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Microfinance et développement: une mise en évidence théorique et empirique de la relation

( Télécharger le fichier original )
par Hermann-Didier TEBILI
Université Paul Cézanne Aix en Provence Faculté d'économie Appliquée - Master Institutions et Développement 2008
  

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Section 4 : Revue de littérature des études empiriques sur la microfinance et le développement

L'objet de cette revue de littérature empirique est de faire le point de tous les travaux consacré précisément à la microfinance en présentant à chaque fois la méthodologie utilisée et les résultats obtenus par les auteurs.

Sur le plan de l'analyse théorique, les pratiques des groupes solidaires et plus précisément le recours aux réseaux sociaux ont donné lieu à des analyses fécondes par l'application des modèles visant à tester les hypothèses à la base des théories de l'agence36 avec des approches relatives à l'aléa moral, à la sélection adverse ou au type de monitoring. Ces travaux partent du fait que le système financier formel réduit les problèmes d'asymétrie d'information en rationnant le crédit et en exigeant des garanties, consécutifs au travail inaugural de Stiglitz et Weiss [1981]. Ces études n'observent ensuite que la pratique des crédits à des emprunteurs appartenant à des groupes solidaires au sein desquels les membres se cautionnent mutuellement. Ces analyses relèvent de contrat qui applique implicitement les enseignements des modèles d'agence.

Au plan pratique, Zeller [1998] montre sur le plan empirique comment la sélection des membres du groupe par leurs pairs, accroît significativement la qualité des remboursements du fait aussi de la surveillance, de l'entraide et de la pression, une fois les prêts obtenus. En effet, il utilise des informations sur 146 groupes de prêt à Madagascar et fournir des arguments en faveur du prêt groupé.

36La théorie de l'agence essaie de comprendre comment un agent économique, le principal, peut s'assurer qu'un autre agent économique, l'agent respecte ses engagements.

Dans le domaine de l'économie appliquée au développement, les analyses se situent beaucoup plus dans des préoccupations relatives à la réduction de la pauvreté dans ses dimensions «statiques » que dynamiques. Ces analyses traitent de la mesure du développement des services financiers de proximité et leur contribution à l'inclusion de la population pauvre en leur permettant l'accès au crédit mais aussi aux autres services financiers vitaux (micro épargne, micro assurance, transferts de fonds au profit des familles des travailleurs migrant). Au delà des services offerts aux populations ciblées, elles concernent ensuite la stabilisation des revenus, les régimes nutritionnels et de façon plus générale la réduction de la précarité.

D'un point de vue méthodologique, les applications empiriques des concepts théoriques ont donné lieu à des avancées méthodologiques. On note par exemple la définition des échantillons appropriés aux groupes de contrôle en l'absence de données longitudinales pour les études d'impact réalisés par Seep et Mosley [2000], et beaucoup plus récemment, celui relatif à l'application expérimentale.

Marie Godquin et Léandre Bassolé [2004] qui abordent quant eux la microfinance sous l'optique de la pérennité et viabilité des institutions opérant dans ce secteur. Ces auteurs analysent sous des approches différentes les performances du remboursement des prêts, en recourant aux enseignements de la théorie des contrats appliqués au marché du crédit.

Toutefois, Marie Godquin a travaillé sur des données relatives aux clients des trois plus grandes institutions de microfinance au Bangladesh et elle nous fourni une analyse sur les déterminants du remboursement, en focalisant son analyse sur le rôle des innovations dans les procédures des prêts de groupe ainsi que l'accompagnement par le canal des services non financiers et les mécanismes incitations dynamiques. Après qu'elle est corrigée les biais dus à l'endogéneité de la taille des groupes, elle arrive à des résultats dont l'intérêt opérationnel s'avère intéressante. Ceci dans la mesure où elle montre que les innovations dans les procédures d'octroi des prêts doivent être poursuivies vue que l'ancienneté des groupes solidaires agit négativement sur la qualité des remboursements. De plus, les cycles progressifs de prêts finissent par ne plus constituer l'incitation à honorer ses engagements; les sommes plus élevés et l'expérience des membres des groupes interfèrent pour moins faire jouer la caution solidaire. Ainsi, elle conclue à la nécessité de concevoir des incitations spécifiques pour les clients anciens auxquels les institutions veulent accorder des prêts les plus élevés, ainsi, elle rejoint les innovations en cours dans ce secteur par les institutions de microcrédit.

