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L'Opus Déi et l'éducation au Chili

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par Mathilde Nicolai
Institut d'études politiques Aix en Provence - Diplôme de sciences politiques 2010
  

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§ II - Inculquer les valeurs de l'Opus Dei

Il faut bien se rendre compte, des quÕon pense à Fontanar, à Nocedal ou à Almendral, que le type de public qui fréquente ces établissements nÕest absolument pas le même que celui des établissements scolaires des quartiers favorisés, les colleges SEDUC, les clubs, lÕUniversité Los Andes. Ici, les parents des élèves ont en general vécu une existence totalement différente, et les enfants qui fréquentent les établissements de lÕOpus Dei, du haut de leurs huit ans, sont plus cultivés que leurs parents, souvent incapables de lire ou de compter correctement, dÕutiliser un ordinateur, ou de citer les grandes dates de lÕHistoire du Chili.

Il faut en effet prendre en compte que la generalisation de lÕéducation secondaire est récente au Chili, et que seule une petite minorité des jeunes continuent leurs etudes à lÕuniversité, à cause du coat très important de telles etudes. La plupart, comme dans le reste de lÕAmérique Latine, commence à travailler très tTMt, et recommence à étudier plus tard, si leur situation économique le leur permet. Les situations familiales qui incluent des pères en prison, des meres célibataires ou des enfants élevés par les grands-parents sont legion, et les familles bien constituées au sens que lÕentend lÕOpus

Dei sont trés rares. Pourtant, tout le personnel de ces établissements insiste systématiquement sur le respect dü aux parents, qu'on soit professeur, directeur ou enfant. Mais c'est aussi gr%oce à ces situations familiales peu sécurisantes que beaucoup d'éléves se tournent vers l'Îuvre, dans laquelle ils trouvent une organisation et une rigidité qui leur manquait, et qui les fait se sentir plus en sécurité.

Dans ces quartiers difficiles en effet, la fondation Nocedal croit que l'apprentissage du respect, de la responsabilité, de la ponctualité, et du travail bien fait est indispensable, et qu'en ayant acquis ces valeurs, les éléves pourront étudier seuls ce qu'ils désirent.

Les carriéres de Fontanar, d'autre part, donnent une opportunité aux jeunes filles qui ne trouvent pas le cursus de gastronomie qui leur convient dans d'autres écoles, autant à cause du coüt de ces filiéres, que par l'absence de formation humaine qu'elles ont à Fontanar.

En effet, pour les auxiliaires, ces femmes provenant des milieux les plus défavorisés, qui dévouent leur vie au service des autres membres de l'Opus Dei, et s'engagent au célibat, à la pauvreté et à l'obéissance, le service domestique est un accomplissement. Elles se sentent appelées par Dieu à suivre cette voie de don aux autres.

Comme les autres numéraires, elles vivent dans les maisons de l'Îuvre, recoivent un salaire mensuel et contribuent au soutien du travail apostolique avec cet argent.

Elena Muñoz, numéraire auxiliaire de 25 ans, technicienne en gastronomie, raconte qu'elle est venue étudier la première fois durant deux semaines à Portezuelo, un lycée technique de l'Opus Dei à Valdivia, dans le Sud du Chili, venu faire sa promotion dans son école. Séduite, elle a par la suite continué ses études à Fontanar, et un an et demi aprés le début de son cursus, elle demanda l'admission come numéraire auxiliaire, à 19ans. Ç Mes parents sont des gens catholiques et trés respectueux. Parfois ils ont du mal à comprendre le don total qu'implique ce chemin, mais ils savent que je suis heureuse dans mon travail d'auxiliaire. Tout se résume en une phrase: c'est servir par amour pour les gens. Ma récompense est que les personnes que je sers soient heureuses, qu'elles mangent bien, que le ménage soit bien fait. C'est ca qui me rend heureuse56 È.

56 Voir annexe n° 7

A Fontanar, en plus de la responsabilité et de la discipline, on met

l'accent sur des valeurs comme la joie, le respect pour les autres, la générosité, et bien sür la serviabilité.

