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Les débats autour de la guerre d'Algérie à  travers le journal Le Monde


par Philippe SALSON
Université Michel de Montaigne Bordeaux III - Maà®trise d'Histoire contemporaine 2001
  

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3/ Commémorer pour mettre en exergue les violences policières

a) La commémoration comme seul recours

Les violences policières dont il est question entre 1981 et 1982, concernent les répressions des manifestations des Algériens de Paris du 17 octobre 1961, et des mouvements

de gauche, massacre de Charonne le 8 février 1962. Le problème des responsabilités est sans cesse soulevé par le journal. En effet, les poursuites judiciaires n'ont abouti à aucun résultat, que ce soit pour le 17 octobre : « Une soixantaine d'informations judiciaires ont dû être ouvertes par le parquet correspondant à autant de cadavres repêchés dans la Seine ou découverts dans les fourrés des bois de la région parisienne »197ou pour Charonne : « L'enquête administrative, elle, n'avait curieusement jamais permis d'identifier les agents de police et leurs chefs qui se trouvaient au métro Charonne. L'enquête judiciaire, elle non plus, n'aboutit pas. »198

Dès lors, les accusations sur les véritables responsabilités se portent en premier lieu sur le préfet de police, Maurice Papon, et le ministre de l'Intérieur de l'époque, Roger Frey. Michel Bole-Richard, dans son article sur la tuerie de Charonne, relève ainsi : « M. Maurice Papon, à l'époque préfet de police, n'avait-il pas déclaré devant le cercueil d'un policier tué qu'il fallait «rendre coup sur coup» ? »199 laissant la porte ouverte aux exactions en tout genre. L'éditorial du 10 février (cf. texte dans les annexes) dénonce, de la même manière, la responsabilité des deux hommes dans l'incident :

« M. Frey était à l'époque ministre de l'intérieur et M. Papon préfet de police. Tous deux ont pu poursuivre leur carrière politique. Aujourd'hui encore, ils refusent de parler. Quant aux policiers, ils sont, eux aussi, restés en place après cette tuerie »

Ces accusations ne soulèvent aucune réaction pourtant elles sont graves. Le Monde

s'écarte de son attitude habituelle de réserve - le principe d'objectivité laisse la place à des
principes de justice dans la conduite du journal - pour prendre violemment à partie les deux
hommes. Cependant, ces derniers refusent de répondre aux attaques, fidèles à la politique
gaullienne du silence. Silence peut-être aussi coupable de personnalités incapables de
s'expliquer, même silence que celui de Bourgès-Maunoury, Lacoste ou Lejeune sur la torture.
Le quotidien et les mouvements de gauche demandent alors au gouvernment de rouvrir
les dossiers, toute poursuite judiciaire étant rendue impossible par la loi d'amnistie. La
C.F.D.T. somme en particulier les pouvoirs publics de prendre « la responsabilité historique
de faire éclater toute la vérité »200. Les journalistes n'hésitent pas à faire remarquer que M.
Defferre avait réclamé l'ouverture d'une enquête parlementaire après le massacre du 17

197 « Il y a vingt ans la sombre nuit du 17 octobre », 18-19 octobre 1981, cf. texte dans les annexes

198 « Il y a vingt ans : la tuerie de Charonne », par M. Bole-Richard, 7-8 février 1982

199 idem

200 « Vingt ans après, plusieurs rassemblements sont organisés à la mémoire des manifestants tués au métro Charonne », 6 février 1982

octobre, en 1961. Or, en tant que ministre de l'Intérieur ; il a à disposition les archives permettant de donner satisfaction à sa demande d'alors. Pour donner du crédit à leurs revendications, les associations, syndicats et partis de gauche organisent de nombreuses manifestations autour de l'anniversaire de ces deux événements afin de faire pression sur les pouvoirs publics. C'est le seul recours qu'il reste aux familles des victimes pour espérer que lumière soit faite sur les responsabilités, mais il s'agit aussi de faire entrer dans la mémoire collective les faits les moins glorieux pour l'Etat français.

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