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Usage des symboles dans Syngué Sabour Pierre de Patience d'Atiq Rahimi

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par Nadia Fatima Zohra SATAL épouse CHERGUI
Université Abdelhamid Benbadis Mostaganem - Algérie - Magistère, option sciences des textes littéraires 2011
  

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2-2- LECTURE DE LA SOCIALITÉ ET SYMBOLES

L'interprétation des symboles sous l'égide de la sociocritique nous permettra de voir comment l'oeuvre, voire l'auteur aurait mis les symboles au service d'une reproduction imaginaire de la société ? Ou encore, d'expliquer comment le texte, par le biais des symboles se serait reformulé la société dont son auteur en aurait une vision précise ?

Pour Goldman l'oeuvre littéraire exprime une vision du monde81(*), or cette vision est conditionnée par l'auteur de l'oeuvre et le groupe social dans lequel elle aurait été conçue. Goldman affirme que : « toute création culturelle est à la fois un phénomène individuel et social et s'insère dans les structures constituées par la personnalité du créateur et le groupe social dans lequel ont été élaborées les catégories mentales qui la structurent82(*) Ceci dit, la production littéraire n'est pas une création ex nihilo mais puise toutes ses raisons d'être de son auteur lui-même et du contexte social inhérent à sa production.

Une oeuvre littéraire renvoie également à un besoin ou à une nécessité sociale, nous dirons en ce sens, que l'oeuvre provient et revient à la société, dans la mesure où, elle tire toute sa problématique de la société dont elle se charge elle-même de communiquer. Duchet dira à ce sujet : « Il n'est point de fiction qui n'ait de compte à rendre au réel, qui ne rende compte du réel, pas de roman qui ne renvoie à son dehors, en lui inscrit. »83(*) D'où, nous aboutirons à formuler le postulat suivant : nous ne pourrions suivre l'étalement social dans l'oeuvre, sans cerner au préalable, l'environnement géographique, historique et social dans lequel l'oeuvre aurait vu le jour, un environnement, apparaissant lui-même dans le contenu de l'oeuvre en question.

Si l'oeuvre littéraire est censée reproduire la société dans sa fiction, comment Syngué sabour pierre de patience abrite-t-elle le social dans ses entrailles ?

La véritable Question sera de savoir : Quel enseignement de la société, les symboles de Syngué sabour Pierre de patience sont-ils supposés nous faire ?

Notre travail sera double, puisqu'il consistera d'une part, à étudier les sociogrammes qui circulent en médiation entre le réel et le fictif, et d'autre part, d'expliquer comment les symboles (du texte) prennent en main toute la manifestation de ces sociogrammes dans le roman.

Notre méthode et les outils théoriques auxquels nous aurons recours ainsi esquissés, nous pourrons à présent, passer à leur application proprement-dite sur notre corpus.

? Hors-texte de Syngué sabour Pierre de patience

Nous proposons, dans ce qui suivra, de mettre en avant les conditions dans lesquelles, Atiq Rahimi se serait forgé en tant qu'individu social et en tant que qu'écrivain, des conditions, dont notre corpus sera incontestablement tributaire. Corollairement, nous situerons l'oeuvre dans son milieu d'origine.

Afin de placer à juste titre le roman dans son cadre historico-géographique, nous nous en tiendrons aux quelques indices que proposent le texte.

Sur le plan géographique : Compte tenu du seul indice spatial que propose le texte « Quelque part en Afghanistan ou ailleurs » (11), nous pouvons supposer que le récit se déroule dans une ville d'Afghanistan, de ce fait, nous situerons les faits du roman comme se déroulant dans ce pays et par conséquent, les effets du hors-texte auxquels nous nous intéresserons seront ceux de l'Afghanistan.

Sur le plan historique : Les scènes de guerres décrites dans le récit, les bruits de bombardements qui y sont évoqués, les personnages (le mari blessé par balle, les soldats, le mollah), l'évocation de la guerre fratricide, nous permettent de situer les évènements dans la période de la guerre civile qui suivra incessamment le retirement des forces soviétiques du pays, cette période correspond à la fin des années quatre-vingt et les débuts des années quatre-vingt-dix. Lors de son monologue la femme déclare :

Il était fier de toi quand tu te battais pour la liberté(...) C'est après cette libération qu'il a commencé à te haïr, toi, mais aussi tes frères, lorsque vous ne vous battiez plus que pour le pouvoir (70).

