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Les débats autour de la guerre d'Algérie à  travers le journal Le Monde


par Philippe SALSON
Université Michel de Montaigne Bordeaux III - Maà®trise d'Histoire contemporaine 2001
  

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d) Le dénouement : un Mitterrand plus gaullien que jamais

Le texte, après avoir été modifié par le Sénat, doit en effet revenir devant les députés. Pour éviter un nouveau camouflet, le gouvernement engage sa responsabilité sur ce texte en utilisant l'article 49, alinéa 3, de la Constitution. Aucune motion de censure n'ayant été voté, le texte est donc adopté dans sa version initiale : les généraux factieux sont réhabilités. Ce recours à la manière forte a été retenu en accord avec la direction du parti socialiste : ainsi, personne ne perd la face. Alain Rollat relève alors le paradoxe de cet étrange accord à l'amiable :

« Qui eût dit qu'un gouvernement de la Vème République entreprendrait un jour de régler à l'amiable un différend avec le principal parti de sa majorité, en utilisant contre lui... l'une des plus grosses pièces de l'artillerie constitutionnelle ? »248

L'attitude de Mitterrand est alors bien celle d'un monarque républicain. Il utilise

l'article 49-3 uniquement pour contrer un amendement qui a été voté par les députés de son camp ! C'est que cet amendement met en jeu la question de son autorité, c'est la raison pour laquelle il adopte ce comportement altier digne d'un de Gaulle. L'ironie de l'histoire est qu'il se voit contraint d'utiliser un procédé qu'il a violemment critiqué comme étant un instrument du pouvoir personnel qu'aurait souhaité instaurer de Gaulle. Le paradoxe est de taille : Mitterrand utilise une pratique gaullienne de la Constitution pour faire passer un texte visant à réhabiliter ceux-là même qui ont tenté de renverser puis d'assassiner de Gaulle. Mitterrand

248 « Le gouvernement engage sa responsabilité », par A. Rollat, 24 novembre 1982

veut ainsi notifier aux partis de la majorité qu'il n'est pas leur otage, que le président est audessus des partis et que c'est sa volonté qui, en dernier recours, s'impose. Le président a donc une conception très gaullienne du pouvoir, bien plus en tout cas que les deux présidents précédents.

De fait, il s'agit d'un véritable rappel à l'ordre du groupe parlementaire socialiste : celui-ci devra à l'avenir « tenir son rôle dans la plénitude de ses fonctions », selon les mots de

M. Mauroy, à savoir aller dans le sens de la volonté présidentielle. Les protestations se limitent alors seulement au camp communiste qui récuse et le texte adopté et le procédé utilisé. L'opposition se contente, elle, d'ironiser sur l'absurde de la situation. Le Monde, en revanche, se charge de publier des lettres de militants socialistes déçus, un conseiller municipal de Guingamp allant jusqu'à démissionner du P.S.

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