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Les débats autour de la guerre d'Algérie à  travers le journal Le Monde


par Philippe SALSON
Université Michel de Montaigne Bordeaux III - Maà®trise d'Histoire contemporaine 2001
  

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b) Des camps d'internement en Algérie ?

Cette fois c'est France-Soir qui lance l'affaire. Dans son numéro du 17 avril, le journal affirme que des centaines, voire des milliers, de pieds-noirs disparus seraient détenus en Algérie. Le quai d'Orsay, comme Le Monde, reste très prudent vis-à-vis de ces informations. Le ministère déclare ainsi que « les cas qui ont été soumis récemment n'ont aucun rapport tant par le nombre que par le caractère avec les informations en question »265.

Une mini-polémique débute alors. Le gouvernement algérien dément fortement les allégations, les diplomates français ne les prennent pas au sérieux et le R.E.C.O.U.R.S.,

omniprésent dans l'arène publique, demande des éclaircissements. Dans sa façon de rendre compte de l'affaire, Le Monde se montre sceptique atténuant les déclarations de M. Leclair, l'homme à l'origine de l'affaire, par les nombreux démentis266. M. Leclair, ancien officier de renseignement en Algérie et secrétaire général de l'Association pour la sauvegarde des familles et enfants disparus, évoque le cas d'un millier de survivants sur neuf mille personnes disparues. Ces détenus seraient déplacés d'une prison clandestine à l'autre. Ce genre de rumeur n'est pas nouveau, déjà en 1963, une information du même type, jamais prouvée, circulait.

Cette histoire de Français d'Algérie détenus depuis la fin de la guerre dans des camps itinérants apparaît, en fait, hautement improbable. Pourquoi garder ces Français prisonniers pendant vingt ans ? En outre ce millier de détenus ne seraient pas passés inaperçus et les services de renseignement français se seraient inquiétés de cette affaire. On peut d'autant plus mettre en doute les propos de M. Leclair que le chiffe de neuf milles personnes disparues est exagéré. Le 7 mai 1963, M. Jean de Broglie, alors secrétaire d'Etat chargé des affaires algériennes, évoquait le chiffre de trois mille quatre-vingts disparus. Le bilan officiel, après les vérifications d'usage, tombe à mille huit cents disparus en novembre 1963, soit cinq fois moins que ce qui est revendiqué par M. Leclair.

Touj ours est-il que cette affaire est révélatrice des fantasmes et des mythes que suscite encore la guerre d'Algérie. Toute la lumière n'étant pas encore faite sur cette fin de la guerre et les disparitions qu'elle a occasionnées, cela ne peut qu'entretenir ce type de rumeur. Cette histoire de détention a au moins le mérite de rappeler le trouble qui a accompagné l'exode des Français d'Algérie et qui marqué l'échec patent des accords d'Evian. Jacques Roseau, du R.E.C.O.U.R.S., donne ainsi un coup de projecteur sur les faits : « Plusieurs centaines de Français d'Algérie parmi les milliers enlevés par le F.L.N. avaient disparu sans laisser de trace et sans que le gouvernement de l'époque [...] ait jamais cherché à vérifier la dramatique hypothèse d'une éventuelle détention »267. C'est encore la personne du général de Gaulle qui est visée. Il est vrai que le président de la République s'est alors peu soucié du sort des piedsnoirs. Il souhaitait même les obliger à rester en Algérie alors que le contexte était des plus violents ! Peyrefitte raconte ainsi : « Le Général demande que les fonctionnaire qui ont

abandonné leur poste en Algérie soient révoqués »268

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