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La créativité en musicothérapie auprès de personnes schizophrènes comme re-création de soi d'un point de vue phénoménologique


par Aude Cassina
Université des Arts de Zurich (Suisse) - Master of Advanced Studies en musicothérapie clinique 2010
  

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CHAPITRE 2

LA PSYCHOPATHOLOGIE PHÉNOMÉNOLOGIQUE DE LA
SCHIZOPHRÉNIE

Afin de bien comprendre le malade, il convient d'étudier minutieusement ses mécanismes de fonctionnement : son rapport à lui-même, son rapport au monde et leurs interactions réciproques. Quoi de mieux que la psychopathologie, selon notre choix, à la lueur de la phénoménologie, pour s'y atteler ? En ayant principalement pour soutien les théories de Minkowski, de Tatossian et de Kimura, tentons d'approcher le vécu schizophrénique et sa réalité.

2. 1. Définitions

La phénoménologie, au sein de ses recherches philosophiques, se devait d'approcher la maladie psychique, notamment les psychoses, et d'évoluer vers la phénoménologie psychiatrique. La philosophie ne pouvait faire abstraction de ce qui touche la nature humaine dans ce qu'elle a de plus ontologique, l'étude de l'être en tant qu'être, et oublier ses différentes réalités et connexions au reste du monde.

2.1.1. La phénoménologie philosophique

Kant est le premier philosophe à séparer la chose en soi (noumène) du phénomène, régi par les notions d'espace, de temps et de causalité (Kant, 1781). Schopenhauer, en précurseur de la pensée phénoménologique, recherche l'essence même du phénomène en tant que le monde est ma représentation, concepts de réalité et de représentation, distinguant la volonté (essence véritable) de la représentation (soumise à l'apparence) (Schopenhauer, 1844). En d'autres termes, il différencie le monde tel qu'il est en soi du monde tel que nous le connaissons au moyen de nos sens et de notre intelligence (le monde réel et le monde des apparences) (Gex, 1960). En 1764, la phénoménologie selon Fichte devient la doctrine de l'apparition, soit la connaissance du savoir par le savoir : le savoir absolu qui ne représente pas le savoir de l'objet mais qui fait qu'un savoir est un

savoir. Il faut comprendre que le savoir absolu est l'apparition et l'extériorisation du principe et du fondement du savoir. Pour Hegel, en 1807, il s'agit de l'exploration des phénomènes, c'est-à-dire de ce qui se présente consciemment à nous afin de comprendre l'esprit métaphysique qui se manifeste dans les phénomènes.

« La phénoménologie, appelée aussi science de l'essence ou science eidétique, est destinée à fournir le moyen de découvrir... des termes idéaux [de la nature de l'idée] et fixes, juxtaposés, indépendants du flux de l'expérience, sans se soucier de leur genèse... ; son principe est de prendre simplement les choses qui s'offrent originairement à l'intuition telles qu'elles se donnent : or l'intuition du monde la plus naïve et la plus habituelle nous donne, mélangés ensemble, un flux d'événements, et des termes fixes qui tantôt apparaissent, tantôt disparaissent, mais en restant immuables : le bleu, le rouge, le son, l'acte de juger, etc. ... »

« ... il ne s'agit ici de rien de semblable à ce qu'on appelle des idées générales ou abstraites, formées par combinaison et rapprochement, mais d'essences immuables à la manière des Idées platoniciennes, qui sont connues par une intuition particulière, l'intuition des essences (Wesenschau) ; cette intuition est a priori et indépendante de l'expérience : mais elle ne peut être dégagée que par cette analyse phénoménologique, qui tient à peu près, dans la pensée de Husserl, la place de la dialectique platonicienne. » (Bréhier, 1928, p.1114)

La phénoménologie de Husserl repose sur l'intentionnalité et sur la particularité de la conscience qui est d'avoir toujours conscience de quelque chose. Husserl nous montre comment les choses telles qu'elles sont en elles-mêmes peuvent être atteintes par la connaissance et comment et en quel sens ces choses sont. Pour ce faire, il décrit trois étapes successives : 1. L'époché qui représente l'acte de retrait et de mise en suspens permettant une observation désintéressée du monde. 2. La réduction phénoménologique qui permet le passage de la simple donnée naturelle à son sens comme phénomène. 3. La constitution qui est la redécouverte du monde comme horizon de sens, comme unité de sens, mais une unité que je constitue moi-même en tant que conscience ouverte sur le monde (article paris-philo, 2010). Actuellement, la phénoménologie husserlienne ainsi que celle de ses héritiers est considérée comme la mère de la phénoménologie contemporaine. « L'être psychique, l'être en tant que phénomène, n'est pas, par principe, une unité expérimentée dans une multiplicité de perceptions distinctes,

quoique appartenant au même sujet. Autrement dit, dans la sphère psychique, il n'y a pas de différence entre apparaître et être, ...» (Levinas, 1989, p.52).

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