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Les débats autour de la guerre d'Algérie à  travers le journal Le Monde


par Philippe SALSON
Université Michel de Montaigne Bordeaux III - Maà®trise d'Histoire contemporaine 2001
  

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3/ Les exactions de l'armée et du F.L.N.

a) Charniers et exécutions sommaires

C'est Libération qui dévoile la découverte d'un charnier de 963 cadavres, dans les Aurès, à Kenchela : un dossier de 17 pages est consacré à cette découverte261. Le Monde reprend l'information tout en restant prudent. Ainsi, précise-t-il en en-tête « Selon Libération », ne s'engageant pas trop dans l'affaire. D'ailleurs l'article du quotidien du soir consiste à reprendre des passages de l'enquête de Libération.

Le charnier se situe dans l'enceinte même de l'ancienne caserne Darnault où se trouvait un centre de triage et de transit. En réalité les dénominations de centre de triage recouvraient bien souvent des centres de torture, comme le sinistrement célèbre centre d'El-Biar dont Henri Alleg a fait la description262. Justement, pour Libération, ces corps, certains étant atrocement mutilés, constituent la preuve que « de 1956 à 1962, les militaires français se sont livrés à la torture et à la liquidation des combattants de l'Armée de libération comme des populations civiles »263. Le charnier de Kenchela devient ainsi le plus important charnier découvert en Algérie et révèle que la pratique de l'exécution sommaire était aussi courante que celle de la torture. Le plus surprenant est assurément le nombre élevé de corps déterrés par rapport à l'importance, médiocre, de la ville.

Le R.E.C.O.U.R.S. réagit à cette découverte en exigeant un devoir de silence et d'oubli. Jacques Roseau déclare ainsi :

« Tout le monde sait qu'il y a eu d'innombrables et innocentes victimes au cours de cette

triste période, toutes les communautés ayant payé un lourd tribut. Faut-il vraiment en faire aujourd'hui le macabre recensement ? »

On peut noter l'apaisement de l'opinion, et même de l'opinion rapatriée, sur cette découverte. Quelques années auparavant, elle aurait déclenché une polémique sans fin. Jacques Roseau reconnaît les abominations commises par l'armée française comme il rappelle celles du F.L.N. Les débats des années précédentes ont-ils convaincu l'opinion d'une certaine généralisation de la torture comme moyen de renseignement ? L'heure n'est plus à justifier ces exactions en invoquant le climat de violence et « l'efficacité » de la torture. M. Roseau en appelle davantage à un recueillement dans le silence. Et il est entendu, car si quelques protestations sont émises ici ou là, il n'y a ni véritable débat, ni polémique. Ce refus d'exploiter l'événement se retrouve aussi du côté algérien : le président Chadli se garde bien d'accuser qui ce soit. Il faut dire qu'il est difficile de déterminer avec certitude à qui attribuer les morts. Un lecteur du Monde évoque ainsi la probabilité que les morts soient des harkis, massacrés par des nationalistes de la dernière heure, après le départ des Français.

Jean Planchais profite tout de même de la découverte pour évoquer les circonstances qui ont vu l'utilisation de la torture par l'armée française. Il fait de cette spécificité de la guerre d'Algérie - le recours fréquent aux exactions et massacres, d'un côté comme de l'autre - une des raisons de cet oubli : « le charnier de Kenchela [...] vient rappeler que ce fut une guerre si atroce que la plupart des anciens adversaires jettent sur ses circonstances le manteau de l'oubli »264. Mais en fait, l'oubli porte davantage sur les responsabilités, que les lois d'amnistie interdisent de déterminer, que, justement, sur l'existence de telles atrocités qui est désormais reconnue par l'opinion publique.

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