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Savoirs et savoir- faire locaux face aux politiques agraires: diagnostic d'un système agraire dans un village Khamou ou du Nord Laos

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par Pierre- Yves Heurtier
Université Aix-Marseille 1 - Master 2 anthropologie sociale et culturelle 2006
  

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3.8. Religion :

La religion principale est l'animisme alors que la minoritaire est le Bouddhisme.

Un chamane khamou118 officie trois cérémonies communautaires et tente des guérisons à l'aide de plantes médicinales. Il demande chaque année aux esprits durant des cérémonies coutumières de protéger les cultures contre les prédateurs et de favoriser les plants cultiver pour avoir de bonnes récoltes. Il assure donc la fertilité du terroir en maintenant l'ordre entre les esprits, les ancêtres, les anciens et les jeunes villageois119. Il peut aussi faire passer des messages des esprits aux hommes. Ils les a reçu durant les rêves ou durant des méditations.

Le chamane habite au village avec sa famille jusqu'en juillet puis il part vivre en forêt pour

117 << Lao loum >> : les lao d'en bas, << Lao theung >> : lao de moyenne altitude, << Lao soung >> : lao du haut en langue lao.

118 legoune en langue lao.

119 << Les activités agricoles et leur formalisation juridique ne peuvent être considérées indépendamment d'un ensemble de << croyances >>, de représentations des relations entre l'homme et la nature d'une part, entre les vivants et les ancêtres d'autre part, auxquels sont liés des << actes >>, des pratiques rituelles >>. O. Evrard, 2001 : 167.

pratiquer des cérémonies, collecter des plantes, se lier aux esprits.

Les autorités ont désormais interdit de sacrifier des animaux, de les offrir en offrandes aux esprits tutélaires et de se servir de leur sang pour les cérémonies animistes. L'argument tient de l'hygiène et de l'économie des denrées alimentaires dans des régions pauvres, manquant surtout de viande. Le chef ajoute qu'aujourd'hui <<il y a un hôpital au village », marque d'une laocisation et d'un certain recul par rapports aux sacrifices animistes. Le chef <<comprend que le gouvernement demande de supprimer les anciennes croyances, surtout animistes. Il veut développer notre village ». Le chef et d'autres villageois sont << pour l'application de la direction du gouvernement ». Ces réduction des pratiques sacrificielles se rencontre chez tous les villageois relocalisés. Yves Goudineau120 faisait tout de même remarquer que ces sacrifices pouvaient être plus fréquemment pratiquées si les résultats des déplacements s'avéraient être des échecs au bout de quelques années.

Monsieur Mao est le chamane du village. Tous les villages voisins abritent aussi un chamane. Sa famille forme des chamanes de père en fils car ils auraient été les premiers, en 1969, à s'être installés à Bouamphanh sur le seul terrain plat du vallon, proche de la rivière.

Toutes les autres habitations sont sur les versants, près de la route par manque d'emplacements plats non utilisés par les cultures et proches de la <<petite rivière ».

Il effectue trois cérémonies villageoises pour << traiter respectueusement les esprits »121 et bénéficier de leurs bonnes grâces pour les récoltes.

Il a sa place au conseil des anciens qui décide et organise les attributions annuelles des parcelles, de l'installation de nouvelles familles au village...

Lorsque le conseil a accorder un emplacement pour le nouveau foyer, Monsieur Mao demande aux esprits d'accepter les émigrants, de ne pas leur créer de problèmes. La demande en aide n'existe pas. Seule une demande de non-intervention des esprits est effectuée.

Il connaît très précisément la faune et la flore médicinale sauvage, leurs combinaisons bénéfiques accompagnées des paroles sacrées. Il peut ainsi guérir traditionnellement certains villageois qui viennent le voire avant d'aller à l'infirmerie. Pour les maux de ventre, il utilise des plantes qu'il nomme en langue khamou coc boulr, coc tam ngoud ou cua fat en langue lao. Pour les fièvres et les maux de tête, il utilise calenglroï et pour empêcher la jaunisse des nouveau-nés, les femmes enceintes consomment du coc séé ou to bong122 en lao. Contre les venins de serpents, il a besoin de tchom home mélangé à sa salive et à une partie du poulet.