Un point essentiel des valeurs de l'Opus Dei repose sur la séparation des sexes, le plus longtemps possible dans l'éducation des enfants, et adolescents. En effet, dans les colleges, ceux de la fondation Nocedal comme ceux qui appartiennent à la SEDUC, l'Opus Dei recherche une formation intégrale de la personne, qui implique notamment de permettre aux filles de développer la part de féminité qui leur correspond, selon les membres de l'Îuvre. Un des principaux arguments de la directrice de l'Almendral est que les éléves suivent notamment à partir de 13 ans une classe d' Ç éducation de caractére et d'affectivité È, l'équivalent d'une classe d'éducation sexuelle, avec un intitulé plus pudique pour ne pas choquer. On enseigne aux enfants comment le corps change, comment être une bonne personne, on leur parle des drogues, ou encore des tribus urbaines, qui sont un véritable phénomène au Chili, chez les jeunes de moins de 18 ans. Les prof esseurs ont pour consigne de promouvoir la chasteté, et de décourager l'usage du préservatif. De l'avis de tous les professeurs, ce cours serait plus facile à donner en présence d'un seul sexe. Selon Rosita Errázuriz, ce cours, et de maniére plus large, la transmission des valeurs au sein de l'Almendral, ont porté leurs fruits, puisque le taux de grossesse à l'école est trés bas, d'environ 2%, alors qu'à San Bernardo, dans certaines écoles, il atteint 25% pour des filles du même %oge (jusqu'à 15 ans).

La séparation aiderait par ailleurs les éléves à se concentrer sur leurs études, et permettrait de leur inculquer un véritable projet de vie, le plus rapproché de l'Opus Dei possible, bien entendu. Beaucoup de parents disent d'ailleurs confier leurs filles aux écoles de l'Opus Dei par peur des mauvais traitements, des intimidations qu'elles pourraient subir avec les garcons. La directrice avoue cependant qu'elle a elle-même fréquenté une école mixte, et n'a eu aucun probléme à s'y épanouir. Elle reconna»t également qu'on y apprend mieux à partager avec l'autre sexe. D'ailleurs, les numéraires qui décident de sortir de l'organisation, et il y en a beaucoup, se retrouvent totalement démunis dans leur relation avec le sexe opposé. Katixa Gallego confie, elle, qu'une fois sortie de l'Opus Dei, aprés cinq ans de vie dans un centre exclusivement féminin, et en ayant, avant cela, fréquenté une école de la SEDUC, elle a beaucoup peiné pour établir des relations stables d'amitié ou d'amour avec des hommes, et

aujourd'hui, deux ans après sa sortie, elle est toujours mal à l'aise en présence inconnus 57

d'hommes .

De même, il y a eu beaucoup de cas d'ex numéraires de sexe masculin impliqués dans des affaires de harcèlement sexuel, et de comportements pervers, selon Marcela Sa
·d, qui a pu établir des contacts avec trois d'entre eux au Chili. Effectivement, n'ayant jamais appris à se comporter avec les femmes, ils sont désemparés quand ils doivent agir seuls dans le vrai monde, sans que personne, et

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surtout pas San Josemar'a, ne le ur dicte ce qu'ils doivent faire .

Les valeurs qu'on trouve dans <<Le Chemin È, telles que l'obéissance <<ton devoir est d'être un instrument 59» le travail <<Une heure d'études, pour un apostolat moderne, c'est une heure de prière60 È ou la joie <<Mine allongéeÉmanières brusquesÉallure ridiculeÉaspect antipathiqueÉ est-ce ainsi que tu encourager les autres à suivre le Christ ?61 È sont sans cesse répétées, souvent dans les paroles de San Josemar'a, à tel point que quand les élèves les restituent, ils le font avec les mêmes exemples que ceux donnés dans << Le chemin È, et sous la même forme.

L'Îuvre a donc établi tout un réseau d'établissements éducatif destinés à une tranche de la population qu'elle ne touchait pas avec ses collèges et ses clubs de jeunesse, implantés dans les quartiers aisés. Le succès qu'elle rencontre dans les quartiers plus populaires montre que ces valeurs répondent à une demande du public.

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