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Les débats autour de la guerre d'Algérie à  travers le journal Le Monde


par Philippe SALSON
Université Michel de Montaigne Bordeaux III - Maà®trise d'Histoire contemporaine 2001
  

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b) Un apaisement avec le cinéma de fiction

Le militantisme cinématographique perd du terrain avec l'essouflement de l'esprit de mai 68 et l'importance croissante des grosses productions dans le cinéma français. Le cinéma dit d'art et d'essai préfère dorénavant se consacrer aux fictions et à la recherche esthétique qu'au message politique.

Le cinéma algérien connaît la même inflexion. D'autres thèmes sont explorés que la guerre d'indépendance. Les films de propagande laissent la place à des films rigoureusement construits, plus nuancés. Parmi les films algériens sortis en France, il se trouve encore quelques films manichéens : Décembre de Lakhdar Hamina en 1973 ou L 'Opium et le Bâton diffusé en 1977. La critique qui en est faite met en avant l'académisme de la mise en scène et l'aspect « image d'Epinal » des situations. Leur diffusion étant limitée à quelques cinémas du quartier Latin, aucun débat ne prend forme à propos de ces films.

Mais, la nouveauté vient de certains films qui analysent avec acuité le conflit loin de l'histoire officielle algérienne : Chronique des années de braise encore de Lakhdar Hamina, Grand Prix du festival de Cannes en 1975, ou Noua d'Abdelaziz Tolbi. Chronique des années de braise est le premier film dont le sujet porte sur l'origine de la guerre, ce qui en fait un film très mal vu par le pouvoir algérien. En effet pour le F.L.N., l'histoire de l'indépendance commence en 1954 avec la naissance du F.L.N. Or, justement le film s'arrête en 1954 et montre qu'il existe une nation algérienne prête à s 'affirmer avant 1954, il entreprend donc de réhabiliter les mouvements politiques nationalistes d'avant la guerre. D'autre part, celui qui

est montré comme le principal ennemi, celui vers qui la haine se porte, n'est plus l'Européen mais l'Algérien qui trahit la cause de son peuple : le film, à l'encontre de l'histoire officielle, ne met pas en scène un peuple uni contre le colonisateur mais insiste sur les violences et les haines entre Algériens. Quant à Noua, c'est le premier film à mener une réflexion inquiète sur la guerre d'Algérie, à poser la question de l'après-indépendance. Ce film subversif prend le contre-pied des films de propagande, l'indépendance n'est plus une fin en soi, le but ultime de la lutte. De ce que nous montre le cinéma algérien en France, l'Algérie opère aussi à une remise en cause des vérités officielles sur la guerre. S'agissant de films plus sévères vis-à-vis du F.L.N. et dont la diffusion est limitée, ce nouveau courant cinématographique algérien rencontre peu d'écho en France.

Le cinéma français, comme nous l'avons déjà expliqué, se consacre davantage aux fictions dans lesquelles l'Algérie, encore française ou en guerre, n'est qu'un décor. Le but du film n'est pas ou peu politique. En 1979, Alexandre Arcady réalise Le Coup de Sirocco. Ce n'est pas tant la vision d'un pied-noir sur le conflit qu'un mélodrame sur les destinées déchirées des pieds-noirs, destinées qui inspirent nostalgie et amertume. La guerre d'Algérie n'est plus perçue comme une probématique majeure du débat public mais comme une part de la mémoire collective. C'est aussi parce qu'il parle à tous et non seulement aux rapatriés que le film a rencontré un grand succès. L'histoire des pieds-noirs est devenue celle de tous les Français, du moins le temps d'un film. Ce long métrage figure bien alors le glissement opéré dans la société : la mémoire d'un groupe est devenue une partie de la mémoire collective sur la guerre.

La résurgence des principaux thèmes porteurs du débat - la torture, de Gaulle ou le cinéma - se fait de manière plus ténue et plus distanciée : à aucun moment, on ne peut parler de polémique à propos de la guerre d'Algérie. Mais ce silence, aussi coupable soit-il, est aussi le signe d'un apaisement de l'opinion sur ces thématiques. On peut parler d'une décrispation des tensions entre les différents protagonistes : les revendications des pieds-noirs sont essentiellement économiques, les généraux se taisent après avoir témoigné et les militants de gauche, opposés à la torture ou favorables à l'indépendance, se trouvent éloignés de l'arène publique avec l'essouflement de l'esprit de mai 68.

Bien plus, ce silence favorise le travail de mémoire grâce à une plus grande prise de recul vis-à-vis des événements. Ces commémorations se veulent alors moins revendicatives que lors de la première période. Le ton employé est moins exalté, l'analyse plus lucide, le regard plus aigu.

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