage.

Ce qui a davantage retenu l'attention du journaliste, est l'autojustification à laquelle se livre le général Massu à propos de la pratique de la torture. C'est la première fois qu'un officier ayant eu de telles responsabilités durant la guerre d'Algérie, avoue l'utilisation généralisée de la torture considérée comme seul véritable moyen d'endiguer le terrorisme. Les arguments du général pour se défendre sont relativement classiques.

En premier lieu, il se dédouane de la responsabilité puisque les ordres provenaient du pouvoir politique : « Sa conscience est en paix : il obéit aux pouvoirs constitués » écrit Planchais. Mais son argumentation principale repose sur « un document explicatif à l'usage des hésitants » signé par le R.P. Delarue, aumônier de la 10e D.P. : la torture épargne des vies humaines en déjouant les attentats prévus grâce aux aveux des personnes torturées89. Massu envisage alors la torture comme une méthode scientifique90 de renseignement : « un interrogatoire sans sadisme, mais efficace ». Il l'a d'ailleurs expérimentée sur lui mais, comme le remarque Jean Planchais, « en oubliant que le torturé, lui, ignore jusqu'où ira la douleur ».

Mais, là où son témoignage est le moins convaincant, selon le journaliste, c'est quand il reprend à son compte « toutes les vérités officielles » : Ben M'Hidi, chef historique du F.L.N., pendu91 dans sa prison et Audin évadé. La faiblesse de son argumentation rend, selon Jean Planchais, l'homme plus touchant et ces « vérités officielles » d'autant moins probables : « Et s'il met aujourd'hui les pieds dans les vieux plats, il ne faut pas oublier que ce n'est pas lui qui les a cuisinés ». Elle est surtout symptomatique de cet « ensemble subtil de mensonges et de refoulements [qui] organise «la mémoire algérienne» »92. Cependant, il ne faut pas sousestimer la progression vers un aveu de la pratique généralisée93 de la torture que constitue ce témoignage. Il s'agit sans doute d'une étape nécessaire avant que cette pratique soit reconnue comme une vérité historique.

89 le général Massu a, depuis, changé d'opinion sur ce sujet, il considère que la torture est inefficace et qu' « on aurait faire autrement » (souligné par la journaliste), Le Monde, 23 novembre 2000

90 l'utilisation de la torture à l'électricité dont on peut régler l'intensité participe de cette méthode

91 or, le colonel Bigeard a déclaré à Jean Lartéguy dans Paris-Presse (2 avril 1958) que Ben M'Hidi a été exécuté (sur l'ordre de Max Lejeune d'après P.Vidal-Naquet, L 'Affaire Audin, op. cit. ). Le général Aussaresses revendique cet assassinat dans son livre-scandale Services spéciaux, Algérie 1955-195 7, Perrin, Paris, 2001

92 B.Stora, op. cit.

93 pratique aujourd'hui reconnue par le général Massu : « j'ai dit et reconnu que la torture avait été généralisée en Algérie », Le Monde, 23 novembre 2000

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