Dans une approche différente, mais complémentaire, Léandre Bassolé traite du rôle de la coresponsabilité du groupe sur la performance de groupe en utilisant des données relatives à la clientèle des IMF au Malawi. L'intérêt de son approche réside dans la distinction entre «défaillance interne » et « défaillance externe » au groupe pour déceler l'occurrence de défaillance stratégique. Il nous faut préciser que ce questionnement est très peu développé dans la littérature37et revient à tester l'existence et à évaluer l'asymétrie d'informatisation entre les membres du groupe eux même et non plus seulement vis-à-vis de l'IMF.

Ce modèle d'un point de vue empirique consiste à tester les deux propositions suivantes:

· Hypothèse 1 : en situation de coresponsabilité dans un contrat de crédit de groupe, l'auto sélection, la surveillance mutuelle, la pression des pairs et l'entraide mutuelle permettent d'améliorer le taux de remboursement.

· Hypothèse 2: la perte de l'accès au crédit futur en cas de défaillance d'au moins un membre augmente les taux de défaillance stratégique, ce qui détériore le taux de remboursement du groupe.

Avec deux types de taux de défaillance, un au niveau interne qui correspond à la défaillance entre les membres du groupe et l'autre externe c'est-à-dire vis-à-vis de l'institution. Ce choix nous permet de mieux appréhender la dynamique du mécanisme de remboursement au sein du groupe. En effet, dans ce modèle nous avons deux niveaux de remboursement, à l'échéance du contrat, le groupe emprunteur, choisit la même stratégie, rembourser ou ne pas rembourser le prêt. Cela permet de savoir si le groupe est défaillant ou pas. Ainsi, si les emprunteurs choisissent des stratégies différentes, on se retrouve à un second niveau de remboursement. Ceux qui remboursent au premier niveau font jouer la pression des pairs afin que les autres respectent leur contrat, ou leur viennent-en aide par la clause de l'entraide mutuelle pour que le groupe ne perde pas la possibilité des crédits futurs. A ce niveau du remboursement, le niveau de la pression des pairs et la possible entraide mutuelle sont fonctions de l'importance que les bons emprunteurs accordent au crédit futur .A ce stade du remboursement, le niveau de pression des pairs et la

37 (Cf. Wenner [1995] qui teste si la sélection par les pairs a un impact sur la performance de 25 groupes de crédit du Costa Rica et s'intéresse à l'utilisation d'information locale des membres des groupes de prêts en vue de la sélection de leurs pairs. Son étude montre que les groupes de prêt utilisent de l'information privée pour sélectionner leurs membres et que ce mécanisme de sélection accroît la performance de remboursement des groupes.)

possible entraide mutuelle sont fonction de l'importance que les bons emprunteurs accordent au crédit futur. Les résultats économétriques de Bassolé confirment le rôle positif des constituants de la coresponsabilité que sont la pression, surveillance et l'entraide mutuelle sur les performances de remboursement. Ils valident aussi l'hypothèse selon laquelle la perte d'accès au crédit futur en cas de défaillance d'au moins un membre, augmente les risques d'occurrence de défaillance stratégique. De fait il en déduit qu'il convient de relâcher une des règles de coresponsabilité qui consiste à exclure des prêts futurs, tous les membres d'un groupe dont un remet en cause le fondement du système des prêts aux groupes solidaires et que cela permettra de réduire le rôle que celui est censé avoir. Ainsi, il recommande une application rigoureuse des procédures qui consiste à la vérification de la qualité des groupes avant l'octroi des prêts pour s'assurer que l'auto sélection des membres a été correctement mise en jeu ainsi que les conditions de « stakeholder ». Alors pour les clients plus anciens et les prêts élevés, les solutions résideraient dans les innovations que les IMF peuvent concevoir comme le suggère Marie Godquin. Il s'agit par exemple d'introduire un système de garanties plus facile à mettre en oeuvre pour les clients ayant une expérience avérée avec l'IMF.

