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Développement durable et gestion des forêts du bassin du Congo: étude comparative des politiques forestières du Cameroun et de la République du Congo

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par Parfait Oumba
Université de Limoges - Master en Droit international et comparé de l'environnement 2007
  

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2- L'Action 21

L'Action 21 est un grand programme contenu dans un volumineux document de référence, qui énonce les mille et une opération qu'il faudra entreprendre pour que le développement durable, respectueux de l'environnement devienne une réalité au XXIe siècle. Son préambule indique que : « Action 21 aborde les problèmes urgents d'aujourd'hui [...] c'est un programme qui reflète un consensus mondial et un engagement politique au niveau le plus élevé sur la coopération en matière de développement... » Une des approches importantes résultant de ce programme est que, le progrès dépend de la solidarité des partenariats : entre les pays et les groupes de la société civile, y compris le secteur privé. C'est ce qu'ont réalisé les pays d'Afrique centrale qui ont, par le truchement des chefs d'Etat signé le 17 mars 1999 à Yaoundé la Déclaration par laquelle ils expriment leur engagement de placer la collaboration sous-régionale en matière forestière, au centre de leurs préoccupations. Cette nécessité de coopération en faveur de la protection des forêts du bassin du Congo est aussi exprimée par Henri Djombo, président en exercice de la COMIFAC lors de la deuxième réunion sur la vulgarisation du plan de convergence32(*), en reconnaissant le rôle des uns et des autres dans un partenariat qui se veut équilibré et solidaire pour le bien de l'humanité.

Cependant, la mise en oeuvre de l'Action 21 exige que soit prises en compte, les mesures financières visant la réalisation des projets de préservation de l'environnement. Il se pose à ce niveau un problème très particulier pour les pays en développement, en l'occurrence les pays d'Afrique centrale, il s'agit du problème de la dette. A cet effet, le programme préconise une mise au point effective et un transfert de technologie indispensable au développement durable et à la préservation de l'environnement. Cette approche apparaît dans le bassin du Congo comme l'unique moyen de la mise en oeuvre du plan de convergence c'est-à-dire, la stratégie sous-régionale de gestion durable des écosystèmes forestiers puisque, dans son discours, à l'occasion de la réunion de Brazzaville, Henri Djombo, précisant les enjeux de cette deuxième réunion, évoque aussi l'idée de la reconversion de la dette des pays de la COMIFAC en projet de conservation de la nature.

B- Le rôle des forêts du bassin du Congo face à l'équilibre écologique planétaire

L'existence d'importantes réserves de forêts indispensables à l'économie nationale de chacun de ces pays du bassin du Congo, mais dont la conservation entre néanmoins dans la logique internationale de leur gestion durable, nous permet de comprendre le positionnement géostratégique de cette partie de l'Afrique dans le puzzle mondial des ressources naturelles.

Mais si le débat sur le concept de la gestion durable des ressources naturelles fait l'objet de tant d'attention et de passion dans les pays soucieux du devenir de l'humanité, les gouvernants d'Afrique centrale y prennent part en acteurs souvent pris entre le marteau de la nécessité d'asseoir le développement économique de leur pays et l'enclume de l'obligation d'une exploitation rationnelle de leurs ressources naturelles. En effet, ils doivent utiliser la rente forestière pour lutter contre la pauvreté et amorcer ainsi le développement de leur pays sans pour autant faire en sorte que cette exploitation nuise à l'équilibre de l'écosystème forestier.

Cette vision écologique et sociale favorable à une exploitation rationnelle des ressources forestières constitue le nouvel enjeu de la foresterie du bassin du Congo en général et respectivement au Cameroun et au Congo en particulier.

