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Les débats autour de la guerre d'Algérie à  travers le journal Le Monde


par Philippe SALSON
Université Michel de Montaigne Bordeaux III - Maà®trise d'Histoire contemporaine 2001
  

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3/ Les polémiques sur la torture : le retour des affrontements

Suite au témoignage de Massu et à l'article pamphlétaire de Vidal-Naquet, la polémique enfle et devient particulièrement âpre et intense de mars à juin 1972, pour le dixième anniversaire de la fin de la guerre. Elle se diffuse dans le quotidien à travers des articles, des éditos, des tribunes, des courriers... Mais, son intensité découle principalement de la place considérable faite aux opinions extérieures, Le Monde s'en fait donc l'écho et devient même l'arène où s'affrontent deux camps très hétéroclites.

a) Les deux camps en présence

Le clivage marqué pendant la guerre d'Algérie sur des questions aussi cruciales que celle de la torture réapparaît en cette année 1972. D'un côté une partie des militaires et des rapatriés soutiennent le général Massu et de l'autre, des intellectuels ou des anciens acteurs du conflit s'opposent à la pratique de la torture et s'indignent du témoignage de Massu. On peut noter une nette prépondérance des opposants à la torture parmi les personnalités intervenant dans le débat : est-ce dû à une sélection par la rédaction des opinions les plus proches de celle du quotidien ? Il faut dire qu'il est plus facile d'engager son nom pour s'opposer à la torture que pour soutenir l'autojustification du général Massu. Parmi ceux qui dénoncent les propos de Massu, on peut distinguer deux courants de pensée différents : les personnalités mues par une foi chrétienne comme M. Beigbeder, collaborateur de la revue Esprit, ou le Père Gibert, jésuite et soldat du contingent pendant la guerre d'Algérie, et ceux qui agissent par humanisme de gauche comme MM. Vidal-Naquet ou Roy.

Le Monde consacre une large place à la question de la torture et signale plus particulièrement toute nouveauté éditoriale sur ce thème. Ces livres sont présentés comme des réponses directes au témoignage de Massu : la polémique a débuté et se poursuit sur le terrain éditorial. Trois ouvrages sont ainsi des contre-attaques à l'argumentation de Massu : La Torture dans la République94 dont le bandeau placé par l'éditeur annonce qu'il s'agit de « l'Anti-Massu », J'accuse le général Massu95 de Jules Roy qui est une réponse directe et violente à La Vraie Bataille d 'Alger, et le témoignage du général de Bollardière Bataille d'Alger, bataille de l'homme96. Les chroniqueurs s'emploient à donner un compte-rendu complet de chacun de ces livres. Les « bonnes feuilles » du livre de Vidal-Naquet sont même publiées dans le numéro du 9 mars. Les trois livres sont bien différents dans la forme mais ont pour point commun la même opposition à la torture.

La Torture dans la République se veut une histoire de la torture en Algérie. Pierre Vidal-Naquet met en lumière les responsabilités à tous les niveaux et l'ampleur prise par cette pratique, bref, son livre est un « écrasant réquisitoire » selon les mots de Jean Planchais97. Le livre de Jules Roy ne prétend à aucune objectivité, il s'agit d'un pamphlet personnellement

94 P. Vidal-Naquet, La Torture dans la République (1954-1962), Editions de Minuit, Paris, 1972 (1998 pour la dernière édition)

95 J. Roy, J'accuse le général Massu, Le Seuil, Paris, 1972

96 P. de Bollardière, Bataille d 'Alger, bataille de l'homme, Desclée - De Brouwer, Paris, 1972

97 « Une République complice » par J. Planchais, 18 avril 1972

dirigé contre Massu : « C'est une explosion lyrique, épique, une exécution où le verbe remplace la balle du peloton. Sans ménagement »98. L'ouvrage du général de Bollardière, quant à lui, est plus posé. Son témoignage du conflit qui l'a opposé à Massu est raconté avec modestie et gravité99. Pierre-Henri Simon en fait la critique dans le Monde des livres du 22 avril 1972 : « moins brillant et lyriquement écrit que le pamphlet de Jules Roy, l'essai de Bollardière [...] couvre un champ plus large de réflexions théoriques et de confidences personnelles ».

Une grande place est donc faite dans le journal aux livres dénonçant la torture. Les critiques sont favorables voire très favorables à ces ouvrages. Le Monde semble considérer qu'il s'agit là d'un moment-clé de l'inscription de la torture dans la mémoire collective et c'est pour cela, qu'il donne une telle résonance au débat.

Par cette volonté de rendre compte en détail du débat, le quotidien s'engage et participe donc à la consécration de la torture comme un thème principal du débat sur la guerre d'Algérie. Ce souci de mémoire autour des événements algériens s'exprime clairement dans une chronique de Jean Planchais, « La guerre d'Algérie redécouverte », parue le 22 mars 1972 (cf. texte dans les annexes). Avec un regard à la fois sévère et dépassionné, le journaliste s'intéresse à la guerre d'Algérie et plus précisément au témoignage de Massu. Il lui rend hommage pour avoir « sorti le squelette [de la guerre d'Algérie] du placard » mais aussi pour son courage et son honnêteté : « La terrifiante candeur de Jacques Massu a fait le vide autour de lui. Personne, ou presque, ne s'est levé pour le défendre ou partager ses responsabilités ». Il dénonce aussi l'hypocrisie métropolitaine qui, après avoir fait la sourde oreille aux cris d'alarme lancés par les militants contre la torture, s'offusque des propos de Massu : « Et la métropole ne sait rien. Elle ne veut rien savoir [...] Il y va de l'honneur de l'armée et de l'honneur de l'Occident tout entier ». Bref, M. Planchais, et Le Monde par son intermédiaire, fait figure de modérateur dans ce débat, à la fois indigné par la pratique de la torture et défenseur de Massu.

Finalement, c'est bien Planchais qui parvient le mieux à définir cette étrange guerre d'Algérie et le sentiment qu'elle laisse dans la mémoire collective: « Dix ans après, on a honte et on a peur. Honte de ce que si peu a été fait, pendant si longtemps, pour arrêter cette guerre qui, officiellement, n'a jamais eu droit à ce nom ». Ce terme de « guerre sans nom » apparaît

donc bien des années avant le film de Bertrand Tavernier100

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