Pour les études d'impact des services offerts aux populations pauvres ciblées par les Institutions de microfinance, nous pouvons nous référer aussi bien au travail de Abdelkhalek Toumani [2004 ] qui a plus un caractère méthodologique et ceux relatifs aux études de Flore Gubert et Francois Roubaud [2004] sur des données d'enquêtes auprès d'unités de productions informelles opérant à Antanarivo (Madagascar) sur la période 2001 et 2003.

Toumani, lui présente les techniques statistiques utiles pour tester l'efficacité du financement des microentreprises dans la lutte contre la pauvreté en revenant sur la question de l'échantillonnage avec les diverses strates réalisables. De plus il rappelle les outils qui peuvent être utilisés pour analyser l'impact des avec des détails sur les indicateurs de pauvreté.

Gubert et Roubaud [2004] quant à eux effectuent une analyse sur l'impact des services offerts par les IMF et choisissent pour critère d'appréciation les gains de productivité. Ils prennent le soin de vérifier au préalable si l'IMF en question touche bien la catégorie d'actifs ciblés, dans leur cas il s'agit des unités productives exclues des systèmes formels de financements. Pour contourner les problèmes d'endogéneité relatifs au risque de biais de sélection, ces auteurs appliquent la méthode des groupes appariés38, sur des données de panel de 2001 et 2003 c'est-à-

38 L'une de ces méthodes consiste à identifier des groupes de non participants (ou groupes-temoins) présentant des caractéristiques analogues à celles des participants (le groupe traité) et à le comparer entre eux. Parmi les critères généralement pris en compte pour l'appariement figurent notamment l'age, le sexe, l'activité professionnelle, la branche d'activité, etc. Sont en revanche exclues, faute d'observation satisfaisante, certaines dimensions pertinentes telles que la motivation ou la confiance en soi. Une autre méthode consiste à comparer la situation des bénéficiaires

dire avant et après la crise politique Malgache. Cette base de données leur permet d'effectuer une analyse fine de l'impact et d'apporter, selon le contexte politique environnant des éclairages originaux sur les effets différenciés des services financiers de proximité.

Il nous semble intéressant de présenter une synthèse de leur étude compte tenu du fait qu'il existe très peu d'étude d'impact, tout particulièrement en Afrique subsaharienne qui permettent à la fois d'identifier avec précisions les caractéristiques des populations bénéficiaires et surtout de mesurer les changements que ces programmes induisent ceci afin de mieux appréhender la porté de leur résultats. L'objectif qu'ils assignent à la microfinance dans leur étude est qu'elle arrive à la fois à fournir des services financiers aux populations exclues des circuits de financement mais surtout à contribuer à la promotion des activités génératrices de revenu au sein des populations. Leur exposé débute par une présentation succincte du mode de financement du secteur informel en Antananarivo. Ceci se poursuit par une description des caractéristiques des clients de L'IMF concerné par l'étude. L'intérêt de cette étude tient à la dimension en panel des données qui autorisent le suivi de l'impact entre 2001 et 2003 soit après les incidents politiques de décembre 2001 .Ainsi concernant le mode de financement, ces auteurs nous expliquent qu'en 2001, plus de 88% du stock de capital dont disposent les unités de production informelles a été financé à partir de fonds propres (épargne, héritages, don). Les résultats se présentent comme suit:

Tableau 1.9.Mode de financement du capital du secteur informel en 2001(%)

 