Indépendamment de leur richesse en espèces et de leur taux d'endémismes, les forêts du bassin du Congo représentent l'une des dernières régions au monde qui possèdent de vastes étendues interconnectées de forêts tropicales humides où les processus biologiques peuvent encore se dérouler sans perturbation. C'est par exemple un des rares endroits au monde où un animal de la taille de l'éléphant de forêt peut encore librement agir sur son écosystème, tel un « ingénieur » qui transforme le paysage, influence la distribution des espèces et maintient le fonctionnement de systèmes économiques naturels. D'autre part, rien que par sa taille, la forêt du bassin du Congo constitue une réserve de carbone d'importance mondiale pour la régulation du principal gaz à effet de serre, le dioxyde de carbone. Enfin, cette forêt a aussi un rôle régulateur sur le climat régional et local. Elle assure notamment le recyclage de l'eau, car plus de 50% des précipitations qui s'abattent sur la Cuvette congolaise proviennent de l'évaporation et de l'évapotranspiration locales33(*).

Cependant, la destruction des écosystèmes forestiers du bassin du Congo s'accélère sous l'effet conjugué de la pression démographique, de l'aggravation de la pauvreté et de l'action prédatrice de puissants groupes industriels qui contournent les réglementations et bénéficient de la complaisance des autorités. Selon la FAO, au Cameroun, près de 2 millions d'hectares de forêts furent perdus entre 1980 et 1995, près d'un dixième de la forêt existant en 1980. Les taux de déboisement au cours de cette période étaient en moyenne de 0,6%, ce qui représente le 2e taux le plus élevé de déboisement annuel dans le bassin du Congo (Global Forest Watch). La production forestière du Cameroun a triplé en 22 ans, passant de 1,2 millions de m3 en 1975 à 3,0 millions de m3 en 1997 ; 60% des espèces arbres sont menacées de disparition ; plusieurs espèces d'animaux dont le rhinocéros noir et le chimpanzé sont menacées d'extinction. Alors que les pouvoirs publics justifient l'expansion de l'exploitation forestière industrielle par les impératifs de développement économique et social, on constate paradoxalement que les régions forestières, dans lesquelles l'exploitation industrielle est pratiquée depuis des décennies (voire dans certains cas depuis le début de la période coloniale), restent parmi les plus pauvres (enclavement, manque d'infrastructure de base, faible scolarisation, faible couverture sanitaire, etc.).

On peut par conséquent s'interroger sur l'efficacité réelle des politiques et des actions menées, tant au niveau national que sous-régional et international, et engager un débat sur le nécessaire réajustement et remodelage de ces politiques. Pour certains acteurs forestiers, le principe d'équilibre évoquée plus haut, affirmé lors du sommet de Rio et du sommet des Chefs d'Etat d'Afrique centrale sur la conservation et la gestion durable des forêts tropicales à Yaoundé, et sur lequel se fondent les nouvelles législations forestières nationales, constitue un leurre dans un contexte caractérisé par l'instabilité politique, l'insécurité alimentaire et l'aggravation de la pauvreté. Sur la question de la gouvernance forestière, si la plupart des Etats se sont dotés de réglementations forestières favorables en théorie à une gestion durable des forêts, on peut cependant déplorer le fait que ces règles peinent à être appliquées : à la faiblesse des capacités humaines, techniques et financières s'ajoute la corruption qui constitue aujourd'hui un des obstacles majeurs à l'application effective des nouvelles normes juridiques.

Au regard des enjeux multiples et du rôle des forêts tropicales dans la préservation de l'environnement mondial, la responsabilité de leur gestion durable devrait être globale et ne saurait par conséquent incombée aux seuls pays abritant celles-ci. Il s'agit d'une considération que les acteurs des pays du bassin du Congo estiment légitime. La question de l'engagement et de la solidarité de la communauté internationale est ainsi posée. Mais suivant quels principes et quels mécanismes doivent-ils se fonder ?34(*)

* 32 Deuxième réunion de la COMIFAC tenue à Brazzaville en juin 2004, relative à la vulgarisation du plan de convergence.

* 33 ECOFAC, Les forêts du bassin du Congo, état des forêts 2006, p. 13

* 34 http://www.riddac.org/presentation.html (consulté le 26 août 2007)

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