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Les débats autour de la guerre d'Algérie à  travers le journal Le Monde


par Philippe SALSON
Université Michel de Montaigne Bordeaux III - Maà®trise d'Histoire contemporaine 2001
  

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c) La querelle entre le P.C.F. et François Mitterrand

Le P.C.F. continue sa polémique sur le rôle des socialistes dans la répression de la rébellion et l'usage de la torture. Ses attaques se concentrent en particulier sur François Mitterrand. Ce dernier réplique aux critiques qui lui ont été faites à l'occasion du procès contre la C.F.D.T., en rappelant que lors de la répression du soulèvement de Sétif, en 1945, le P.C.F. faisait partie du gouvernement provisoire et n'a guère protesté. Il souligne, en particulier, la véhémence des articles de L 'Human ité, datant de cette période et insistant sur la nécessité de rétablir « l'ordre français » en Algérie. Le secrétaire national du parti socialiste

conclut sa réponse par un « la révolte algérienne ne souciait guère le P.C.F. »225 qui va à l'encontre de l'image que souhaite se donner le parti communiste. L 'Humanité ne parvient pas à démentir les propos de Mitterrand, le quotidien se contente de répliquer avec maladresse :

« François Mitterrand cherche à inverser les rôles. Car c'était bien lui qui était ministre de l'Intérieur quand la guerre a commencé, en 1954. Prétendre aujourd'hui que le parti communiste, seule grande formation politique à s'opposer à la guerre, ait à l'époque manqué à son soutien à la lutte de libération du peuple algérien [...] est un impossible retournement des faits »226

Le P.C.F. veut donc se sculpter sa statue de parti pionnier de la paix et de

l'indépendance mais pour cela, il n'hésite pas à faire preuve de mauvaise foi. La politique du parti, nous l'avons déjà dit, est assez fluctuante et s'il commence à dénoncer la torture, à l'occasion de l`affaire Audin, en 1957, ce n'est qu'avec l'arrivée de de Gaulle au pouvoir qu'il milite fermement pour des négociations. Mais comment affirmer qu'il n'a jamais « manqué à son soutien à la lutte de libération » du F.L.N. alors que les communistes aidant le F.L.N. étaient exclus du parti ? En fait, la polémique est sans fin : Mitterrand renvoie le P.C.F. à son implication dans la répression du massacre de Sétif et le P.C.F. renvoie Mitterrand à sa participation aux gouvernements Mendès-France et Mollet. C'est pourquoi, la querelle se poursuit jusqu'en 1981. Les arguments de Maxime Gremetz, dans un article de L 'Humanité dont Le Monde publie des extraits, contre François Mitterrand sont les mêmes. Aussi résumet-il l'action du gouvernement Mollet à l'intérieur duquel Mitterrand est ministre de la Justice : « ce n'était pas la démocratie du bulldozer, c'était celle de la torture et de la guillotine »227. Les élections approchant, la querelle s'arrête comme elle est apparue, brutalement.

Cet acharnement envers Mitterrand, l'homme de l'alliance avec les communistes228, celui qui apparaît comme le seul capable de faire basculer la France à gauche, peut surprendre. Mais suite à l'érosion de l'électorat communiste, érosion qui profite en premier lieu au parti socialiste, le P.C.F. se fait plus exigeant et de fait, joue sur les toutes dissensions possibles entre les deux partis. D'autre part, cette virulence, depuis 1979, à propos de la guerre d'Algérie, cette tentative de s'approprier le « beau rôle » pendant le conflit, à savoir apparaître comme le parti anti-impérialiste, coïncide justement avec l'intervention de l'U.R.S.S. en Afghanistan. Opération militaire soutenue par le P.C.F. qui pour se laver de

225 « Polémique entre M. Mitterrand et le P.C. », 22-23 juin 1980

226 idem

227 11-12 janvier 1981

228 dans le cadre du programme commun de 1972

toute accusation de colonialisme, réécrit l'histoire de la guerre d'Algérie. Il s'agit de faire oublier l'Afghanistan par l'Algérie.

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