Epargne, don, héritage

Prêt familial

Prêt auprès

d'usuriers

Prêt bancaire

Autres

Industrie

85,2

0,5

0,0

0,0

14,1

Commerce

93,3

0,6

0,0

0,0

6,1

Services

87,5

2,2

4,9

0,0

7,2

Total

88,3

1,5

3,0

0,0

7,2

Source : Enquête 1-2-339 2001, phase 2, dans le cadre du projet Madio (Rakotomanana et al.2000)

du programme avant et après sa mise en oeuvre. A défaut d'information sur la mise en oeuvre du programme, il est également possible, mais moins satisfaisant, de recourir à une comparaison de leur situation entre deux dates postérieures à la méthode dite de double différence, compare quant à elle la situation d'un groupe de bénéficiaires (première différence), avant et après intervention (seconde différence).

39 L'enquête 1-2-3 est un dispositif de trois enquêtes emboîtées touchant des populations statistiquement différentes, individus, unités de production informelles, ménages. La première phase est une enquête sur l'emploi, le chômage et les conditions d'activité des individus vivant dans les ménages. La deuxième phase est une enquête spécifique auprès des chefs des unités de production informelles (UPI) sur leurs conditions d'activité, leurs performances

économiques, leur mode d'insertion dans le tissu productif et leurs perspectives. La troisième phase, enfin, est une enquête sur la consommation des ménages.

Notes: le réinvestissement des revenus tirés de l'activité informelle est inclus dans la catégorie «Epargne, don et héritage ». La catégorie «Autre » comprend les prêts auprès des clients, des fournisseurs ou des associations de producteurs.

Les résultats du tableau nous montre que le secteur financier, qu'il soit formel ou informel ne joue qu'un faible rôle dans le financement du capital des unités de production informelles (UPI). De plus l'étude révèle que la majorité des chefs d'UPI environ 67% la fait de manière informelle en sollicitant l'aide de membres de sa famille. En effet, cela se justifie par une méconnaissance par ceux-ci de l'offre de service existant. L'étude estime ainsi à seulement 30% les UPI qui déclarent connaître une IMF, et parmi elles, moins de la moitié dit avoir connaissance des financements proposés par ce type d'institution. En conséquence, moins de 3% des UPI d'Antanarivo se déclarent s'être adressées à une IMF pour obtenir un financement. Toutefois, sur cet échantillon déjà minime, seulement 35% ont vu leur demande de prêt satisfaite soit moins de 1% de l'ensemble d'UPI existante sur l'agglomération. Tout ceci en dépit d'une forte expansion de la microfinance. En conséquence, sur un échantillon de 1000 UPI représentatives de l'ensemble du secteur informel, la phase 2 de l'enquête 1-2-3 a été réalisée au cours de la même année 2001 auprès d'un échantillon représentatif de 198 entrepreneurs clients ou anciens clients de l'IMF. La représentativité statistique de leurs univers respectifs peut se décrit comme suit: secteur informel d'une part et clients de l'IMF de l'autre. L'intérêt de ces deux enquêtes est quelles accordent une part importante aux agrégats économiques tels que le chiffre d'affaires, la valeur ajoutée, etc....

En théorie, nous avons souligné que la plupart des IMF n'exige aucune garantie de la part de leurs clients. Mais dans la pratique cela ne se vérifie pas toujours dans les faits .Ainsi donc dans le cas malgache, certaines institutions vont jusqu'à exiger des garanties allant de 60à 130% du montant de crédit accordé. Il s'agit en autre de nantissement de matériels, gage de voiture, caution solidaire, caution sur salaire, et enfin les promesses hypothécaires, etc.

