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La créativité en musicothérapie auprès de personnes schizophrènes comme re-création de soi d'un point de vue phénoménologique


par Aude Cassina
Université des Arts de Zurich (Suisse) - Master of Advanced Studies en musicothérapie clinique 2010
  

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4.4. Réflexion

Le facteur esthétique décrit par Kimura est ici volontairement abandonné, dans le sens où, en musicothérapie, on constate le même processus sans que la recherche d'une beauté sonore soit au premier plan. Par ailleurs, il pense à des personnes instruites dans le domaine de la musique, par exemple des musiciens sachant lire des notes de musique, lorsqu'il prend pour objet d'étude la musique et l'acte créateur. Or, au regard de la partie clinique, l'on constate que des néophytes utilisent le même processus de création dans le présent, d'écoute active et d'attitude mentale d'anticipation pour improviser en musicothérapie. Aussi comprend-on maintenant que, de même que la créativité s'exerce, l'acte musical en lui-même se doit d'être répété et travaillé pour évoluer. On ne naît pas créatif, on le devient.

Néanmoins, il convient de retenir que l'impulsivité et le non-conformisme favorisent également la créativité. Elle devient alors spontanée et intrinsèque à l'Homme, faisant émerger au Monde la forme en lui. Les personnes présentant certains types d'handicaps psychiques pourraient en bénéficier de manière non contrôlée. Monsieur K. dont le jeu musical est désinhibé, fait preuve de créativité musicale spontanée, alors que monsieur N., davantage structuré psychiquement éprouve une sensation de vide et d'incompréhension face à un instrument de musique dont il ne connaît pas l'emploi, aussi doit-il en passer par un apprentissage. Monsieur F. se situe entre les deux messieurs précédemment nommés, le syndrome autistique prédominant de sa forme de schizophrénie empêchant toute spontanéité dans son rapport à l'autre.

Il ne convient donc pas de faire de généralités quant au développement de la créativité en musicothérapie, cependant on peut observer que chacun d'entre eux est musicalement actif et que la créativité apparaît sous différentes formes : spontanée ou amenée.

Alors que l'acte de créer dans le présent nécessite des capacités cognitives de mémorisation et d'anticipation, il peut aussi survenir une création sonore émanant du fond de la vie, du Soi. De même, il se peut que l'acte créateur ne puisse naître au monde de manière spontanée, mais qu'il faille travailler un lâcher prise pour qu'il émerge.

Revenons à nos trois messieurs pour tenter de comprendre où se situent la créativité et la re-création de soi dans leur cas particulier.

En ce qui concerne monsieur K., la créativité en musicothérapie se présente sous forme d'improvisation spontanée, comme activité vitale noétique, chaotique et sans structure rythmique. C'est le son et le discours verbal qui s'ensuit qui l'amènent à une activité sonore noématique. La création de sons permet alors un « jaillissement » de soi et d'une forme en soi. L'activité musicale noétique peut être travaillée et encore retravaillée, elle ne sonnera jamais de la même manière et sera pourtant intrinsèquement identique, sans modification quant à sa non-structure interne. La créativité sonore est ici chaotique et sans sens pour l'auditeur. Le patient quant à lui se situe dans une projection gestaltique de lui-même, dans une re-création fulgurante et immédiate du Soi.

La créativité de Monsieur F. se place également dans une forme d'improvisation spontanée, dans un temps noétique qui devient, au niveau d'un discours sonore, très rapidement noématique dans l'interaction recherchée avec l'autre. Le lien entre la phrase musicale précédente, la réponse de l'autre et la future phrase musicale projettent monsieur F. dans un temps noématique. La créativité sonore se fait alors discours cohérent et dialoguant, composé de structures rythmiques et mélodiques. Le Soi devient Sujet.

Monsieur N. ne peut devenir créatif que suite à un processus d'apprentissage déjà mentionné lors des précédents chapitres. L'imbrication entre le Soi et le Sujet est ici plus complexe, monsieur N. subissant des hallucinations auditives, d'autres perceptions sonores viennent entraver son cheminement musical. Néanmoins, sa créativité l'amène à un développement de soi que l'on peut entendre comme re-création de soi dans le sens d'une meilleure compréhension, d'une certaine acceptation et peut-être d'une modification de soi sur le long terme.

Mais revenons à l'exemple du musicien, lequel découvre une réalité intérieure et extérieure à lui. Le patient, par l'intermédiaire du son explore aussi la compréhension de soi et l'ouverture aux autres qui permettent une re-création de soi.

Dans la répétition, le son se modifie et se renouvelle, créant une métamorphose de soi. Il s'agit d'un son créé de manière interne (du fond de la vie) qui en se spatialisant, se recrée en s'ouvrant au monde (principe de rencontre avec le monde). Il s'agit d'une créativité dans la spontanéité, d'une gestalt, d'une manière de faire advenir les formes que l'on porte en nous.

La créativité sonore spontanée de même que la créativité sonore amenée sont l'une comme l'autre source de métamorphose, source de re-création de soi.

La personne schizophrène souffre, quant à elle, de ne pouvoir être un Soi dans une subjectivité. Kimura aborde l'Entre comme lieu se situant entre le Soi et le Sujet, lieu dans lequel le Soi erroné de la personne se serait créé. L'espace musicothérapeutique peut-il rejoindre le Soi dans cet Entre ?

Si l'on observe attentivement le tableau récapitulatif de l'aspec

conçu dans ce chapitre, on relève les items suivants

l'autre, l'émergence de la créativité, l'espace musical et le temps musical. On comprend qu'il existe un aspect linéaire e

perception sonore de soi sont premiers, sans eux, il n'existe pas de conscience l'autre, qui vient en troisième et qui musicalement appartient à l'espace et au temps musical. Entre eux se faufile ensuite l'émergence de la créativité. En suivant cette ligne de pensée, il s'ensuit que la perception sonore de Soi serait la conscience

conscience musicale correspondrait le Sujet et l'Entre pourrait

lieu à partir duquel la créativité sonore se métamorphose en créativité musicale en s'ouvrant au monde.

De cette réflexion, il en résulte les tableaux suivants

Processus musicothérapeutique

Processus phénoménologique

Conscience auditive :

~ la perception sonore de soi

Soi : intègre les domaines

· du Moi

· de la conscience

· de l'intériorité
psychique

Aïda musical :

~ la créativité sonore (instantanée)

~ la créativité musicale (amenée)

~ l'improvisation

Aïda ou l'Entre

· le rapport au fond de la vie

· le rapport au monde

Conscience musicale :

~ la perception sonore des autres

~ l'espace musical et ses éléments

~ le temps musical et ses éléments

Sujet

· le temps comme temps présent

· le corps comme chair

· l'espace comme lieu

· l'autre comme altérité

 

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