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Les débats autour de la guerre d'Algérie à  travers le journal Le Monde


par Philippe SALSON
Université Michel de Montaigne Bordeaux III - Maà®trise d'Histoire contemporaine 2001
  

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2/ Le P.C.F. et la guerre d'Algérie

a) S'attribuer le prestige de la lutte anticolonialiste

Nous avons déjà signalé, à propos de Charonne, que le parti communiste souhaite se voir attribuer le prestige des victimes « martyres » de la répression. Il en est de même avec le déclenchement de la rébellion en Algérie. Le parti tente de réécrire l'histoire pour se donner le beau rôle du prophète incompris : il aurait été ainsi le seul à comprendre en 1954 que l'indépendance était inéluctable et qu'il fallait soutenir l'aspiration nationaliste des Algériens.

En effet, M. Guyot, membre du comité central du parti communiste, répond à l'article qu'a consacré Philippe Herreman à la Toussaint Rouge, le 1er novembre 1979. En s'appuyant sur les résolutions du comité central, il tente de prouver que, dès le début, le parti communiste soutient la revendication d'indépendance. Il évoque ainsi la mission historique à laquelle se serait soumis le P.C.F. : « Commençait alors un long et difficile combat pour gagner à cette juste cause, conforme à l'intérêt national, la majorité de notre peuple »214.

Philippe Herreman répond à juste titre qu'il existe un décalage entre les discours lénifiants du parti et son hostilité, dans la pratique, aux revendications nationalistes. Il met en

213 « Dans la presse hebdomadaire, godillots et «pieds-nois» », 25 juin 1980

214 « Le P.C.F. et le déclenchement de la rébellion en Algérie », 24 novembre 1979. Cet article est traité dans le chapitre consacré à la période 1980-1982 car il est plus révélateur de cette période - d'autant plus que la polémique se poursuit jusqu'en 1980 - et de la récupération des thèmes de débat sur la guerre d'Algérie par les partis politiques.

exergue le paradoxe fondamental de l'attitude communiste :

« D'une part, rester fidèle à ses principes et lutter sans retenue pour l'indépendance de l'Algérie ; d'autre part, tenir compte des réalités, à savoir que son électorat «pied-noir» et une partie de ses militants et sympathisants en métropole, étaient favorables au maintien de la présence française »215

Or dans, la pratique, le parti tient surtout à rassurer ses électeurs : il ne mobilise pas ses

adhérents pour soutenir les nationalistes algériens, il est plutôt méfiant envers le F.L.N.et il vote les pouvoirs spéciaux au gouvernement Mollet qui donnent tout pouvoir de police à l'armée.

Le courrier de M Guyot suscite de nombreuses réactions d'indignation, signe d'une rapide politisation de l'affaire. Par souci d'équité, vraisemblablement, Le Monde publie deux réponses indignées à la lettre de M. Guyot et deux courriers de militants communistes. Les militants veulent faire du parti communiste, le seul parti ayant cherché à résoudre pacifiquement le problème algérien. Cependant, ils évitent d'en dire plus sur les solutions pacifiques proposées. En réalité, la position du parti se caractérise davantage par l'immobilisme : pris entre deux feux, il n'est à l'origine d'aucune action de mobilisation efficace contre la guerre ou la torture. De même, les militants ne justifient le vote des pouvoirs spéciaux qu'avec maladresse :

« Quant aux pouvoirs spéciaux accordés à Guy Mollet, il devrait être inutile de rappeler que le P.C.F. voulait par-là permettre à celui-ci, en lui assurant une large majorité, de faire la paix comme il l'avait promis, et non d'accentuer la répression et de couvrir les tortures alors couramment provoquées »216

On peut supposer que les députés communistes ne sont pas suffisamment naïfs pour

croire que « pacification » était synonyme de « paix » après que la guerre d'Indochine eut révélé ce que dissimulait ce terme de « pacification ». En outre, l'octroi des pouvoirs spéciaux ne consistait pas en des pleins pouvoirs pour négocier mais en un blanc-seing au pouvoir exécutif pour « rétablir l'ordre » en Algérie. La différence est de taille. Et si des communistes se sont élevés contre la torture, comme Henri Alleg ou Luc Montagnier, ou ont soutenu les nationalistes algériens, comme Etienne Bolo ou Henri Curiel, c'est à titre individuel ; ces derniers étant en particulier en rupture avec le parti. La tentative de récupération de la guerre d'Algérie comme un fait de gloire du parti communiste est finalement un échec puisque, à cette occasion, journalistes et lecteurs rappellent les compromissions et les paradoxes du parti communiste pendant le conflit.

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