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La créativité en musicothérapie auprès de personnes schizophrènes comme re-création de soi d'un point de vue phénoménologique


par Aude Cassina
Université des Arts de Zurich (Suisse) - Master of Advanced Studies en musicothérapie clinique 2010
  

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4.1.3. Créativité et folie

On pense souvent au mythe du savant fou, à la corrélation entre intelligence surdimensionnée et folie. Si le paragraphe précédent souligne effectivement le lien entre l'activité intellectuelle et l'activité musicale, les données de la clinique, de l'épidémiologie et des neurosciences montrent que la créativité est, elle, en relation avec les troubles affectifs. Il semblerait que l'hyperactivation du cerveau soit une cause possible de la créativité chez les personnes psychiquement atteintes. Cette prérogative, qui compense la maladie, pourrait tenir à leur capacité à donner une valeur émotionnelle aux idées, à une forme d'hyperactivité et à une accélération de la sphère idéative, ou encore à leur faible besoin de sommeil. C'est lors d'aspect maniaque sous la forme mineure dite hypomaniaque que l'on remarque des capacités créatrices, l'accès maniaque nécessitant des stabilisateurs de l'humeur qui rompent le lien entre exaltation, joie extrême et créativité.

Jean Cottraux, psychiatre français, relate dans son ouvrage portant sur la créativité de chacun, qu'une étude rétrospective portant sur 291 personnalités célèbres dans les domaines des arts, des sciences et de la politique (Post, 1994) a retrouvé des traits et des troubles de la personnalité en plus grande fréquence que dans la population générale dont la prévalence est de 13%. On observe que 25% d'entre eux souffraient d'un trouble de la personnalité. Parmi les poètes, 90% d'entre eux présentaient des traits pathologiques dont 20% d'un trouble caractérisé. On recensait 7% des personnes comme appartenant au groupe des troubles de la personnalité (paranoïa et schizoïdie), 22% d'entre elles comme personnalité narcissique, antisociale ou borderline et 39% de personnes souffrant de dépendance ou d'obsession compulsive (Cottraux, 2010, p.114).

On retient de cette étude qu'un certain degré de non-conformisme et d'impulsivité est utile et bienvenu à la créativité. Une absence d'inhibition telle que celle retrouvée dans des troubles de la personnalité peut être source de créativité, engendrée par l'hyperactivité de l'amygdale qui appartient au cerveau émotionnel. Ainsi le lien entre création et émotion se ressert, qu'il naisse de manière saine ou pathologique.

4.1.4. Créativité en musicothérapie

En ce qui concerne l'utilisation thérapeutique de la créativité, la primeur revient à Max Simon qui initie, au XIXème siècle, un intérêt grandissant pour « l'art des aliénés ». On parle alors d'Art Brut et la clinique ne manque pas de souligner quelques vertus thérapeutiques.

Pour certains musicothérapeutes, l'activité musicale serait en elle-même thérapeutique alors que pour d'autres, c'est la pratique créative qui posséderait des propriétés thérapeutiques.

Aussi, le sujet de la créativité en musicothérapie est traité par quelques auteurs qui la conçoivent sous forme d'expression de soi ou d'identité culturelle.

Edith Lecourt mentionne que d'après ses propres observations cliniques « la musicothérapie facilite le processus créatif conduisant à l'accomplissement de soi, en développant la capacité et la volonté d'utiliser le potentiel individuel vers un mieuxêtre, dans des domaines tels que l'indépendance, la liberté de changement, l'adaptabilité, l'équilibre et l'intégration (Lecourt, 1988, p.8) ».

Selon Ling (1974), la créativité musicale serait un moyen d'exprimer des émotions et de communiquer des sentiments qui ne peuvent émerger autrement. Quant à Prevel (1979), ce serait avant tout l'instrument de musique qui agirait comme « un véhicule de l'expression de soi » plutôt que comme un objet de développement de compétences. Dobbins en 1980 avance que la véritable expression de soi peut accéder à sa clarté par l'improvisation spontanée. Pour Davis (1963), la composition musicale, comme la peinture et la littérature, est un moyen naturel d'expression qui pourrait jouer un rôle salutaire dans la vie des humains. Et Van Ernst (1995) souligne que les processus compositionnels s'apparentent à une expression de soi. En 1985, Fowler pointe que l'expression musicale personnelle permet au patient de relier sa musique à sa propre vie et autorise les autres à entendre un aspect intérieur précieux de son être. (Barbot, revue de musicothérapie, 2005, p.27-31).

Rolando Benenzon quant à lui spécifie que la créativité en musicothérapie est importante, car elle permet l'émergence du concept de l'Identité Sonore propre à chaque individu et que l'on nomme l'ISO (Benenzon, 1992). Cet ISO induit un attachement à une identité culturelle, sociale et personnelle.

Jean-Marie Guiraud-Caladou dans son ouvrage un chant d'action développe une méthode musicothérapeutique visant le développement de la créativité par l'interaction du langage, du corps, de la musique et du graphisme.

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