On note par ailleurs que les clients de l'IMF appartiennent à 99% au secteur informel au sens défini par la phase 2 de l'enquête 1-2-3. Toutefois, sans que cela soit précisément spécifié dans les objectifs de l'IMF, les microentreprises du secteur formel c'est-à-dire celles qui sont enregistrées et tiennent une comptabilité, représentent 3% des unités de production de moins de cinq employés et constituent en somme 15% des emplois, ne font pas partie de la clientèle de l'IMF. Ceci ne peut être interprété faute d'informations sur les demandes d'adhésions rejetées par l'IMF comme provenant d'un processus d'auto sélection de la part des microentreprises formelles qui ne s'adressent pas à l'institution ou si cela découle d'un ciblage volontaire de la part de l'IMF

parmi les microentreprises. Cette spécificité peut être avantageuse si on se situe dans une optique de lutte contre la pauvreté dans la mesure où le secteur informel est de loin le moins rémunérateur40.

Si nous nous situons dans une perspective de performance économique c'est-à-dire l'analyse des chiffres d'affaires et valeur ajoutées par unité de production nous obtenons le résultat suivant :

Tableau 1.10: niveau d'activité des UPI (Valeur moyenne pour le mois précédent l'enquête-en euros)

Industrie Agriculture/élevage

UPI clientes de l'IMF

Ensemble des UPI d'Antananarivo

Adhésion antérieure à

janvier 2000

Adhésion postérieure à

janvier 2000

CA

VA

CA

VA

CA

VA

1 607

551

1 631

1 054

/

 

/

Agro-alimentaire

615

170

3 758

1 628

 

223

77

Confection

2 801

1 435

1 456

861

 

142

71

Autres industries

2 109

1 071

838

341

 

147

87

BTP

/

/

/

/

 

201

138

Commerce

 
 
 
 
 
 
 

Produits primaires

2 885

309

3 070

634

 

559

97

Produits transformés

7 108

1 621

4 066

771

 

499

117

Services

 
 
 
 
 
 
 

Ménages et entreprises

1 491

1 280

315

133

 

142

89

Restauration

1 688

791

1 220

522

 

483

163

Transport

668

398

713

538

 

463

233

Ensemble

2 145

918

1 886

669

 

316

106

Sources : Enquête 1-2-3 2001, phase 2 et enquête quantitative auprès de la clientèle de l'IMF

40

En 2001, le revenu mensuel moyen des travailleurs malgaches du secteur informel était près de deux fois inférieur à celui perçu par les actifs du secteur formel, avec respectivement 224000fmg (monnaie local) et de 404000fmg. De plus l'incidence de pauvreté avec la ligne internationale de un dollar par jour en parité du pouvoir d'achat était de 1,5% pour les ménages dont le chef exerçant dans le secteur public et de 11% lorsqu'il appartenait au secteur privé formel et de 25,6%quand il travaillait dans le secteur informel. On a 70% des pauvres de la capitale malgache qui appartenaient à ce type de ménage.

2001, MADIO.

Notes: CA : chiffre d'affaires. VA : valeur ajoutée. En 2001, le taux de change était de 6 100 FMG pour 1 €.

Sur l'ensemble des secteurs confondus, le volume d'activité des UPI clientes de l'IMF est six à neuf fois supérieur en moyenne à celui de l'ensemble des UPI de l'agglomération, selon l'indicateur retenu et la date d'adhésion à l'institution. Une explication possible est que ce dynamisme relatif des UPI clientes de l'IMF soit consécutif à l'octroi de prêts de la part de l'institution.

En termes de ciblage, l'IMF remplit parfaitement sa mission en touchant une clientèle de petites entreprises urbaines du secteur informel. Toutefois, dans cette frange, celle-ci s'adresse à la catégorie «supérieur » de ce secteur. L'analyse des données nous permet de conclure, en moyenne, les entreprises clientes de l'IMF génèrent plus de chiffres d'affaire ou de valeur ajoutée que la moyenne des unités de production du secteur ceci parce qu'elles disposent de plus de facteurs de production c'est-à-dire du capital et du travail mais aussi surtout d'une production supérieure.