? Conditions historico-géographiques

Situé au carrefour du Proche-Orient et de l'Asie, l'Afghanistan occupe une place géographiquement stratégique puisqu'il constitue un point de jonction entre l'Iran, la Chine, l'Inde et le Pakistan. Cet atout géographique lui vaudra la convoitise de plusieurs nations tout au long de son histoire.

En effet, l'histoire de ce pays demeure intrinsèquement liée à la guerre. l'Afghanistan fut un terrain de bataille pendant plusieurs siècles, il en restera marqué à jamais, depuis la conquête d'Alexandre le Grand (330 av. J.-C), aux invasions des Huns (IVe siècle de notre ère), des Arabes (651), des Turcs (980), des Moghols (1221), des Iraniens ( début du XVIIIe siècle), des Britanniques (1838), des Soviétiques (1979) et enfin des Américains (2001), le pays se voit perdu dans un tourbillon de guerre. Ces différentes incursions se répercuteront à tour de rôle sur la composition ethnique, linguistique et religieuse de l'Afghanistan.84(*)

À ces guerres entre nations viennent s'ajouter des guerres civiles entre les différents groupes ethniques afghans d'un côté, et entre les islamistes libéraux et radicaux d'un autre. En effet, après le retirement des Soviétiques du territoire afghan en 1989, des islamistes s'étaient révoltés contre le gouvernement communiste qu'ils avaient jugé trop libérale et anti-lois islamiques. En 1994, nait le taliban, un mouvement islamique radical, les talibans prennent les commandes du pays en 1996, et y instaurent un système religieux des plus radical où l'application de la charia est très rigoureuse85(*). Les mollahs du taliban mettent en place un code intérieur très strict duquel les interdictions et les châtiments représentent l'essentiel86(*). La discrimination de la femme et sa marginalisation caractérisent particulièrement leur règne, ces derniers vont exiger sous peine de mort aux femmes de :

- Porter obligatoirement le chadri87(*) ou la burqa.

- Ne plus exercer aucune pratique professionnelle.

- Ne plus fréquenter les écoles, seules les filles de moins de neuf ans peuvent avoir une éducation religieuse.

- Ne pas sortir sans-être accompagnée d'un muhrim (membre masculin de la famille).

- Interdiction de recevoir des soins médicaux de la part de médecins ou infirmiers hommes.

Toute enfreigne à ces lois entrainerait la femme et sa famille à des châtiments qui vont de l'insulte, au fouet, à la lapidation en enfin à la mort.88(*)

Sous l'emprise de ces milices d'intégristes islamistes, les femmes vont subir les conséquences des lois discriminatoires appliquées à leur égard. En effet, le régime mettra en place la loi du purdah qui consiste à maintenir les femmes prisonnières à l'intérieur de leurs maisons, cette réclusion sociale les astreindra à une effroyable oppression visant à les mettre sous une totale tutelle masculine où, elles n'auront pour rôle que l'assouvissement des pulsions sexuelles de ces hommes, elles constitueront pour ainsi dire, de véritables objets sexuels vivants89(*).

Afin d'instaurer dans sa totalité leur terreur, les talibans crée le ministère de la répression du vice et de la promotion de la vertu qui, représenté dans les rues par des partouilles guettant les réfractaires va engendrer un climat de peur et de terreur duquel, les afghans souffriront longuement. Les patrouilles du dit-ministère vont à la chasse des personnes qui ne se soumettent pas aux lois, des séances de lapidation ou d'exécution publiques ayant pour objectif de dissuader toute tentative de rébellion ou de révolte sont quotidiennement organisées.

