WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

La créativité en musicothérapie auprès de personnes schizophrènes comme re-création de soi d'un point de vue phénoménologique


par Aude Cassina
Université des Arts de Zurich (Suisse) - Master of Advanced Studies en musicothérapie clinique 2010
  

précédent sommaire suivant

4.2.2. Délire et improvisation

Dans sa structure particulière de dissociation et de perte de repères, d'exploration de sensations et de phénomènes singuliers, l'analogie que l'on peut établir entre délire et improvisation est aisée. L'improvisation consiste en une expression de soi, sans structure temporelle ou spatiale préétablie, donnant libre cours à l'émergence de sentiments, à l'imagination, à la créativité par l'intermédiaire d'explorations sonores. La perte du contact vital avec la réalité dans la création d'une autre réalité peut correspondre à l'improvisation en musicothérapie, même si, à la différence de la perte de contact, l'improvisation n'est pas subie mais « donnée à réaliser ». L'improvisation requiert de la créativité, et la créativité, comme précédemment explicité, nécessite un certain lâcher-prise, une forme de désinhibition pour pouvoir s'exprimer.

a) Monsieur K.

En ce qui concerne la musicothérapie active, l'utilisation du clavier et du piano qu'il affectionne particulièrement, il se situe toujours dans le ton de l'improvisation libre. Il ne semble pas se soucier de l'aspect esthétique de sa production, étant suffisamment décomplexé pour tapoter sur le clavier du piano ou de l'accordéon sans chercher à reproduire un air connu. Il chante d'une voix grave et tremblante, mais dont l'intonation est exacte, ce qui laisse à penser qu'il possède une bonne oreille musicale. Par conséquent, ce n'est pas par manque de connaissance dans le domaine de la musique ou pour une absence de sens musical que monsieur K. improvise avec facilité, mais bel et bien grâce à un lâcher-prise et à une certaine décontraction vis-à-vis d'un type bien défini d'instrument, en l'occurrence les claviers. En ce qui concerne la voix chantée, il entonne des airs connus et dit ne pas pouvoir improviser, d'une part conscient qu'une certaine technicité puisse lui faire défaut et d'autre part se situant davantage dans une recherche de plaisir à partager avec d'éventuels auditeurs.

Monsieur F.

Au regard de la partie clinique, il s'avère qu'il cherche souvent à jouer des airs communs à tous tel Au clair de la lune, mais qu'il est cependant apte à improviser de manière spontanée et esthétique des airs qui lui sont propres. Le développement du sens de l'écoute et du sens de l'autre, notamment amenés lors du passage des séances individuelles aux séances collectives, l'ont guidé à pouvoir reconnaître et à pouvoir appuyer sur les bonnes touches afin de jouer « sa propre musique » tout en accompagnant et tout en respectant les autres. On note que par l'intermédiaire de jeux musicaux tel que celui du « chef d'orchestre », monsieur F. permet à chacun de s'exprimer librement tout en organisant les sons divers et variés, originaux et spontanés qui naissent d'un ensemble créatif, appliquant ainsi sa propre méthode d'approche du clavier, tantôt par des airs connus, tantôt par des airs improvisés. On relève également le fait que pendant la période qui suit son accident cérébral, il tient à chanter dans la chorale au sein de laquelle il se sent en sécurité et utile aux autres (prestation dans une maison pour personnes âgées). Par contre, dans le cadre des séances d'improvisation collective, il souffre d'hallucinations auditives qu'il tente de faire taire.

précédent sommaire suivant