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L'édition de manga : acteurs, enjeux, difficultés


par Adeline Fontaine
Université Paris VII Denis Diderot - Maîtrise de Lettres Modernes 2005
  

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2. LE JAPON, TERRE D'ORIGINE DU MANGA

2.1. Des prémices au succès de la bande dessinée

Le terme manga tel que nous le connaissons actuellement fut inventé au 19ème siècle par Katsuhika HOKUSAI pour désigner le croquis, l'esquisse. Mais l'histoire de la bande dessinée japonaise est bien plus ancienne, car on peut aisément remonter jusqu'au 7ème siècle. En effet, c'est à cette époque que furent introduites au Japon les techniques de fabrication chinoises du papier et de l'encre, ainsi que l'usage du pinceau : c'est de cette période que datent les premières caricatures connues retrouvées, détail cocasse, dans les temples bouddhistes. OEuvres de lettrés facétieux ou des bâtisseurs, le mystère reste aujourd'hui entier...

Le premier chef d'oeuvre des arts nippons date du 12ème siècle. Ce sont des peintures en rouleaux7(*) réalisées par un prêtre nommé TOBA (1053-1140) et intitulées Chojujiga ou «Rouleaux des animaux». Ils sont composés de quatre rouleaux qui représentent des animaux, dessinés sur un mode anthropomorphique, se livrant à des activités humaines. Ces dessins satiriques se ont imposés comme un repère significatif de l'histoire du dessin humoristique japonais. Cette oeuvre peut être admirée dans le temple bouddhiste de Kozanji, dans la région de Kyoto.

Au 19ème siècle, Katsuhika HOKUSAI (1760-1849) est un peintre, un dessinateur et un graveur japonais très célèbre. C'est en effet l'une des figures de l'Ukiyo-e («le monde flottant»), terme qui fut appliqué durant l'époque d'Edo (1605-1868) pour désigner l'estampe ainsi que la peinture populaire et narrative. D'abord célèbre grâce à ses portraits d'acteurs, il fait paraître, à partir de 1814 et jusqu'en 1834, ses carnets de croquis, suite de caricatures, en douze volumes, sous le nom de Hokusai manga 8(*).

Cependant, l'inventeur de la forme actuelle du manga est Osamu TEZUKA (1928-1989), surnommé affectueusement par les Japonais Manga no Kamisama («le Dieu des mangas»). D'ailleurs, sa mort inspira ce commentaire laconique à un journaliste d'un prestigieux quotidien japonais, Asahi Shimbun, sur la place occupée par TEZUKA dans la culture japonaise :

« Pourquoi les Japonais aiment-ils autant les manga ? Cet engouement paraît bizarre aux yeux des étrangers. Et pourquoi les étrangers sont-ils restés si longtemps sans lire de bandes dessinées ? Parce que dans leur pays, ils n'ont pas eu Osamu TEZUKA. » 9(*)

Bien qu'il se soit orienté initialement vers des études de médecine, TEZUKA sent que sa vocation est ailleurs. Fervent admirateur des oeuvres de Walt Disney, notamment des Silly Symphonies, il se dirige vers le dessin faute de moyens financiers nécessaires pour réaliser des films d'animation.

Parallèlement à son internat, il commence à dessiner et connaît sa première publication en 1946 (il a alors 18 ans) avec Ma-chan no Nikkicho (Le Journal de Ma-chan), un récit quotidien en quatre vignettes narrant les aventures d'un jeune garçon. Mais il ne rencontre véritablement le succès que l'année suivante, avec la sortie de Shin Takarajima (La Nouvelle île au trésor) qui se vend, en quelques mois, à plus de 400.000 exemplaires. D'autres succès suivront dont :

-Jungle Tatei (Le Roi Léo) en 1950, saga écologique plagiée par les studios Disney, auteurs du Roi Lion, sorti une quarantaine d'années plus tard. Ironie du sort ou juste retour des choses pour un auteur qui s'est inspiré des dessins de Walt Disney ?

-Tetsuwan Atom (Astro le petit robot) en 1952 ;

-Ribbon no Kishi (Princesse Saphir) en 1953, qui pose les codes de l'esthétique shojo* (yeux larges et travaillés, personnages longilignes, hommes androgynes, discrétion du décor afin de se focaliser sur l'expression des sentiments...) ;

-Black Jack en 1972, son manga le plus long (244 épisodes sur 4.093 pages) et sans doute le plus polémique. Très en avance sur son temps, cette oeuvre aborde les thèmes de la transplantation d'organes et du clonage.

Au final, Osamu TEZUKA est à la tête d'une oeuvre monumentale comptabilisant quelques 150.000 pages réparties dans 500 titres avec pas moins de 1.000 personnages différents. L'éditeur japonais Kodansha a achevé en 1984 la publication de ses oeuvres complètes soit 300 volumes de poche toutefois amputés de plusieurs dizaines de milliers de planches !

Mais ce qui est le plus remarquable dans l'oeuvre de TEZUKA est avant tout le fait qu'il peut être considéré comme le créateur du manga actuel. TEZUKA a, en effet, tout ou presque tout inventé : le découpage cinématographique des cases à la manière des story-boards, le mouvement des personnages figurés par des lignes, l'esthétique shojo*...

Il se lancera par la suite dans l'animation et adaptera ses oeuvres à l'écran. L'une des dernières diffusée au cinéma en France, Metropolis (sortie en 2001), adaptation de l'oeuvre de Fritz Lang, est l'une des meilleures illustrations de son talent.

* 7 Appelées E-makimono, ces peintures se déroulaient au fur et à mesure, découvrant ainsi progressivement le récit. C'est la première forme d'art graphique narratif japonais répondant à certains codes graphiques notamment pour la représentation des saisons, comme dans les mangas actuels. Longues d'environ trois mètres, ces oeuvres combinaient des textes calligraphiés, appelés Kotobagagi et des illustrations.

* 8 HOKUSAI est également très connu en Occident (il a inspiré, entre autres, Gauguin et Van Gogh) pour ses Vues du mont Fuji. A sa mort, son oeuvre comprend plus de 30.000 dessins. Ses derniers mots seront : « Encore cinq ans et je serais devenu un grand artiste ».

* 9 TEZUKA Productions, Osamu TEZUKA, biographie 1928-1945, collection Écritures, Casterman, 2004.

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