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La problématique de la gestion post conflit au Niger. Analyse de la politique de réinsertion des ex-combattants Touaregs

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par Abdoul Karim SAIDOU
Université de Ouagadougou (Burkina Faso) - Diplôme d'études approfondies en droit public et science politique 2009
  

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Paragraphe 2 : Le règlement du conflit touareg

L'éclatement du conflit armé dans le nord Niger à partir de 1991 donna lieu à un processus de règlement qui fut très laborieux du fait de la pluralité des mouvements rebelles (A). L'analyse des différents Accords de Paix montre que le processus de paix est porteur d'une double signification politique (B).

A. Le laborieux processus de paix

La rébellion survint dans un contexte de contestation du régime autoritaire en place en proie à une crise de légitimité. Ces mutations politiques ont provoqué un affaiblissement de l'Etat. Certains événements tragiques comme les massacres des Touaregs à Tchintabaraden par l'armée, l'incapacité de la Conférence Nationale Souveraine2 à trouver des solutions au problème touareg ont précipité le déclenchement du conflit. Celui-ci fut surtout favorisé par l'existence d'entrepreneurs politiques touaregs qui ont instrumentalisé les problèmes du Nord avec le soutien actif de la Libye et de la France.

La publication en 1992 de Touaregs, la tragédie (Paris, Lattès) par Mano Dayak participe de cette propagande idéologique qui vise à fournir une lecture particulariste de la situation des Touaregs au Niger. Le soutien de la France à la rébellion s'expliquait en partie par la volonté d'affaiblir un Etat qui, depuis la Conférence Nationale, semblait acquis à des forces politiques anti-françaises. Le contexte géopolitique de l'époque fut en plus marqué par de nombreux théâtres de conflits qui favorisaient la circulation des armes.

A ces facteurs objectifs se greffaient des éléments de subjectivité. Celle-ci permet de «saisir ce qui fait sens» chez les combattants touaregs dans la perspective de la sociologie compréhensive. Les rapatriés touaregs rentrés au Niger à la faveur du décès du Président Kountché furent très vite désillusionnés par l'échec total de leur réinsertion sociale. Ces ishomars8, comme ils s'appelaient eux-mêmes, développaient une «frustration relative» (Ted Gurr) qui les

1 Officiellement, il y aurait eu 19 exécutions sommaires, 50 morts par torture. Les Touaregs parlent eux de centaines de morts. A l'origine de cette crise, les Touaregs rapatriés se plaignant des conditions de leur accueil, ont attaqué la Sous-Préfecture de Tchintabaraden le 7 mai 1990 faisant 3 morts parmi les Forces de Défense et de Sécurité, 3 morts dans la population civile et 4 blessés. Après quoi, l'armée a engagé une expédition punitive.

2 Les Touaregs avaient espéré, entre autres, que certains officiers des FAN qu'ils soupçonnaient d'être coupables dans l'affaire de Tchintabaraden, soient arrêtés et sanctionnés. Il s'agit, exemple, du colonel Mamadou Tandja, alors ministre de l'Intérieur et du Commandant Amadou Sofiani qui commandait la Zone de Défense N°1.

3 Il s'agit d'une déformation du mot « chômeur » pour désigner les touaregs désoeuvrés rentrés de Libye et d'Algérie.

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conduira à l'action armée. C'est ainsi que la thèse du complot de génocide contre les Touaregs fut développée. Pour la Rébellion, le retour des Touaregs réfugiés en Libye et en Algérie était interprété comme suit : « l'astuce des dirigeants de l'époque était simple, elle revêtait seulement un aspect trompeurpour attirer l'oiseau vers l'appât. Lorsque nous étions sur notre terre d'exil, le Niger ne peut avoir aucun contrôle sur notre révolution. Il fallait trouver un moyen de nous ramenerpour mieux nous contrôler, nous maîtriser et en fin nous détruire »1.

Pour résister à ce « complot» naîtront plusieurs Fronts armés touaregs dont le premier noyau fut le Front de Libération de l'Aïr et de l'Azawak (FLAA) de Rhissa Ag Boula créé le 19 octobre 1991. Ce Front connut un éclatement en 1993 avec la naissance en juin de l'Alliance Révolutionnaire pour la Libération du Nord (ARLN) d'Attaher Abdoulmoumin et en juillet du Front de Libération du Tamoust (FLT) de Mano Dayak. Ces trois Fronts armés se sont joints en octobre 1993 pour créer une large coalition, la Coordination de la Résistance Armée (CRA). Celle-ci va s'agrandir avec l'adhésion du Front Patriotique pour la Libération du Sahara (FPLS) de Mohamed Anacko issu d'une scission du FLAA et créé en janvier 1994.

