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La créativité en musicothérapie auprès de personnes schizophrènes comme re-création de soi d'un point de vue phénoménologique


par Aude Cassina
Université des Arts de Zurich (Suisse) - Master of Advanced Studies en musicothérapie clinique 2010
  

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1.3. Syndromes

Ainsi qu'énoncé précédemment, un syndrome dissociatif est observé. La personne atteinte n'éprouve plus le sentiment d'être un être humain et ressent une impression de dislocation et de morcellement de sa personnalité. Elle perd alors le contact avec la réalité. Le syndrome de dissociation générant beaucoup d'angoisse, deux mécanismes d'auto-compensation ou de compensation phénoménologique face à l'expérience indicible de la dislocation de l'unité du Soi, et donc de l'explosion des relations entre le Soi et le monde extérieur, entrent en jeu : un syndrome autistique et une activité délirante paranoïde.

1.3.1 Syndrome dissociatif

L'approche clinique contemporaine organise la dissociation psychique autour de trois pôles, pensée, affects et comportements, recouvrant à peu près ceux proposés par Chaslin (délire, émotions, mimique) (Haouzir, Bernoussi, 2005, p.21).

a) Dissociation de la pensée ou idéique : elle se traduit par une altération du cours de la pensée. Les idées se dispersent, deviennent chaotiques. La pensée peut s'arrêter de manière brutale d'où la conséquence sur l'arrêt du discours que l'on nomme barrage (Kraepelin). On remarque également des persévérations, sortes d'idées répétitives venant gêner le cours de la pensée, une diminution de l'attention et de la concentration, une lenteur d'idéation, un appauvrissement des idées. Il peut aussi s'agir de troubles du langage tel que le mutisme ou semimutisme, des impulsions verbales, des apartés. On relève également un langage maniéré, fait de paralogisme (utilisation de mots détournés de leur sens) ou de néologisme (création de mot). Parallèlement à ces anomalies grammaticales, il est possible de noter aussi des anomalies syntaxiques sur la construction et l'architecture des phrases. Quant au timbre de la voix, on note un fading mental (amenuisement du son de la voix type decrescendo) ainsi que des intonations

bizarres. La pensée est déconnectée par rapport à la réalité, elle semble « tourner à vide ». Par ailleurs, on souligne l'ambivalence (sensation d'éprouver psychiquement des valeurs positives et négatives simultanément) de la personne schizophrène.

b) Dissociation des affects ou thymique : elle consiste en une absence de participation affective à des événements ou à des situations dont la charge émotionnelle ne peut laisser indifférent. On relève une froideur affective dans le contact, une anhédonie (incapacité à éprouver du plaisir), un émoussement affectif, des rires inappropriés, des signes de négativisme, un refus de communication, un appauvrissement de la mimique voire une inexpressivité du visage, qui peut être associée au concept d'athymhormie (Guiraud et Guiraud), apparent désintérêt affectif généré par la perte de l'élan vital (Bleuler).

c) Dissociation des comportements et dissociation motrice : elle consiste en un désintérêt et une adaptation insuffisante à l'environnement. Elle comprend également une forme de maniérisme et d' « ambitendance » (ambivalence de la volonté) qui se traduit par une sorte de perpétuelle hésitation lors de certains gestes initiés et interrompus invariablement. On relève également divers phénomènes moteurs, tels que : paramimie discordante (mouvements non adaptés), gestes auto ou hétéro agressifs, actes cocasses ou absurdes, mouvements stéréotypés ou gestes ritualisés. A ceux-ci s'associe au paroxysme des symptômes catatoniques (comportement moteur plus ou moins permanent qui ne répond pas de manière adaptée aux stimulations du milieu et qui s'accompagne souvent d'impulsions et de stéréotypie) une forme de catalepsie (comportement caractérisé par une rigidité musculaire particulière dite rigidité plastique).

d) Dissociation entre les sphères idéique, affective et comportementale : les pensées sont déconnectées des idées et des comportements, et le sujet en vient à faire toutes sortes de bizarreries, comme être soulevé d'un rire immotivé à l'annonce d'un événement grave. De même les émotions ne sont plus liées aux raisonnements et deviennent indépendantes des comportements, engendrant froideur affective, ambivalence, paralogisme, ainsi ce père de famille, patient de

Binswanger, qui offre un cercueil pour cadeau de Noël à sa fille cancéreuse (Tatossian, 2002, p.79).

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