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L'édition de manga : acteurs, enjeux, difficultés

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par Adeline Fontaine
Université Paris VII Denis Diderot - Maîtrise de Lettres Modernes 2005
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3.2.2. Asuka, un jeune éditeur suivi et à suivre

Créées en février 2004, les éditions Asuka ont été lancées dans un marché qui regorgeait déjà de publications manga.

Union de deux passions pour le manga et le Japon, Asuka est une maison qui a déjà été par deux fois suivie dans ses choix éditoriaux. Asuka ne suit pas la tendance, elle la crée.

3.2.2.1. Des déboires avec Tonkam à l'autonomie

Asuka est le fruit d'une rencontre, celle de deux hommes au sein d'une maison d'édition spécialisée dans le manga, Tonkam.

Raphaël Pennes, directeur commercial chez Tonkam, rencontre régulièrement dans le cadre de son travail Renaud Dayen, l'un des principaux fournisseurs de produits d'importation de la maison.

En juillet 2003, les deux acolytes créent la société Daïpen qui propose un site de vente de manga en ligne. Mais ce projet ne les satisfait pas pleinement et ils font le grand saut dans le monde de l'édition en créant Asuka, prénom d'une héroïne de manga.

Mais le marché est vaste et ils ont besoin de soutien pour mettre en place le projet. Ils proposent donc logiquement à leur ancien employeur avec lequel ils sont restés en bons termes, la maison Tonkam, d'être le partenaire d'Asuka. Ce partenariat leur permettra de bénéficier de la structure éditoriale (notamment celle de diffusion) d'une maison ayant une grande expérience du manga, de développer des projets différents pour éviter tout amalgame et de rencontrer des éditeurs japonais. Cette collaboration doit aussi avoir des avantages pour Tonkam qui peut facturer la fabrication des livres et rentabiliser ainsi encore plus sa structure.

Mais, du jour au lendemain et sans explications, Tonkam se retire de l'aventure. Les deux créateurs d'entreprise doivent alors faire les démarches de tout nouvel éditeur : trouver un distributeur, un imprimeur, réaliser des ouvrages mais aussi se mettre en contact avec les éditeurs japonais et leur expliquer le changement d'organisation éditoriale lié au dédit de Tonkam. Le projet est un peu retardé par ces aléas et les premiers manga estampillés Asuka sortent avec six mois de retard, en février 2004.

3.2.2.2. Un catalogue structuré

Jeune éditeur indépendant, Asuka tente de bâtir un catalogue cohérent. Réunis sous différentes collections, leurs manga ne sont tirés pour le moment qu'entre 3.000 et 5.000 exemplaires maximum du fait de leur petite structure et de moyens financiers encore limités ne permettant pas d'assurer une production à grande échelle, à l'instar de la maison Tonkam à ses débuts.

3.2.2.2.1. Le choix des titres

L'éventail des titres proposés, malgré la jeunesse des éditions Asuka, est conséquent. Trente volumes sont sortis en 2004, année de leur création, soit 4% des sorties totales de manga en 200435(*).

En tant que maison d'édition indépendante et nouvelle sur un marché concurrentiel, Asuka a dû établir son catalogue en fonction de ses moyens financiers limités. Ne pouvant pas se permettre de surenchérir sur des titres extrêmement prisés, l'éditeur a bâti son catalogue sur de plus petits titres, moins commerciaux mais non moins ambitieux.

Pour faire leurs choix parmi une production nippone pléthorique, les deux fondateurs d'Asuka ont fait appel à leurs anciens collègues de Tonkam, Takanori UNO, correspondant au Japon pour l'éditeur et Pascal Lafine, actuel directeur éditorial.

Amateurs de manga, Renaud Dayen et Raphaël Pennes sélectionnent également les futures publications Asuka grâce à leurs lectures personnelles et grâce à l'écoute attentive dont bénéficient leurs lecteurs par le biais du forum mis en place sur le site de l'éditeur36(*). Ce dernier, très actif, permet en effet aux internautes férus de manga d'apporter quelques suggestions quant aux séries qu'ils aimeraient voir traduites en France.

