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La créativité en musicothérapie auprès de personnes schizophrènes comme re-création de soi d'un point de vue phénoménologique


par Aude Cassina
Université des Arts de Zurich (Suisse) - Master of Advanced Studies en musicothérapie clinique 2010
  

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4.2. Analyse des trois situations cliniques au regard des trois processus phénoménologique de la schizophrénie

Il convient maintenant de tenter d'analyser « l'être-soi, l'être-au-monde et l'être-avecautrui » d'un point de vue musicothérapeutique. Cette perception de soi-même, de se projeter dans le monde et d'en être influencé est musicalement travaillée au travers de la perception sonore que l'on peut avoir de soi et de l'autre. Concernant « la perte du contact vital avec la réalité », ou ce que l'on nomme plus communément le délire, il pourrait correspondre à l'improvisation musicale brute, désinhibée, exaltée en musicothérapie. Quant aux notions de « temps et d'espace modifiés », la musique y pourvoit étant intrinsèquement une organisation de sons projetés dans l'espace et structurés dans le temps.

4.2.1. Perception sonore de soi et perception sonore de l'autre

De même que la perception du monde se modifie au travers de l'expérience schizophrénique, la perception sonore de soi est bouleversée par l'expérience ellemême, par les effets secondaires de la médication, parfois par des troubles hallucinatoires de type auditif. Qu'en est-il pour monsieur K., monsieur F. et monsieur N. lors des séances de musicothérapie ?

a) Monsieur K.

Pour rappel, il souffre d'une schizophrénie résiduelle, forme qui désigne une évolution de la maladie avec persistance des symptômes négatifs (aboulie, athymhormie, avolition) et absence des symptômes positifs (délires, hallucinations, discours désorganisé, etc.). Aux vues du nombre de médicaments administrés quotidiennement (entre autre deux types différents de neuroleptiques et deux types de régulateurs de

l'humeur, ceci signifiant un traitement lourd), de leurs effets secondaires respectifs touchant aux fonctions musculaire et digestive, amenant fatigue et confusion, tout en tenant compte de son âge, monsieur K. est fortement encouragé par le personnel de l'institution à participer à diverses activités sans y être contraint. Il vit ainsi à son propre rythme, luttant contre une ambivalence dominante et des difficultés motrices à la marche.

Au regard du déroulement des séances, on remarque que la curiosité qui l'amène à appuyer sur tous les boutons du clavier lui permet de découvrir de nombreux sons qui le rattachent essentiellement à des événements du passé, que ce soit un instrument de musique qui lui rappelle son goût pour la mécanique ou la musique d'orgue qui le lie au souvenir de sa maman. Etant en phase résiduelle de sa maladie, monsieur K. n'a que peu d'altération de sa perception sonore. En général, il conçoit et entend ce qu'il produit, bien qu'il dise être parfois parasité par des voix qui le persécutent. Il se montre apte à entendre musicalement l'autre et semble apprécier d'écouter la production sonore d'autrui, surtout lorsque celle-ci le soutient dans son phrasé musical. Par ailleurs, il a découvert le son de sa voix amplifié. Celle-ci semble le charmer, et il paraît très heureux que les autres puissent également la percevoir. En ayant l'occasion de choisir la chanson, en sous-entendant un texte et sa signification, il transmet à l'autre une partie de soi et de son histoire. Il devient un Soi (sujet) tout en restant une subjectivité, la subjectivité comprenant le temps vivant musical, l'espace sonore et le corps par l'intermédiaire de la voix ; le Soi musical apparaît par la création de sons et son amplification qui parvient à autrui.

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