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Les débats autour de la guerre d'Algérie à  travers le journal Le Monde


par Philippe SALSON
Université Michel de Montaigne Bordeaux III - Maà®trise d'Histoire contemporaine 2001
  

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b) La mobilisation des énergies sur la question de l'indemnisation

La loi d'indemnisation de 1970 n'a pas en effet satisfait les rapatriés, ceux-ci la considérant comme très inférieure aux dommages subis. Il faut se rappeler que les pieds-noirs contraints à l'exode, ont laissé en Algérie leurs biens. Ces derniers ont été récupérés par les Algériens mais l'Etat algérien a refusé d'indemniser les victimes de cette spoliation, contrairement à ce qui était prévu dans les accords d'Evian118. La population française d'Algérie était principalement issue d'un milieu populaire, leur niveau de vie était de 20 % inférieur à celui des Métropolitains. Ces spoliations ne concernent pas uniquement des familles de grands colons mais aussi des familles d'employés ou d'ouvriers qui se voient confisquer leur maison, d'où des situations difficiles lors de l'arrivée en France de ces familles.

Or, le général de Gaulle a refusé d'exiger de son partenaire algérien le remboursement des spoliations subies, préférant préserver les relations privilégiées qu'entretient la France avec l'Algérie. Mais l'autre raison, moins politique que personnelle, de cette fin de nonrecevoir aux exigences d'indemnisation des rapatriés, est que de Gaulle éprouve une certaine rancune vis-à-vis des pieds-noirs. Peyrefitte nous révèle ainsi que de Gaulle aurait déclaré à propos des spoliations, en 1963 : « Ben Bella s'en prend aux biens vacants. Il fallait bien qu'ils soient à quelqu'un : puisqu'ils n'étaient à personne, ils sont à lui »119. Le général n'est nullement choqué des méthodes employées par le gouvernement algérien, il semble même très bien s'en accommoder. De Gaulle rend les pieds-noirs responsables à la fois de la guerre, du fait de leur opposition à toute remise en cause du statut colonial, et de l'échec des accords d'Evian, pour avoir soutenu l'O.A.S. et rendu la cohabitation invivable :

« Tout cela ne leur [aux pieds-noirs] serait pas arrivé, si l'OAS ne s'était pas sentie parmi eux comme un poisson dans l'eau ! Ils ont été complices de vingt assassinats par jour ! [...] Ils ont déchaîné la violence, et, après ça, ils se sont étonnés qu'elle leur revienne en plein visage ! Alors, ils se sont précipités vers les bateaux et vers les avions comme des

118 « Leurs droits de propriété [aux Français d'Algérie] seront respectés. Aucune mesure de dépossession ne sera prise à leur encontre sans l'octroi d'une indemnité équitable préalablement fixée », texte des accords d'Evian publié dans le Monde du 20 mars 1962

moutons de Panurge »120

De Gaulle garde donc de sérieux préjugés envers les pieds-noirs, selon lui, ils ne font qu'un avec les activistes qui ont voulu sa mort. Il ne peut être alors question de leur accorder une indemnisation pour ce qu'ils ont laissé en Algérie. Les spoliations ne sont pour lui qu'un juste retour de bâton.

C'est pourquoi, les rapatriés doivent attendre le départ du général de Gaulle pour que la question de l'indemnisation soit remise à l'ordre du jour en 1970. Le gouvernement considère enfin que les accords d'Evian n'ont pas été respectés et qu'il a une part de responsabilité dans ce non-respect des accords puisqu'il s'engage à indemniser les victimes.

En 1974, Valéry Giscard d'Estaing est élu à la présidence de la République. Le Monde dresse son portrait à cette occasion, dans le numéro daté du 19 mai 1974 : « Nul doute qu'il a été favorable aux thèses de l'Algérie française ». Les rapatriés pensent trouver en lui une oreille plus attentive à leur revendication. D'ailleurs, un des points de son programme concerne une indemnisation plus large des rapatriés, promesse qui débouche sur la loi d'indemnisation de 1974. Grâce aux lois de 1970 et 1974, les bénéficiaires obtiennent ainsi en moyenne 58000 francs.

Mais les bénéficiaires sont trop peu nombreux selon les associations de rapatriés. C'est la raison pour laquelle elles se montrent plus fermes et engagent leurs adhérents à voter utile. Cette pression porte ses fruits puisque, dès 1977, le président de la République présente un pacte national pour les rapatriés. Le ton du discours diffère radicalement de celui du général de Gaulle : « Nous devons [accroître] notre effort de solidarité à l'égard de ceux qui ont été arrachés à cette terre et qui continuent de souffrir de ce déracinement »121.

Pacte qui aboutit sur une nouvelle loi d'indemnisation votée en 1978. Depuis 1970, ce sont alors 25 milliards de francs qui sont débloqués pour les rapatriés. Ce complément d'indemnisation porte le montant moyen accordé aux bénéficiaires à 130000 francs. L'effort est considérable mais la polémique sur l'indemnisation ne prend fin qu'en 1981. Malgré sa compassion vis-à-vis du sort des rapatriés, Valéry Giscard d'Estaing ne parvient pas à les convaincre, d'où le soutien du R.E.C.O.U.R.S. au candidat Mitterrand en 1981.

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