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Les débats autour de la guerre d'Algérie à  travers le journal Le Monde


par Philippe SALSON
Université Michel de Montaigne Bordeaux III - Maà®trise d'Histoire contemporaine 2001
  

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c) La permanence de situations difficiles : les harkis

Si la question de l'indemnisation remplit les tribunes du quotidien, un autre débat surgit,

120 idem

121 « Valéry Giscard d'Estaing évoque le pacte national proposé aux rapatriés », 18 octobre 1977

mais plus discrètement, par le biais de reportages et analyses, entre 1973 et 1975 : le problème des harkis. Longtemps oubliés, les supplétifs de l'armée française qui ont réussi à venir en France en 1962, commencent à être pris en considération par l'opinion publique.

Sont mises en avant les conditions dans lesquels ils sont regroupés et vivent, à l'écart de la communauté nationale. Dans une série d'articles publiés en juillet 1973, Le Monde révèle les difficultés que rencontrent les harkis à s'intégrer. Situation que résume ainsi le journaliste : « Misère matérielle, mais surtout misère morale »122. Les harkis y sont montrés comme victimes du racisme et par conséquent, disqualifiés à l'embauche, regroupés dans des camps vétustes à l'organisation para-militaire ou entassés dans des foyers Sonacotra, souvent analphabètes, désemparés par les tracasseries administratives...

C'est alors l'occasion, pour le journaliste, de revenir sur le rôle joué par les harkis pendant la guerre d'Algérie. Au moment de l'indépendance, ils sont entre 200000 et 300000 à aider les militaires français. Cette intégration de bataillons musulmans répond non seulement à des objectifs stratégiques - connaissance de la langue, du terrain... - mais aussi politiques : puisque de nombreux musulmans combattent les indépendantistes aux côtés des Français, il ne s'agit pas d'une guerre mais d'une simple opération de maintien de l'ordre.

Lorsque l'indépendance est proclamée, la France abandonne ceux qui l'ont servi et, sur l'ordre du général de Gaulle, on s'efforce de limiter au srtict minimum le rapatriement des supplétifs. Ceux qui ne peuvent partir, sont l'objet de massacre en Algérie et sont utilisés au déminage de la « ligne Morice ». Oubliés par ceux dont ils assuraient la sécurité, les piedsnoirs, ils sont considérés comme des traîtres par les anciens partisans de l'indépendance. Plus qu'une crise matérielle, c'est une crise identitaire que vit la communauté harki.

Or, à partir de 1973, les harkis entament des actions pour faire connaître leur sort et afin que l'injustice dont ils sont victimes soit combattue. En octobre 1974, huit harkis entament une grève de la faim pour obtenir leur droit de Français à part entière. Mais à partir de ces situations particulières, ce sont les conditions de vie de l'ensemble des harkis qui sont montrées du doigt et les revendications se font plus générales :

« Nous voulons que les plus hautes instances françaises [...] obtiennent du président Boumedienne le libre accès entre la France et l'Algérie [...] Nous réclamons, également [...] un véritable recyclage professionnel et la levée des forclusions pour le dépôt des dossiers de pensions et de retraites »123.

Grève de la faim qui est suivie d'une manifestation de musulmans Français d'Algérie.

122 « Les Harkis oubliés par l'Histoire » J.-C. Guillebaud, 5-6 juillet 1973

123 « Huit anciens harkis font à Paris depuis un mois la grève de la faim dans l'église de la Madeleine », 12 octobre 1974

En juin 1975, c'est le directeur du camp de harkis de Saint-Maurice l'Ardoise qui est pris en otage puis libéré par quatre jeunes Français muslmans « pour attirer l'attention de l'opinion publique sur les conditions de vie absolument lamentables qui sont faites aux supplétifs de l'armée française et à leurs enfants »124. Ensuite, en août 1975, c'est la prise en otage pendant quelques heures d'une quarantaine de ressortissants algériens par des anciens harkis afin d'obtenir le retour en France de Borzani Kradaoui, fils d'un ancien harki, retenu à Oran après un séjour en Algérie. A cette occasion, on voit les associations de rapatriés afficher leur solidarité avec les harkis : « on se répartissait en équipes, muslmans et non-muslmans mêlés »125. Enfin, un responsable de l'Amicale des Algériens au camp de Bias est séquestré par des anciens harkis « pour obtenir la libre circulation entre la France et l'Algérie »126.

Ces actions sont de courte durée et se déroulent sans véritable violence : elles n'ont d'autre but que de faire parler des harkis. Elles sont révélatrices de leur exaspération et la publicité qui est faite autour de ces opérations commandos contraint le gouvernement à agir. En août 1975, en pleine « crise harki », dans l'urgence, il est ainsi décidé que « les camps de regroupement des anciens harkis seront supprimés avant la fin de l'année 1976 »127.

Le débat autour de la guerre d'Algérie se concentre durant ces six années sur les questions de l'indemnisation des rapatriés et les conditions de vie des harkis. Ces deux groupes d'acteurs de la guerre mobilisent l'attention de l'opinion publique et deviennent les groupes porteurs du débat alors qu'ils s'étaient révélés relativement silencieux durant la période précédente. La guerre d'Algérie, et surtout la fin de la guerre, est alors essentiellement envisagée à travers le témoignage et l'expérience d'un rapatrié, musulman ou non. Une évolution sensible s'est donc effectuée par rapport à la période précédente : de la vision du militaire sur la guerre, avec les témoignages des généraux, on est passé à une vision des civils, davantage victimes qu'acteurs. C'est pourquoi, les débats autour des rapatriés ne concernent pas directement la guerre d'Algérie mais plutôt ses répercussions jusque dans les années 1970. D'autant plus, qu'il est question en premier lieu du sort qui leur a été réservé lors de leur arrivée en France. La publicité faite autour des revendications des rapatriés renvoie dans

124 22-23 juin 1975

125 « un calcul délibéré de part et d'autre ? », 9 août 1975

126 19 août 1975

127 8 août 1975

l'ombre les thématiques plus directement liées à la guerre d'Algérie, d'où une apparente discontinuité du débat sur le conflit.

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