La première cérémonie qu'il effectue se déroule avant les travaux de coupe des parcelles villageoises. Il utilise pour cela deux poules et deux verres d'alcool de riz qu'il offre aux esprits mauvais123, aux esprits de la forêt124, du riz125 et des défunts126 afin de ne pas avoir d'accidents pendant la coupe des essarts.

120 Y. Goudineau, 1996.

121 Pooua phi en langue lao.

122 bambusa tulda

123 phi crouang en langue lao.

124 phi paa en langue lao.

125 phi krao en langue lao.

126 phi paèl en langue lao.

La seconde cérémonie se déroule lorsque les gerbes de riz sont à une taille approximative de 80 cm. Il utilise alors un cochon domestique et plusieurs pièces illisibles d'une ancienne monnaie. Cette cérémonie est encore un voeu collectif demandant aux esprits de faire de bonnes auspices. La troisième cérémonie se produit avant de récolter. Monsieur Mao a alors besoin de riz, des outils utilisés pour la récolte et des produits des essarts que les villageois déposent, durant l'officie, dans un panier installé sur une table basse.

Toutes ces cérémonies coûtent 10.000 kips par famille afin d'acheter les matériaux indispensables aux rituels (alcool de riz, poules, cochon...) et d'apporter un maigre don pour les propitiations de Monsieur Mao.

Toutes les cérémonies collectives s'effectuent en extérieur, dans deux lieux réservés aux rituels collectifs. La première cérémonie de la coupe se déroule dans la forêt-cimetière, près de la rivière, au sud du territoire, à cinq minutes des habitations et les deux cérémonies suivantes se déroulent près des champs, au nord du territoire, à 20 minutes de marche des habitations.

Durant les cérémonies et dans les lieux de leurs exécutions, les interdits touchant à la coupe et à la collecte du bois sont nombreux.

A chaque lieu cérémoniel, la coupe des arbres est traditionnellement interdite sur 0.5 hectare. Les lieux doivent garder leurs caractères traditionnels, le souvenir du passé. Ils doivent être l'espace de relation avec les esprits. Un lieu désertique, sans vie, sans lien avec le passé, n'aurait aucun intérêt.

Les Khamou portent un grand respect aux arbres anciens, aux lianes colorées qui tombent jusqu'à terre, aux troncs impressionnants par leurs tailles et les formes de leurs formes. Les oiseaux aiment y venir, y faire une chorale joyeuse dans les branches. L'arbre de Bouddha127 et d'autres espèces ligneuses sont des protégées. Certains Khamou, bouddhistes, y voient la présence de bons esprits. Ils apportent donc des présents aux pieds de ces arbres et demandent aux esprits de les laisser vivre en paix.

Les jours des cérémonies, aucune coupe ou collecte de bois n'est permise et les bois qui ont servi à transporter des morts ne peuvent plus être utilisés. Ils sont abandonnés en forêt.

Selon le jeune marié, un arbre spécifique, considéré comme sacré, abrite des esprits128. Les villageois y viennent lors des cérémonies communautaires ou lors d'occasions familiales pour apporter aux esprits qui l'habitent, respect, gratitude, reconnaissance et une bonne cohabitation. Lors de ces cérémonies publiques ou familiales, les villageois lavent l'écorce avec de l'eau, déposent des donations alimentaires, des offrandes à leurs pieds. Ces cérémonies particulières sont liées aux respects des tabous, des dates traditionnelles, du chamane, dans le but de ne pas contrarier les esprits. Ces derniers ne sont ni bons ni mauvais à l'origine mais peuvent devenir l'un ou l'autre selon l'attitude des villageois.

La peur des esprits dans les villages isolés a peut-être développé la solidarité, le communautarisme et la soumission des villageois aux forces invisibles. Les moyens de communications (pistes et engins motorisés relativement rapides, téléphones, télévision...) ont diminué les distances et ont pu faire s'amenuiser le sentiment d'isolement et son corollaire, la solidarité sécuritaire. La relation entre le sentiment de proximité et la réduction des solidarités n'est cependant pas certaine. Mon étude ne portant pas sur cette question, il serait préférable de

127 kok pho ou mac ral en lao, ton sal en thaï.

128 Nom de l'espèce non enregistrée.

ne pas débattre plus avant inutilement. Beaucoup de facteurs entrent en cause pour expliquer la réduction des solidarités villageois observées et enregistrées après entretiens.

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"En amour, en art, en politique, il faut nous arranger pour que notre légèreté pèse lourd dans la balance."   Sacha Guitry