Cette atmosphère de terreur affectera tout le peuple afghan mais, ce sont précisément les femmes qui en subiront les plus lourdes sanctions. Les Afghanes vont mener une vie particulièrement douloureuse à cause d'une constante crainte des violences infligées par les hommes.90(*)

Ces guerres vont faire des millions de victimes entre morts, blessés, veuves, orphelins et réfugiés. Le HCR (Haut Commissariat des Réfugiés) dénombrait 6.1 millions de réfugiés en 1989, 6.2 millions de réfugiés en 1990, 4.4 millions en 1993, 2,7 millions en 1997 répartis entre l'Iran, le Pakistan et l'Inde. Ces statistiques placent les afghans en première position de réfugiés dans le monde. 91(*)

C'est dans ces mêmes conditions qu'évoluera l'auteur du roman, né en 1962, Atiq Rahimi aura vécu sous l'oppression soviétique d'abord, et aura côtoyer les horreurs infligées par la guerre civile ensuite.92(*)

À l'instar de ces millions d'Afghans, Atiq Rahimi a été contraint à l'exil et à chercher refuge dans un pays autre que le sien. En effet, après l'arrestation et l'emprisonnement de son père suite au coup d'état de 1973, Atiq Rahimi devra prendre la fuite pour l'Inde, dès son plus jeune âge (11ans), faute de visa, le jeune garçon est obligé de rentrer en Afghanistan.

En 1984, voyant l'état de son pays se détériorer de pire en pire, Rahimi fuit son pays pour le Pakistan, il y séjournera un an, puis, demandera l'exil politique à la France qu'il rejoindra dès 1985. L'auteur vit depuis, à Rouen.

C'est ce hors-texte jalonné de guerre, de terreur et d'exil qui aura favorisé l'écriture du roman Syngué sabour Pierre de patience. C'est ce hors-texte encore qui, favorisera l'apparition des sociogrammes de la guerre, de la religion, de l'oppression et du mutisme dans le discours social de l'Afghanistan.

Nous choisissons d'étudier trois sociogrammes : Le sociogramme de l'oppression et le sociogramme de la guerre qui, aboutiront par la suite à un autre sociogramme, celui du silence comme conséquence infaillible des deux premiers. Notre étude déterminera la manière avec laquelle, ces sociogrammes configurent leurs thématiques dans le texte, grâce aux symboles que nous avons préalablement relevés.

Nous considérons le tableau ci-dessous comme la répartition des symboles observés, selon leur attachement à l'un des sociogrammes sélectionnés.

 

Sociogramme de l'oppression

Sociogramme de la guerre

Sociogramme du silence

Au niveau syntagmatique

-Le chapelet.

-Le Coran.

-L'appel à la prière.

-Le sang

-La plume de paon (marque page).

-Le souffle de l'homme.

-Le sang.

-L e corps blessé de l'homme.

-Le rideau aux motifs d'oiseaux migrateurs.

-La pierre de patience.

Au niveau paradigmatique

-L'anonymat de la femme.

-Omniprésence de l'homme dans le récit.

- Un espace clos : la chambre

 
 
 

2-2-1- SOCIOGRAMME DE L'OPPRESSION

L'histoire de l'Afghanistan rend inévitable le fait d'aborder le sociogramme de l'oppression dans le discours social afghan des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. La naissance de plusieurs groupes islamiques radicaux, l'avènement du taliban au pouvoir, l'établissement d'un gouvernement islamique strict, la mise en oeuvre d'un code appliquant fanatiquement la charia, vont vite faire état de réels constituants décisifs du vécu en Afghanistan, les manifestations discursives vont être considérablement imprégnées de ce sociogramme et en feront un thème principal. La fiction et plus précisément, notre corpus Syngué sabour Pierre de patience réinscrit ce sociogramme et le rethématise dans son contenu. Les personnages, le temps, l'espace, représenteront chacun un lieu de reconfiguration du sociogramme de l'oppression au sein du roman.

? La symbolique des personnages

L'héroïne « la femme » vit sous l'oppression, son statut, ses actions et ses propos en sont manifestement caractérisés. Le récit fait par ce personnage nous plonge dans un univers où, tout semble venir d'un autre ordre que celui que nous connaissons. Le personnage de « la femme » donne l'impression d'être tombé d'un ailleurs, ressemblant bien, à celui que le taliban a réservé (pour leur propre service) aux femmes sous le nom de la religion :

« La femme » est contrainte à réguler sa vie selon deux modes : Celui de la religion et celui de l'homme (le mâle). Toute son existence a l'air de se mouvoir autour de ces deux principes.