Les auteurs ceux sont aussi intéressés au changement induit par le crédit et la perception qu'à la clientèle de l'IMF de ce changement. Sur un échantillon représentatif de la clientèle de l'institution, 87% de clients interrogés déclarent que les prêts contractés ont induit un changement positif sur leur entreprise. Ainsi les résultats ce présentent comme suit:

Tableau 1.11: Impact perçu des prêts octroyés (%)

Niveau de production

En augmentation/ positif

En

baisse/ négatif

Inchangé

Ne sait pas

76,1

3,9

18,1

1,5

Qualité des produits

67,8

1,5

28,0

2,7

Diversification de la

production

45,8

0,6

53,3

0,3

Niveau des ventes

67,5

5,1

26,8

0,6

Effectifs employés

13,3

1,5

84,6

0,6

Niveau des actifs

42,2

0,3

56,6

0,9

Niveau de trésorerie

74,1

5,1

18,7

1,5

Changement global induit

87,1

3,0

9,3

0,6

Source : Enquête quantitative auprès de la clientèle de l'IMF 2001, MADIO.

Note : Ces statistiques portent sur 198 clients et 332 prêts.

Ce changement est traduit surtout par l'augmentation du niveau de production dans 76% des cas et une amélioration du niveau de production estimé à 68% ou encore une diversification de la production 46%. L'impact perçu des prêts sur la main d'oeuvre est en revanche négligeable. La suite de l'étude, sur la base d'éléments objectifs met en évidence, cela quelque soit l'indicateur de performance retenu, l'impact positif des financements accordés par l'IMF pour les UPI qui en ont bénéficié. Ainsi, il apparaît qu'être client de l'IMF donne lieu à un gain net de chiffre d'affaire de 149% en moyenne. Si l'on se concentre par exemple sur le niveau de production, les UPI clientes obtiennent un supplément de production de l'ordre de 704 euros par mois en moyenne. L'impact sur l'emploi contrairement à la perception des clients bien que négligeable reste également positif puisque les UPI clientes de l'IMF comptent en moyenne un employé de plus que les UPI du groupe témoin, soit une augmentation de 57% qui diffère de l'impact tel que perçu par la clientèle.

Les résultats sont présentés dans le tableau ci-dessous :

Tableau1.12 -Gains nets du projet (%) (sept.2001)

Mode d'appariement

5 UPI ayant le score de propension le plus proche

UPI ayant le score de propension le plus proche

+ 148,7 (***)

+ 144,0 (***)

Outputs

Chiffre d'affaires

+ 134,0 (***)

+ 142,4 (***)

Production

+ 103,7 (***)

+ 125,3 (***)

Valeur ajoutée

+ 112,9 (***)

+ 131,2 (***)

Excédent brut d'exploitation

+ 56,6 (***)

+ 67,2

- 4,6

+ 68,0 (***)

Facteurs de production Nombre actuel d'employés Valeur actuelle du stock de capital

+ 66,9 (***)

+ 61,5 (***)

Productivité VA/L1

+

VA/L2

+ 164,1

182,2 (**)

+ 14,9

+ 21,0

VA/K

Sources : Enquête 1-2-3 2001, phase 2 et enquête quantitative auprès de la clientèle de l'IMF 2001, MADIO.

Notes : Le nombre d'UPI clientes de l'IMF appariées est 168; le nombre d'UPI non clientes de l'IMF et servant de contrôle est 87 (certaines sont utilisées plusieurs fois). VA : Valeur ajoutée; L1 : Nombre de travailleurs; L2 : Nombre d'heures de travail par mois. K : valeur du capital au coût du remplacement; * : significatif au seuil de 1%; ** : significatif au seuil de 5%; *** : significatif au seuil de 1%.

En somme, les mêmes enquêtes ont été effectuées en 2003 sur le même échantillon représentatif pour tenter d'isoler la crise politique de 2002 dans l'analyse d'impact. Les auteurs nous expliquent que bien que les gains se soient fortement érodés, l'impact de l'IMF reste largement positif en 2003. Ainsi pour 82% des clients enquêtés en 2003, les changements induits par les prêts octroyés par l'IMF sont positif, contre moins de 3% qui déclarent le contraire.

