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Les débats autour de la guerre d'Algérie à  travers le journal Le Monde


par Philippe SALSON
Université Michel de Montaigne Bordeaux III - Maà®trise d'Histoire contemporaine 2001
  

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b) La résurgence du massacre du 17 octobre

L'ampleur du massacre avait été dissimulée au lendemain de l'événement : la censure veillait. Le Monde, dans son numéro du 19 octobre 1961, se chargeait de minimiser les faits :

« Le F.L.N. ne manquera pas d'exploiter les sanglants incidents de Paris et les atroces ratonnades d'Oran. Pourtant, il en porte la responsabilité puisqu'ici et là, c'est le terrorisme musulman qui est à l'origine des drames »201

Ce manque de clairvoyance de la part d'un quotidien qui se veut objectif, sérieux et

impartial peut surprendre mais il est généralisé en 1961. Aucune voix d'indignation ne s'élève alors. De fait, le massacre tombe dans l'oubli pendant vingt ans. Il n'y a que René Vautier pour le ressusciter à l'écran dans Octobre à Paris (cf. p.59). Mais le film passe inaperçu. Ce n'est véritablement qu'à l'occasion du vingtième anniversaire du massacre, que l'événement est redécouvert, voire simplement découvert pour une grande majorité de la population. C'est Libération qui, le premier, fait une grande enquête sur la tuerie en 1980 puis 1981. Enquête qui est reprise par l'ensemble des grands quotidiens nationaux.

Cet oubli autour du 17 octobre est dû, sûrement, au fait que la répression ait visé une manifestation d'Algériens. Ce n'est pas par racisme que l'affaire n'a pas intéressé les Français mais parce qu'ils ne se sont pas reconnus dans les victimes : peu de Français étaient en mesure de connaître une de ces victimes. Les Algériens de Paris étaient, en outre, suspectés d'être de connivence avec le F.L.N., la compassion n'était pas alors de rigueur. D'autre part, les forces politiques françaises ne furent pas impliquées dans cette manifestation, contrairement à Charonne. Par conséquent, elles sont peu tentées d'organiser une célébration. C'est la raison aussi pour laquelle, Charonne n'a jamais cessé d'être commémoré.

L'article du quotidien202 sur le massacre revient sur le déroulement, pacifique, de la

201 cité par Benjamin Stora dans sa contribution à La France en guerre d'Algérie, sous la direction de

L. Gervereau, J.-P. Rioux et B. Stora, Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, Paris, 1992

202 « Il y a vingt ans, la sombre nuit du 17 octobre », op. cit.

manifestation mais enquête aussi sur les responsabilités et les suites de cette affaire : cet article, à la suite de celui de Libération, consacre la victoire du travail de mémoire sur l'oubli. Vingt ans après, il est temps de revenir sur les faits. Ce travail, initié au début des années 1980 a porté ses fruits puisque l'événement est désormais traité par tous les livres d'histoire sur la guerre d'Algérie. Pourtant, l'article sur le massacre est encore assez succinct. Il ne resitue pas la répression dans la continuité des violences de la police parisienne à l'encontre des Algériens203. Le journaliste ne pose pas non plus la question du nombre de victimes de la répression, se limitant à rappeler la soixantaine d'informations judiciaires ouvertes. Il ne précise pas non plus que les manifestants, à l'appel du F.L.N., défilaient sans armes ou objets tranchants. Malgré ces détails historiques mis de côté, le mérite de l'article est de rappeler le souvenir de cette « sombre nuit ».

Cette mise en lumière du massacre va de pair avec une publicité des manifestations pour l'anniversaire du massacre. Le 20 octobre, Le Monde signale que mille cinq cents personnes se sont rassemblées en hommage aux victimes de forces de l'ordre, à l'appel de l'Amicale des Algériens en Europe. La première estimation chiffrée du nombre de victimes est due à la fédération française du F.L.N. qui déclare, à cette occasion, que plusieurs centaines d'Algériens auraient trouvé la mort. Signe d'un décloisonnement des mémoires sur cette époque, des représentant de la C.F.D.T. et de la C.G.T. participent à la manifestation. La commémoration du 17 octobre n'est pas le seul fait d'Algériens.

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