Enfin, Raphaël Pennes déclare que certains titres leur sont présentés par les éditeurs japonais avec lesquels ils collaborent, « qui ont bien compris [leur] orientation éditoriale dite de découverte d'auteurs pour adolescents et surtout pour adultes »37(*).

3.2.2.2.2. Les collections

Le catalogue se compose de plusieurs collections. Il reprend la segmentation éditoriale classique des shonen*, shojo* et seinen* (également présente chez Glénat, J'ai lu, etc.) avec toutefois une prédominance de ce dernier.

« Nous avions constaté en juin 2003 que les éditeurs avaient littéralement pris d'assaut le marché du shonen* et du shojo*, c'est pourquoi nous voulions nous concentrer sur le seinen*, un genre encore assez vaste pour y marquer notre territoire. »38(*)

La collection «Tezuka» regroupe les oeuvres du père du manga moderne.

Le yuri* et les ladies* sont toutes deux destinées à un public féminin mature. La première rassemble des histoires d'amours lesbiens sans pornographie affichée ; les ladies* reprennent les thèmes du shojo* (amour, vie quotidienne, travail...) dans des problématiques et des situations plus adultes.

Cependant, cette classification n'apparaît pas clairement sur tous les manga Asuka, bien qu'un logo existe pour chacune de ses collections.

3.2.2.2.2.1. TEZUKA et le bunko

Premier éditeur à publier des manga dans ce format particulier appelé bunko* en japonais, Asuka fait office de précurseur et a d'ailleurs été récemment suivie par les éditions Glénat (avec L'École emportée de Kazuo UMEZU et Urusei Yatsura de Rumiko TAKAHASHI).

Pour le moment, seule l'oeuvre d'Osamu TEZUKA sera éditée en bunko*. L'éditeur considère en effet que ce format n'altère en rien le dessin de TEZUKA car son style ne fourmille pas de détails. La réduction des planches n'a donc aucune incidence sur la qualité de l'oeuvre.

Éditer des séries d'Osamu TEZUKA a, tout comme le bunko*, été un pari éditorial ambitieux. En effet, bien que très populaire au Japon, ce mangaka* n'a, jusqu'à lors, pas rencontré le succès attendu en France. Certains éditeurs (Glénat et les séries Black Jack et Le Roi Léo par exemple) ont dû cesser sa publication faute de résultats financiers probants.

Les éditions Asuka ont donc permis de redécouvrir Black Jack mais aussi d'autres séries peu connues du lectorat français : Nanairo Inko, Vampires (oeuvre inachevée) et La Légende du garçon aux trois yeux (titre provisoire).

L'éditeur a bientôt été imité par Soleil qui a sorti en mars 2005 Princesse Saphir et Unico la petite licorne.

Les titres d'Osamu TEZUKA publiés par Asuka sont maquettés de manière identique, à la manière de la réédition des oeuvres du mangaka* au Japon par les éditions Akita Shoten : format bunko*, couverture amovible sur laquelle un bandeau blanc est surmonté d'une illustration. Le titre qui apparaît sur le bandeau comporte un sous-titre, «Le meilleur d'Osamu TEZUKA».

Enfin, le format choisi par l'éditeur présente un certain avantage pour le lecteur car le manga est moins cher. En effet, la série compte moins de tomes du fait du nombre plus élevé de pages par volume (de 300 à 400 pages au lieu de 200 pages).

3.2.2.2.2.2. Deux genres mineurs : le shonen et le shojo

Pourtant succès des ventes de manga en France, le shonen* et le shojo* n'occupent qu'une petite place dans le catalogue Asuka. On dénombre cinq séries pour jeunes garçons et deux pour jeunes filles.

Parmi les shonen*, on peut remarquer la présence au catalogue du mangaka* Yoichi TAKAHASHI (dont les droits de toutes ses autres productions sont détenus par les éditions J'ai lu) et le titre Hungry heart. Dernière série en date de l'auteur et toujours en cours au Japon (les volumes sortent au rythme d'un ou deux volumes par an), elle a pour thématique le football (comme toutes celles publiées chez J'ai lu). Hungry heart a bénéficié d'une seconde version retouchée. Les premières éditions souffraient en effet de nombreuses coquilles, liées au fait que l'éditeur a fait paraître ce manga moins de deux mois après sa sortie au Japon.