L'enquête fournit l'appréciation du client pour chacun des prêts qu'il à obtenu depuis son adhésion à l'IMF qui ce traduisent par le tableau suivant :

Tableau 1.12: Impact perçu des prêts octroyés, sept. 2001 et mars 2003 (solde d'opinion)

 
 

Échantillon complet

 
 
 

Entre

 
 
 

Avant

2001 et

Variations

 
 

2001

2003

 

Niveau de production

 

+ 73,4

+ 80,0

+ 6,6

Qualité des produits

 

+ 59,6

+ 63,8

+ 4,2

Diversification de

production

la

+ 47,1

+ 56,9

+ 9,8

Niveau des ventes

 

+ 65,7

+ 62,3

- 3,4

Effectif employé

 

+ 22,9

+ 29,2

+ 6,3

Niveau des actifs

 

+ 37,8

+ 43,9

+ 6,1

+ 71,0 + 63,4 - 6,6

+ 32,3 + 31,0 - 0,7

+ 45,2 + 52,1 + 6,9

Avant

2001

Entre 2001 et

2003

Variations

Panel

+ 76,9 + 81,7 + 4,8

+ 70,4 + 64,8 - 5,6

+ 55,4 + 56,3 + 0,9

Pour conclure sur cette étude, les auteurs mentionnent que les prêts octroyés sont non seulement perçus comme ayant un impact favorable sur l'activité de l'entreprise, mais surtout jouent aussi sur les conditions de vie de la famille des clients. En fonction des soldes d'opinion, ils estiment l'amélioration du niveau de vie à plus 75,5%, pour la santé à 71% et enfin à plus de 66,5% pour la scolarité. Toutefois, ils précisent que l'impact des financements accordés par l'IMF est plus incertain en période de crise. Nous estimons pour notre part que bien que cette étude n'établisse de lien entre ces résultats et les procédures de l'IMF, elle nous semble enrichissante notamment pour les promoteurs de la microfinance.

Conclusion du chapitre 1

Au terme de ce chapitre, nous pouvons souligner que l'intérêt pour la microfinance découle de l'échec des politiques macro financières et d'aide au développement qui ont eu du mal à s'adapter au réalité local et à résoudre les problèmes. Aujourd'hui, les théories du développement ne nos jours ne s'intéressent pas uniquement au rôle de l'état comme c'était le cas auparavant. Au niveau de la théorie économique, on constate un intérêt pour les problèmes liés à l'information à la participation et encore plus aux questions touchant à l'incitation des acteurs.

On a aussi une évolution de la politique des bailleurs de fonds qui prennent maintenant en compte tous ses aspects. De plus, leur contribution a été indispensable à l'émergence des institutions tout en soulignant leurs intérêts pour les grands projets qui ne sont pas forcements rentables pour les économies locales.

La microfinance suscite aujourd'hui un intérêt croissant parce que des auteurs tels que Stiglitz ont mis en avant le rôle important de ces systèmes financiers dans le développement d'un point de vue théorique dans les années quatre vingt avec une remise en cause de l'État providence. En effet, l'échec de l'État dans la politique de développement qui avait suivi l'exportation du modèle de la grande entreprise a amené à la réflexion sur le développement endogène et à l'émergence du paradigme du développement par « le bas » [Stohr, 1978, 1981,1984]. Ce type de modèle de développement endogène basé sur l'utilisation des ressources locales et le contrôle au niveau local du processus d'accumulation permet d'accroître les interdépendances productives. C'est dans cette dynamique que s'inscrire l'action de la microfinance. Toutefois, la problématique de son intégration dans la finance globale mérite un examen particulier de notre part compte tenu du fait que l'objet de la microfinance reste avant tout économique et financier.

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9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.