Présidée par Mano Dayak, la CRA produit en février 1994 le Programme Cadre de la Résistance (PCR), document qui expose les revendications politiques de la Rébellion. Le Gouvernement de Transition issu de la Conférence Nationale opta pour un règlement pacifique du conflit à travers plusieurs appels à l'apaisement2. Grâce à la facilitation française, un accord de Trêve intervint le 1er juin 1993 avec le FLAA. Cet Accord fut reconduit le 11 septembre 1993 avec le seul FLT suite à l'éclatement du FLAA.

Le Gouvernement put rencontrer, grâce au concours d'un Comité de médiation constitué de la France, de l'Algérie et du Burkina Faso, l'ensemble des Fronts armés les 15, 16 et 17 février 1994 à Ouagadougou. Un premier Accord intervient le 9 octobre 1994 à Ouagadougou sur la base des documents produits par les deux parties, à savoir le PCR par la CRA et le Document de base du Gouvernement du Niger devant servir aux Négociations avec la Rébellion (DBGN). Dans cet Accord, la CRA renonçait au « fédéralisme » en faveur de la décentralisation telle qu'elle est consacrée dans la constitution du 26 décembre 19923. L'Accord définitif fut signé à Ouagadougou le 15 avril 1995, mais cette fois-ci avec l'Organisation de la Résistance Armée (ORA) présidée par Rhissa Ag Boula4.

D'autres dissensions internes conduiront à la création d'une autre coalition, l'Union des Forces de la Résistance (UFRA) présidée par Mohamed Anacko. Suite à un désaccord entre la Rébellion et le Gouvernement sur les questions de grades dans l'armée lors de la session du Comité de pilotage du 3 au 5 septembre 1997, l'UFRA reprit les hostilités. Ses combattants quittèrent les sites de cantonnement de Guirmat le 5 septembre. Cette coalition dissidente était

1 CRA, op cit, p. 21

2 C'est le 7 janvier 1992 que le gouvernement nigérien reconnut officiellement l'existence de la rébellion armée.

3 Pour d'amples précisions sur le processus de paix jusqu'en mars 1995, voir HCRP, Note sur la question de la Rébellion Armée, (mars 1995). Ce document fait le bilan de la mise en oeuvre de l'Accord de Ouagadougou du 9 octobre 1994 et analyse l'état de préparation des autres points à négocier, notamment la question de la réinsertion des combattants, la création d'une commission d'enquête sur les exactions commises à Tchintabaraden, les questions économiques et politiques etc.

4 L'ORA est constituée des mêmes Fronts que la CRA, le changement consiste au remplacement de Mano Dayak par Rhissa Ag Boula à la direction de la Coalition.

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constituée de trois Fronts, le Mouvement Uni Révolutionnaire (MUR), les Forces Armées Révolutionnaires (FAR) et bien sûr le FPLS1.

Une autre faction de l'ORA va se désolidariser des Accords de Paix en ressuscitant la CRA, il s'agit du FLT qui s'emploiera à créer d'autres Fronts dans l'Aïr. La nouvelle CRA se reliera aux Accords de Paix en mars 1996 à la faveur de l'avènement du Conseil du Salut National (CSN) le 27 janvier ayant renversé la 3e République de Mahamane Ousmane. Quand à l'UFRA, elle s'était entre temps alliée aux Forces Armées Révolutionnaires du Sahara (FARS), rébellion toubou opérant dans le Kawar (nord est) animée par Barka Wardougou et Chahaï Barkaï. La coalition UFRA/FARS fut ramenée dans le processus de paix avec le Protocole d'Accord Additionnel d'Alger, le 28 novembre 1997. Le dernier Accord avec la Rébellion Armée sera celui du 21 août 1998 avec le Front Démocratique pour le Renouveau (FDR), rébellion toubou du Manga (Est) dirigée par Issa Lamine.