Deux séries d'humour (Ikebukuro West Gate Park de Sena ARITOU et Ira ISHIDA et Koi Koi 7 de MORISHIGE) ainsi que deux récits de science-fiction (Alien nine de Hitoshi TOMIZAWA et Eat-man d'Akihito ASHITOMI) complètent le segment shonen* de ce catalogue.

Le shojo* est un genre quasi inexistant dans la production éditoriale d'Asuka. Les deux séries qu'elle propose sont des comédies tragiques ayant pour thème des amours malheureuses et mettant en scène des «écorchés vifs» : X-day de Setona MIZUSHIRO et Cantarella de You HIGURI (auteure de Seimaden aux éditions Tonkam et de Ludwig II chez Génération Comics).

3.2.2.2.2.3. Le seinen, le yuri et les ladies

Les quatre séries orientées seinen* des éditions Asuka ont pour dénominateur commun un même thème : la science-fiction qui prend place dans un quotidien plus ou moins réaliste.

Deux de ces manga sont particulièrement remarquables. Le premier, RAY d'Akihito YOSHITOMI, met en scène une jeune femme devenue médecin de l'ombre grâce au docteur... Black Jack (personnage de TEZUKA et série publiée par Asuka) qui l'a sauvée étant enfant. À l'instar du héros de TEZUKA, l'héroïne sauve des orphelins pris dans l'engrenage de la mafia et du trafic d'organes.

Le second, Leviathan, thriller médical apocalyptique d'Eiji OTSUKA et Yu KINUTANI, a fait l'objet d'une édition collector, accompagnée de posters, cartes postales, marque-pages... Malheureusement, suite à des problèmes de communication et de diffusion, nombreux étaient les libraires qui n'étaient pas avertis de cette promotion exceptionnelle. De fait, l'opération marketing a peu de chances d'être renouvelée un jour.

La collection yuri* et sa mangaka* vedette Ebine YAMAJI (qui signe cinq titres de la collection sur six) se caractérise par un trait léger et une narration plus proches de la bande dessinée franco-belge que du manga. Asuka est le premier éditeur à faire paraître ce genre de récits.

Les ladies* ne sont arrivées au catalogue qu'en février 2005 avec Piece of cake de George ASAKURA. Il est un peu tôt pour présager quel sera l'avenir de ce label. Un nouveau titre intitulé Body and soul signé de la main de la même mangaka* et de Takumi TERAKADO est annoncé sur le site de l'éditeur, mais la date de parution reste pour le moment inconnue.

3.2.2.2.3. Titres à venir et projets

Trois titres, en sus de Body and soul, sont annoncés sur le site mangaverse.net dans le courant de l'année 2005 :

- La Légende du garçon aux trois yeux (titre provisoire) d'Osamu TEZUKA, toujours en format bunko* (date de sortie inconnue) ;

- Sur la nuit, un nouveau yuri* d'Ebine YAMAJI (date de sortie inconnue) ;

- Tensai family company de Tomoko NINOMYA qui paraîtra en version deluxe de six volumes en septembre 2005 (pas de détails en ce qui concerne l'édition en elle-même).

Asuka projette également de sortir des DVD sous le label Eye Catch. Toutefois, à l'heure actuelle, ce projet n'a pas fait l'objet d'une nouvelle annonce de la part de l'éditeur.

Malgré sa petite structure et sa jeunesse sur un marché du manga en plein essor, Asuka a su faire des choix innovants et, le succès aidant, s'est vu imitée par d'autres éditeurs.

Certaines publications ont néanmoins connu quelques défauts (problèmes d'impression, fautes d'orthographe ou rigidité des volumes bunko*), mais il faut reconnaître que l'éditeur y remédie très vite en proposant des rééditions corrigées assez rapidement.

La cohérence de leur catalogue ainsi qu'une volonté de privilégier le qualitatif et non le quantitatif en matière de choix de titres font des éditions Asuka un éditeur ayant toutes les chances de se développer à l'avenir sur le marché du manga destinés aux adultes et, pourquoi pas, de devenir un concurrent sérieux pour Tonkam.

* 35 Source : www.mangaverse.net

* 36 www.asuka.fr

* 37 Source : www.manga-nese.com (interview de Raphaël Pennes)

* 38 Source : ibid.

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