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L'édition de manga : acteurs, enjeux, difficultés


par Adeline Fontaine
Université Paris VII Denis Diderot - Maîtrise de Lettres Modernes 2005
  

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3.3. J'ai lu : le manga pour tous

Grand éditeur de livres de format de poche, J'ai lu propose également des manga depuis près de dix ans.

3.3.1. De l'édition de poche au manga

La maison J'ai lu, spécialiste de l'édition de poche, est apparue en 1958, cinq ans après le lancement du Livre de poche par Henri Filipacchi, alors secrétaire général de la librairie Hachette. Créée par Frédéric Ditis et Jacques Gervais, son ambition n'est pas de concurrencer son prédécesseur. Elle se spécialise dans une littérature plus populaire, pour la plupart tout droit sortie du fonds Flammarion. Le premier numéro, Le Petit monde de Don Camillo est un succès. J'ai lu exploite les domaines négligés par la collection concurrente, le Livre de poche : la science-fiction, le fantastique, les nouvelles...

L'éditeur a également l'idée de diffuser des romans dans les supermarchés, un concept surprenant pour l'époque mais qui sera une franche réussite.

Vers 1987 (soit environ trente ans après sa création), J'ai lu se lance dans la bande dessinée avec une collection de poche nommée J'ai lu BD. L'idée est là encore originale : J'ai lu reprend des albums parus en grand format dans d'autres collections, en acquiert les droits et se livre à un travail de découpage et de redimensionnement des cases de manière à tenir dans un format de poche. Malgré ses premiers succès, les ventes de la collection finissent par péricliter et la collection J'ai lu BD est abandonnée en 1996.

Non assagi par cet échec, l'éditeur se lance la même année dans le manga, surfant sur la première vague du succès lancée principalement par Glénat et Tonkam. J'ai lu a plusieurs atouts :

- son expérience (près de 40 ans d'existence) en fait un éditeur ayant une solide réputation ;

- une confortable assise financière ;

- une diffusion large de son catalogue : grandes surfaces spécialisées (Fnac, Virgin...), petites et moyennes librairies, hyper et supermarchés...

- une structure qui permet d'éditer des collections longues ;

Jacques Sadoul, directeur éditorial chez J'ai lu entre 1968 et 1999, n'a pas toléré l'échec de la collection J'ai lu BD. C'est lui qui sera l'instigateur de la collection proposant des manga. Séduit par Akira de Katsuhiro OTOMO (Glénat), il se rend dans une petite librairie japonaise de Paris, Junku, puis dans la librairie Tonkam, pour y questionner directement les lecteurs de manga en version originale pour déterminer ce qu'il faut traduire. Certains lui conseillent City hunter de Tsukasa HOJO et Hokuto no Ken (Ken le Survivant) de Tetsuo HARA et BURONSON. Ils lui conseillent également de conserver le sens de lecture japonais. Ce sera chose faite malgré les doutes de ses collaborateurs quant à la pertinence d'un tel choix.

En 1996 paraissent donc City hunter et Fly (ou Dragon hunter) de Riku SANJO et Koji INADA, série proposée directement à Jacques Sadoul par la maison d'édition japonaise Shueisha.

Le but de J'ai lu est, à cette époque, de proposer le meilleur rapport quantité/ prix et d'inonder les points de vente. Ainsi, les premiers tomes paraîtront au prix de 25 F l'unité, soit moins de 4 €, ce qui est encore une exception jusqu'à l'heure actuelle ! Cependant, la qualité du papier est médiocre et la traduction est plus qu'hasardeuse...

Mais le succès est tout de même au rendez-vous car les manga que propose J'ai lu sortent parallèlement à la diffusion des dessins animés japonais dérivés desdites séries.

Afin de ne pas remettre en cause les habitudes d'un lecteur non encore familier du sens de lecture japonais, les cases sont, à la demande du service commercial des éditions Flammarion, numérotées.

En 1998, J'ai lu lance deux nouveaux titres : Les Tribulations d'Orange Road d'Izumi MATSUMOTO rendu populaire par la diffusion du dessin animé (sous le titre «Max et compagnie») sur La Cinq, et Tekken Chinmi de Takeshi MAEKAWA. Cette dernière série ne rencontrant pas le succès est arrêtée au douzième volume (la série en compte originellement trente-cinq). Jusqu'à aujourd'hui, ce titre est resté l'exception et J'ai lu n'a jamais plus abandonné une série en cours.

Après le départ de Jacques Sadoul, Marion Mazauric, qui travaille chez J'ai lu depuis 1987, prend sa suite. Elle a travaillé assez longtemps aux côtés de son prédécesseur pour apprendre les rouages de l'édition de manga.

Les droits pour Hokuto no Ken (Ken le Survivant) et Captain Tsubasa («Olive et Tom» à la télévision) sont acquis. Ces séries ont également été diffusées sur les petits écrans français. La première a subi maintes censures à cause de son caractère violent et les lecteurs sont ravis de découvrir la version non expurgée de cette série.

En septembre 2000, Marion Mazauric quitte J'ai lu pour créer sa propre maison d'édition et choisit pour lui succéder un jeune stagiaire, Benoît Cousin, qui, à ses débuts, se contente de surveiller le processus de fabrication des deux séries au long cours que sont Ken le Survivant et Captain Tsubasa (une trentaine de volumes chacun).

Depuis le lancement de la collection manga par Jacques Sadoul, le prix a sensiblement augmenté. Les manga J'ai lu se vendent désormais aux alentours de 30 F, soit environ 4,60 €. Mais la qualité a également progressé : l'impression est meilleure et la traduction et l'adaptation sont beaucoup plus rigoureuses.

Voulant s'éloigner des manga dont le succès n'est lié qu'à la diffusion à la télévision mais n'en connaissant pas assez, Benoît Cousin fait appel au traducteur et adaptateur employé par J'ai lu, François Jacques (aujourd'hui décédé) pour l'aider à choisir des titres inconnus en France. Ce dernier lui conseille JoJo's bizarre adventure de Hirohiko ARAKI et Racaille blues de Masamori MORITA. Ces deux titres ont tout de même du mal à se vendre, n'ayant plus de support télévisuel et étant, de plus, difficiles d'accès.

Voyant le manga se développer de plus en plus, Benoît Cousin, débordé par ses autres responsabilités au sein des éditions J'ai lu, décide de passer le flambeau à Vincent Zouzoulkovsky en octobre 2003. « Si j'ai accepté la proposition de J'ai lu, c'est parce que pour moi, J'ai lu est une maison qui peut faire de grandes choses mais dont le potentiel est mal exploité39(*) » explique Vincent Zouzoulkovsky. Il restera cependant peu de temps et sera remplacé par Benoît Maurer au cours de l'année 2004, qui est également responsable éditorial des éditions IMHO. Ce dernier gère le choix des titres, les propose à la direction, puis, en cas d'accord, négocie les droits et s'occupe du suivi de la traduction

* 39 Nicolas Penedo, « Portrait J'ai lu », AnimeLand n°99, mars 2004.

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