Cette multiplicité d'acteurs a ralenti à maintes reprises le processus de paix. Car, comme le souligne Soumana Souley, cadre du HCRP, «l'éclatement de la structure originelle de la Résistance Armée (FLAA) en plusieurs autres Fronts au gré des divergences internes a rendu malcommode la gestion du processus en mettant le Gouvernement face à une multitude d'interlocuteurs »2. De par le contexte politique de leur conclusion, il faut préciser que l'avènement de la 3e République en avril 1993 a consacré l'ouverture d'une «fenêtre d'opportunité »3 (J. Kingdon) pour les acteurs des deux parties.

L'Accord du 9 octobre 1994 est issu d'un «couplage serré» entre le courant des problèmes et le courant de la politique. En effet, en dépit de l'ouverture au dialogue du régime de la Transition, le couplage avec le courant des problèmes était trop « lâche » pour permettre un Accord. Le courant de la politique était aussi traversé par des conflits au sommet de l'Etat entre le HCR et le Gouvernement, et aussi entre le pouvoir civil de manière générale et l'armée très hostile au dialogue avec la Rébellion.

L'installation d'un régime démocratique favorable au dialogue facilitera les négociations. Cette «fenêtre d'opportunité» s'agrandit avec l'avènement du Président Ibrahim Baré Maïnassara au pouvoir. Sa personnalité modérée, son fair-play ainsi que son pouvoir d'injonction sur l'armée furent déterminants. C'était lui qui ramena les coalitions UFRA/FARS et CRA ainsi que le FDR dans le processus de paix. C'était également sous son régime que les intégrations au sein des Forces de Défense et de Sécurité ainsi que dans les autres corps de l'Etat avaient démarré4.

Par ailleurs, il faut mentionner que les rebellions touarègues et toubous ont engendré la prolifération des Mouvements d'Autodéfense dans les communautés peulhs et arabes. C'est ainsi que naîtront dans le Manga, la Milice Peulh de Diffa et la Milice Arabe de N'Guigmi. Dans

1 L'UFRA fut créée à l'issue du Congrès de la Résistance tenu à N'Tatat les 6, 7 et 8 du mois de novembre 1996. Elle était initialement constituée de six (6) Fronts : APLN, ARLN, FFL, FPLN, MUR et FPLS. Le gouvernement nigérien lui accorde sa reconnaissance le 14 décembre 1996. Voir HCRP, Acte de reconnaissance, 14 décembre 1996.

2 Soumana Souley, «Gestion des conflits : le cas de la rébellion armée au Niger », Communication à la Conférence sur le thème «les tensions et conflits en Afrique de l'ouest : de 1900 à nos jours» organisée par MAPADEV, 29-30 novembre 2003, Niamey, Niger. P 17.

3 Vincent Lemieux, L'étude des politiques publiques : les acteurs et leurs pouvoirs, Québec, Les Presses de l'Université Laval, 2002, pp. 29-41.

4 Il faut préciser que l'ORA avait salué le Coup d'Etat du 27 janvier 1996. L'arrivée des militaires avait permis de débloquer le processus de paix bloqué par l'ORA qui refusait de transmettre les listes de ses combattants et de son matériel de guerre malgré les «pressions» du médiateur français. L'ORA transmis la liste de ses combattants le 29 mars 1996, soit deux mois après l'avènement du CSN. Voir HCRP, Lettre N°0308/HCRP/CT du 8 novembre 1996, p. 3.

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l'Azawak, deux Milices Arabes opéraient dans la zone de Tassara, le Comité d'Autodéfense (CAD) et le Comité de Vigilance de Tassara (CVT). Au total, le Niger a connu dans sa partie nord et est, onze (11) Fronts touaregs dont six (6) dans l'Aïr et cinq (5) dans l'Azawak1, deux rébellions toubous, à savoir les FARS dans le Kawar et le FDR dans la Manga. Au titre des Mouvements d'Autodéfense, trois (3) milices Arabes dont deux dans l'Azawak et une dans le Manga, et une milice peulh dans le Manga.

Ceci donne au total dix sept (17) structures armées, Fronts et Mouvements confondus, quatre régions directement affectées, l'Aïr, l'Azawak, le Kawar et le Manga et quatre groupes ethniques concernés, à savoir les Touaregs, les Arabes et les Peulhs et les Toubous. C'est à la lumière de ces processus et de ces réalités qu'il faut analyser les Accords de Paix.

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