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Peuples autochtones et droit au développement au Cameroun. Cas des pygmées Baka de l'est

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par Marielle KOLOKOSSO
Université catholique d'Afrique Centrale Yaoundé - Master en droits de l'homme et action humanitaire 2010
  

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B- L'acculturation progressive des pygmées baka

L'observation et les entretiens menées dans le village de Missoumé ont permis de percevoir l'impact des actions de développement sur la culture des baka. En effet, l'on assiste à un abandon progressif et bientôt total, de tout ce qui constituait la spécificité des baka. Dans plusieurs domaines, ils ont délaissé leurs pratiques pour adopter celles du groupe dominant. C'est ainsi que, concernant par exemple leur religion, les baka de Missoumé sont soient catholiques, soient membres de l'Assemblée chrétienne. Ils ont délaissé leurs religions pour épouser celle des « bienfaiteurs ». De plus, les baka s'expriment en majorité en français. Même lorsqu'ils se parlent entre eux, leur langue est diluée par l'utilisation récurrente du français. En parcourant le village, l'on peut écouter des femmes chanter en accomplissant leurs travaux journaliers, mais ce qui frappe c'est que les chants exécutés sont en français et sont des chants de louange à Dieu populaires. De plus, les baka vivent à la fois dans des huttes et des maisons en briques. Lorsqu'on leur demande ce qu'ils veulent, ils affirment qu'ils désirent habiter dans des maisons en tôles et en ciment, comme les bantous. En outre, le chef du village interrogé a affirmé qu'ils ne connaissent plus monter aux arbres les plus hauts, comme le faisaient leurs ancêtres. Les dents des générations récentes ne sont plus limées, car ils ne consomment plus de la viande de brousse comme auparavant.

Ces exemples démontrent que les nombreuses interventions visant le développement des baka ont conduit à des situations d'acculturation. Il existe plusieurs formes d'acculturation, mais pour cette étude, il sera nécessaire de s'intéresser à deux que présente Roger BASTIDE77(*). Cet auteur distingue ainsi l'acculturation forcée de l'acculturation planifiée.

En ce qui concerne l'acculturation forcée, les cultures jugées inférieures à la civilisation occidentale sont pressées d'abandonner leurs institutions, leurs idoles et l'ensemble de leurs « mauvaises habitudes » afin de se donner les moyens de partager le bonheur de l'occident. C'est une forme d'acculturation forcée parce qu'elle se réalise au bénéfice d'un seul groupe. Les collectivités touchées par ce processus voient les traits qui fondent leur identité menacés de disparition. Les individus qui les composent sont réduits à la condition de serf, taillables et corvéables à merci, après avoir été dépossédés de leurs biens. Mais, les collectivités qui affrontent cette situation possèdent un potentiel de résistance qu'il convient de ne pas négliger. Ces résistances témoignent de la vigueur des liens sociaux, et s'exprime clairement par la mêlée des traits indigènes à des éléments importés.

Quant à l'acculturation planifiée, elle intervient lorsque le processus de décolonisation est lancé. La colonisation engendre des hommes libres, mais dont l'identité culturelle est incertaine. Cherchant à se trouver et à se construire lui-même, l'homme décolonisé continue pourtant à se définir et à se conduire par rapport à une situation dont les effets n'ont pas totalement disparus. L'acculturation planifiée résulte souvent de la demande d'un groupe qui souhaite voir son mode de vie évoluer. Il s'agit en quelque sorte d'une déculturation voulue par une nation ou une société, et non imposée de l'extérieur.

De par cette analyse de Roger Bastide, l'on constate que les baka émettent eux-mêmes des demandes pour modifier leurs modes de vie et ils accueillent à bras ouverts tout organisme ou personne désireuse de les y aider. Mais l'acculturation que l'on croit planifiée ne s'avère être que forcée, car les besoins qui sont présentés par les baka proviennent au fond de la volonté des acteurs du développement, qui leur démontre au préalable que c'est ce qui est bien pour eux. Or, une des preuves que ces actions les minent est qu'ils ne s'y retrouvent pas. C'est pour cela qu'ils se livrent par exemple à de nombreuses perversions, telles que l'ivrognerie.

En définitive, l'on a pu constater tout au long de ce chapitre que les acteurs du développement des pygmées baka de l'Est Cameroun accordent une importance particulière à l'amélioration des conditions de vie des baka. Mais, ce faisant ils négligent d'y intégrer les baka dans la réalisation de leur développement du fait de leur marginalisation. Cela provoque des conséquences néfastes sur la vie entière des baka et sur ce qui constitue leur identité. L'on a pu constater que d'une part les pygmées baka de Missoumé étaient sujets à la dépendance vis-à-vis des donateurs, et d'autre part, étaient victimes d'une acculturation forcée qu'ils n'ont pas réellement choisi de vivre. Dans ce contexte, et au regard des textes internationaux et nationaux relatifs au développement des baka, il convient de présenter une esquisse de solution pour le fonctionnement du droit au développement chez les pygmées, dans le but d'obtenir son perfectionnement.

* 77 R. BASTIDE, Anthropologie appliquée, Paris, Payot, 1971

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9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.