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La créativité en musicothérapie auprès de personnes schizophrènes comme re-création de soi d'un point de vue phénoménologique


par Aude Cassina
Université des Arts de Zurich (Suisse) - Master of Advanced Studies en musicothérapie clinique 2010
  

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INTRODUCTION

Nous souhaitons initier ce travail de théorie par l'hypothèse suivante : y a-t-il possibilité d'un espace de re-création de soi pour les personnes schizophrènes dans l'approche de la créativité en musicothérapie ? L'harmonie et le rythme musical peuvent-ils servir d'ancrage à des patients dont l'harmonie de la vie et le rythme interne s'avèrent chavirés lors de violentes tempêtes ou servent-ils simplement (ou déjà, ai-je envie de dire) de soutien pendant des périodes de douces accalmies ? Ces questions nous taraudent dans la pratique quotidienne de notre métier, aussi désirons-nous les aborder sans compromis, en approchant le courant de pensée phénoménologique afin d'atteindre la personne dans son essence même en considérant son rapport au monde, à autrui, à la temporalité, mais aussi son rapport au fondement vital (Etre ou Sein) et au principe d'individualité et d'identité (étant ou Dasein).

Notre méthodologie s'entend de la manière suivante. Il nous semble essentiel de traiter premièrement et succinctement de la clinique psychiatrique et de la classification des principaux tableaux de la schizophrénie, d'affiner notre vision de la maladie à la lumière de la psychopathologie phénoménologique, d'étudier au plus près la créativité sous ses diverses formes, de développer notre méthodologie musicothérapeutique afin d'aborder ensuite notre clinique musicothérapeutique, de l'analyser sous un regard phénoménologique et de tenter de répondre à notre hypothèse introductive.

La schizophrénie s'apparente à un orchestre sans chef (Henry Ey), aussi, arborons-nous suffisamment d'outils adéquats pour harmoniser et rythmer, aider à la création musicale et par là-même à la re-création de soi ? Si la musique est souvent utilisée pour imager la nature même de la schizophrénie, elle est aussi adoptée en phénoménologie pour décrire et expliciter certains paramètres d'approche dans la compréhension du vécu de la personne schizophrène. Pour exemple, on peut se reporter à l'Entre du Japonais Bin Kimura et son chapitre consacré au noétique et au noématique de la musique (Kimura, 2000, p.32-38), dans lequel il tente de comprendre le rapport entre le fond de la vie et celui qui se rapporte au monde, soit entre le Sein et le Dasein (Etre et étant) de Martin Heidegger (1ère édition 1976).

Dans son application concrète et sonore, cherchons à comprendre si la musique et ses paramètres rejoignent la personne schizophrène dans son morcellement et dans sa perte du contact vital avec la réalité, s'ils l'aident à se recréer.

Au début du XXème siècle, Hans Prinzhorn, notamment, a abondamment développé le sujet de l'expression de la folie par l'intermédiaire de l'art thérapie : du dessin, de la peinture et de la sculpture. Il aborde les notions de jeux orientés vers une Gestaltung visuelle et plastique (Prinzhorn, 1922).

Il serait intéressant de définir une Gestaltung auditive et musicale en musicothérapie comme point de départ d'une éthique musicothérapeutique en pratique psychiatrique.

Il serait facile et tentant d'étendre le sujet à ses ramifications, cependant, nous nous bornerons à chercher une re-création de soi par la créativité musicale, peut-être naissante dans « l'Entre » de Kimura.

De même que pour qu'il y ait de la lumière, il faut qu'il y ait de l'obscurité, faut-il du chaos pour qu'il y ait de l'harmonie? Et pour que la création advienne, ne faut-il pas se recréer ?

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