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Les débats autour de la guerre d'Algérie à  travers le journal Le Monde


par Philippe SALSON
Université Michel de Montaigne Bordeaux III - Maà®trise d'Histoire contemporaine 2001
  

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c) Un apaisement de l'opinion sur la guerre d'Algérie

C'est bien le paradoxe de cette période. S'il s'agit de la période la plus intense en polémiques, suite à la récupération politique du débat sur la guerre d'Algérie, les questions les plus décisives comme la torture ou même le rôle de de Gaulle connaissent un relatif apaisement. Aussi assiste-t-on à une reconnaissance quasi-généralisée de l'utilisation de pratiques « non-conventionnelles » pendant le conflit si bien que les tentatives pour créer le débat sur ce thème sont vouées à l'échec. On l'a vu, même la découverte du charnier de Kenchela suscite peu de réactions.

L 'Honneur d'un capitaine, film de Pierre Schoendorffer d'après son roman, connaît le même sort. Souvent présenté comme un plaidoyer pour la torture, les réactions au films sont en fait très limitées. Seuls Pierre Vidal-Naquet et Laurent Schwartz le critiquent violemment : « C'est tranquillement, aujourd'hui, qu'un film lancé à grand fracas, réhabilite la torture et les tortionnaires »269. Mais même le militant contre la torture qu'est Vidal-Naquet, semble moins convaincu. Sa critique se limite à une petite phrase au détour d'une réflexion sur le projet d'amnistie alors qu'en 1971, il avait consacré plusieurs tribunes à contester, point par point, les arguments de Massu. Un seul lecteur répond à Vidal-Naquet et Schwartz. Le ton n'est plus enflammé et intransigeant comme dans les années 1970. Vingt ans ont passé depuis la fin de la guerre. Le lecteur en question conteste juste la lecture du film qu'ont faite les deux hommes :

« Le film en question ne réhabilite pas du tout la torture et les tortionnaires. Il montre bien davantage les contradictions qui se trouvent en chaque être humain et la complexité de l'homme. Heureux les auteurs de la lettre et leurs certitudes faciles ! »270

Cet apaisement que l'on trouve dans la société civile, s'aperçoit aussi dans les échanges

entre anciens combattants algériens et français. Le Monde du 21 octobre 1980 note ainsi qu'une délégation de moudjahidin algériens est en visite en France, suite à une invitation lancée par l'Association républicaine des anciens combattants. Plus symbolique encore est la réponse que fait le général Massu à une tribune du commandant Azzedine :

« La guerre que le pouvoir politique nous a demandé, à nous soldats, de faire au F.L.N. fut cruelle, certes, mais nous l'avons faite sans haine [...]. Aujourd'hui, je souhaite

268 A. Peyrefitte, op. cit.

269 « Le chemin de l'honneur et celui de la honte », par P. Vidal-Naquet et L. Schwartz, 27 octobre 1982

270 « Correspondances : le témoignage d'un appelé », 24 novembre 1982

vivement que «Si Azzedine» [...] accepte la main que je lui tends, afin que nous nous retrouvions pour travailler franchement à l'amitié franco-algérienne »271

Cette fraternisation entre les adversaires de jadis est bien le signe qu'en vingt ans, les plaies se sont refermées et que le temps est venu de porter un regard neuf sur la guerre d'Algérie. Massu ne nie pas la cruauté de cette guerre mais il semble la regretter, d'où cette main tendue de la réconciliation ; c'est le geste qui pardonne et demande pardon.

1980-1982 : cette période de l'histoire du débat sur la guerre d'Algérie est bien curieuse. A première vue, bruit et fureur se déchaînent, les passions sont les plus aiguës et les réactions les plus radicales. Ce bouillonnement de polémiques en tout genre se concrétise par le nombre élevé d'articles du Monde consacrés à la guerre d'Algérie mais aussi par la multiplication d'affaires qui mobilisent l'opinion pendant quelques semaines.

Mais cette agitation est avant tout politique. Elle n'est pas révélatrice d'une division de la nation en deux camps inconciliables. Les réactions violentes font avant tout partie du jeu politique où il s'agit d'exagérer son mécontentement pour être pris en compte. L'agitation est en outre entretenue par l'extrême droite qui entame un retour sur la scène politique française dans les années 1980 et cherche à honorer la mémoire des anciens de l'O.A.S. (affaire Dominati, amnistie... ). Cette récupération politique signifie en fait que la guerre d'Algérie n'est plus le sujet tabou de la société française.

Au contraire, on assiste, ici ou là, à l'émergence, en particulier au sein de la génération qui n'a pas été impliquée dans le conflit, d'une volonté de mémoire sur la guerre. Ce travail de mémoire est alors indissociable d'un certain idéal de justice : ce nouveau regard qui se porte sur « les événements » est alors plus sévère et cherche à déterminer les responsabilités, comme pour le putsch des généraux. Conjointement à ce travail de mémoire, s'exprime un désir de réconciliation et d'apaisement dont la main tendue de Massu à Azzedine reste le plus bel exemple.

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