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Les débats autour de la guerre d'Algérie à  travers le journal Le Monde


par Philippe SALSON
Université Michel de Montaigne Bordeaux III - Maà®trise d'Histoire contemporaine 2001
  

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b) La force de l'incompréhension

Il est remarquable que la plupart des opposants à la sortie en salle du film ne l'aient pas vu. C'est dire combien les visions du conflit que peuvent en avoir les différents protagonistes sont hermétiques à une pensée autre ! Bien plus, il est insupportable pour cette minorité de nostalgiques de l'Algérie française que cette pensée autre puisse exister, d'où une utilisation du chantage et de la menace pour lui interdire l'accès à l'arène publique via le cinéma.

Cette incompréhension et ce non-respect de l'humanité et des droits d'autrui est au fondement même de la guerre, Jean Cohen, lui-même Juif pied-noir, la définit ainsi : « Chaque communauté vivait séparée, murée dans ce mépris universel dont chacun était à la fois le sujet et l'objet »52. La réaction vis-à-vis du film qui apparaît démesurée, s'explique par cette caractéristique de la culture pied-noir à laquelle il faut ajouter celle de l'excès propre au peuple méditerranéen.

L'engagement du Monde dans cette querelle est significatif de la place primordiale qu'occupe la guerre d'Algérie dans la mémoire française. A ce titre, il est révélateur que la polémique débute sous la rubrique « Culture » pour se retrouver, ensuite, à la une et être analysée par les grands chroniqueurs du journal : Alfred Grosser et Robert Escarpit. C'est une caractéristique majeure de cette période, les principaux débats sur la guerre d'Algérie naissent dans le champ de la culture, que ce soit un film ou un livre, pour devenir un débat de société.

En filigrane, il se devine un présupposé, le même dans les deux camps : l'image a un pouvoir de persuasion bien supérieur à n'importe quel média53. En effet, cette pensée hante la génération qui a connu la guerre et la propagande qui l'accompagnait. C'est pourquoi, par exemple, l'Etat garde sous tutelle l'audiovisuel : il est encore perçu, même si mai 68 est passé par-là, comme le moyen de diffusion, par excellence, du message gouvernemental.

Bien que l'incompatibilité entre les mémoires de la guerre semble insurmontable lors

50 16 juin 1970

51 21 octobre 1971

52 J.Cohen, Chronique d 'une Algérie révolue : « Comme l 'ombre et le vent », L'Harmattan, Paris, 1997

53 à ce titre, il n'y a qu'à lire les réactions violentes du général Salan et d'autres nostalgiques de l'Algérie française après la diffusion d'émissions sur l'O.R.T.F., « l'Algérie dix ans après », 7-8 juin 1972

d'une telle querelle, il ne faut pas oublier que ce mouvement de rejet est à la fois brutal et sporadique puisqu'un an et demi après l'affaire, il devient possible de projeter normalement le film. Ces réactions sont d'autant plus exagérées que le contenu du film n'est pas le centre du débat, peu de gens l'ayant vu. C'est le fait qu'un film sur la guerre d'Algérie existe qui cristallise les rancoeurs. Les différents agitateurs veulent imposer un silence total sur le conflit, faire de cette période de l'histoire un tabou. Le deuil « des événements » est loin d'être accompli : l'agressivité et la haine dominent encore.

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