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Les débats autour de la guerre d'Algérie à  travers le journal Le Monde


par Philippe SALSON
Université Michel de Montaigne Bordeaux III - Maà®trise d'Histoire contemporaine 2001
  

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b) Les témoignages

Les témoignages font souvent l'objet d'un compte-rendu dans le supplément « Livres » du quotidien. Ils n'ont pas la même prétention historique que les précédents articles : le

témoignage revendique une approche subjective des faits.

Parmi ces témoignages, on remarque une prépondérance de livres écrits par des nostalgiques soit de l'Algérie française, soit de l'Algérie tout court. Tout particulièrement, les anciens de l'O.A.S. sont très présents sur ce terrain de l'édition, suite à l'amnistie (cf.infra). Sergent publie le deuxième tome de ses souvenirs en 196827, Jouhaud28 et Salan29 le font en 1969. Les comptes-rendus qui en sont faits, restent modérés ; sans qu'il y ait adhésion aux thèses des auteurs, leur opinion est respectée et y est souligné l'apport qui est fait sur la connaissance du fonctionnement de l'O.A.S.30 Mais ce n'est pas tant le contenu qui est apprécié qu'« une vivacité, une chaleur et une franchise que l'on cherche vainement dans d'autres mémoires »31.

Autre catégorie de nostalgiques, les « nostalgiques modérés » dont Pierre Laffont, en tant qu'ancien maire d'Oran, est le meilleur représentant. M. Laffont est un habitué des tribunes du journal, sa signature revient souvent durant la période 1968-1972. Le compterendu sur son livre L 'Expiation32, paru dans le numéro daté du 9 juillet 1968, signale essentiellement le sentiment de rancoeur qui domine à la lecture du témoignage. Même si les prises de position de M. Laffont étaient hostiles à l'O.A.S., on peut le rapprocher des anciens de l'O.A. S. par la teneur générale de leurs souvenirs : ils révèlent une mémoire commune se caractérisant par la déception et la nostalgie.

Un autre type de témoignage est constitué par les livres de généraux « républicains », par opposition aux « généraux félons » : le général Massu, le général Dulac et le général Ely33. Ce sont des ouvrages moins exaltés mais qui se distinguent par leur apport historique. Ayant côtoyé les principaux acteurs du conflit, ils donnent leur vérité sur les grandes interrogations liées à la guerre d'Algérie : la torture34 (cf. p.46) ou le rôle de de Gaulle dans

27 P. Sergent, La Bataille, La Table Ronde, Paris, 1968

28 E. Jouhaud, Ô mon pays perdu, Fayard, Paris, 1969

29 R. Salan, Lettres de prison, La Table Ronde, Paris, 1969

30 surtout pour le livre de Sergent dans un compte-rendu paru le 7 novembre 1968

31 compte-rendu de Jean Planchais sur le livre de Jouhaud, 26-27 octobre 1969

32 P. Laffont, L 'Expiation, Plon, Paris, 1968

33 J. Massu, La Vraie bataille d'Alger, Plon, Paris, 1971 ; P. Ely, Suez..., le 13 mai, Mémoires, Plon, Paris, 1969 et A. Dulac, Nos guerres perdues, Fayard, Paris, 1969

34 Compte-rendu de Jean Planchais « Les Arguments de Massu » 10 novembre 1971

l'opération « Résurrection » (cf. p.40) prévoyant le débarquement de troupes en métropole35.

Un autre type de témoignage, plus singulier, est celui du militant F.L.N. C'est en 1970 que sort le livre de souvenirs de Mohamed Lebjaoui36, premier responsable de la fédération de France du F.L.N. jusqu'en 1957. La critique de Philippe Herreman37 est plus argumentée que les comptes-rendus de Jean Planchais sur les témoignages français. S'agissant de l'histoire côté algérien, la distanciation est sans doute plus évidente. Témoignage d'autant plus intéressant qu'il est le premier écrit par un Algérien, permettant de mieux comprendre les motivations du militant F.L.N. et de mieux saisir les luttes de clan à l'intérieur du parti, mais le livre passe inaperçu à sa sortie en France tant la légitimité du combat nationaliste reste ignorée.

A travers ces différents comptes-rendus de témoignages, on s'aperçoit du clivage marqué entre les différents groupes porteurs de mémoire. Chacun cherche à justifier son combat : l'histoire n'est plus une discipline scientifique mais un enjeu, alors on triche un peu avec elle, avec la vérité. Or, témoigner, c'est aussi livrer ses blessures à la thérapie de l'écriture : l'agressivité est généralement absente de ces livres et quand adversaire il y a, c'est rarement l'Algérien mais bien plus souvent le Français ; que ce soit le métropolitain, le général de Gaulle ou la presse. Ces ouvrages forment un patchwork de souvenirs, parfois contradictoires. Mais c'est dans cette diversité et cette contradiction de souvenirs que le lecteur se forge sa propre mémoire sur la guerre d'Algérie. Peut-on alors dire comme Benjamin Stora que le livre « fait dériver les solitudes des groupes porteurs de la mémoire de guerre, transfère les conflits, cristallise les agressivités, se transforme en arme »38 ? On peut rester sceptique : où voit-il tant d'agressivité ?

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