D'abord, « la femme » est un personnage astreint à vivre dans l'anonymat puisqu'elle n'a aucune identité, aucun nom. Sans cesse, elle sera nommée « la femme »93(*) sans plus. Son nom n'a peut-être pas d'importance ou que simplement un nom ne différencierait en rien la condition d'une personne opprimée ; que ce soit elle ou une autre ça restera toujours « la femme », une femme, la soumise, l'oubliée, toutes pareilles, partageant le même calvaire de l'exclusion. C'est ce statut perdu, cet effacement social, c'est cette réduction au néant qui, symbolise toute l'existence de la femme dans ce pays. Fidèlement, l'image que reflète le personnage « la femme », résume dans sa totalité la marginalisation et l'abnégation dans lesquelles vit la femme en Afghanistan. L'auteur a choisi de mettre en avant de la scène « la femme », elle est là, elle veille sur son mari, le soigne, lui parle, sans pour autant la nommer. Rahimi crée un personnage duquel, il ne propose qu'une référence générale (la femme) pour représenter toutes les Afghanes qui, sous un système radical, masculin, révoquant toute participation de la femme dans la société, les condamne à vivre dans le reniement. L'anonymat de « la femme » dans le roman représente la réclusion de la femme au sein de la société afghane. En omettant de lui donner un nom, l'auteur symbolise l'état d'insignifiance réservé aux femmes sous les talibans, il représente la position avilissante des femmes en Afghanistan par la non-attribution d'identité à l'héroïne.

Cette minimisation est infligée aux femmes par la gent masculine, dans la vie (dans un pays pareil à l'Afghanistan) comme dans la fiction ; une femme n'est que l'esclave de son homme, elle a le devoir de le servir et de le préserver de tout effort ou désappointement.

La vie de l'héroïne témoigne de cet asservissement et de cette infinie dépendance à l'égard des hommes. « La femme » ne va être qu'un accessoire sexuel de l'homme, c'est un bout de chair qui lui procure du plaisir et qui lui permet de se dégager de ses frustrations en le maltraitant et en lui infligeant les pires sévices. Consciente de son malheureux état, elle s'écrie dans le récit de ses souvenirs : « Pour me demander de me couvrir, tu criais : Cache ta viande ! En effet, je n'étais qu'un morceau de viande...Rien que pour la déchirer, la faire saigner ! » (130).

Elle-même est convaincue de son infériorité par rapport au mâle, elle est persuadée qu'elle n'existe que pour lui procurer du plaisir, et qu'il relevait de sa nature-même de femme de se consacrer à son bien-être à lui, certaine que la jouissance ne pouvait être que masculine, elle s'était dit : « Même quand je te voyais, toi, être le seul à jouir, ça ne me déplaisait pas du tout. Au contraire, je m'en réjouissais. Je me disais que c'était cela notre différence. Vous les hommes, vous jouissez, et nous les femmes, nous nous en réjouissons. Cela me suffisait » (123).

Dans cette atmosphère de contrainte masculine, une femme se doit de garantir la reproduction, elle est dans l'obligation d'assurer une progéniture à l'homme, « faire des enfants », c'est là, sa principale fonction, faute de quoi, elle ne servirait à rien et serait bonne à se laisser mourir. Se rappelant de sa tante chassée par son mari car elle n'était capable d'enfanter, « la femme » raconte : « Ma tante n'a pas pu enfanter pour lui. Je dis bien pour lui, car c'est ce que vous les hommes, avez dans la tête. Bref, ma tante était stérile. Autrement dit : bonne à rien » (102).

Pire encore, la crainte de se retrouver répudiée par son mari, reniée par sa famille comme sa tante, mènera « la femme » à chercher impérativement un moyen de donner naissance à un enfant quitte à commettre l'adultère. En effet, se rendant compte du risque qu'elle encourait après deux ans de mariage sans enfants, l'héroïne eut recours dans une ultime tentative à avoir une relation sexuelle hors-mariage dans le but de tomber enceinte, ce qui arriva puisque finalement, c'était le mari qui était stérile. Cette absurdité n'est pas le résultat d'un amour envers « l'homme », mais c'est bien la peur de se retrouver seule, démunie et sans ressources qui animait cette action. « La femme » craignait de se retrouver mendier dans les rues ou se prostituer comme la tante, elle savait qu'elle n'avait de raison d'être sans un mari, sans homme.

Elle se justifie :

« Mais tout ce que j'ai fait, c'était pour toi...pour te garder » (...) « J'ai tout fait pour que tu me gardes. Non pas uniquement parce que je t'aimais, mais pour que tu ne m'abandonnes pas. Sans toi, je n'avais plus personne, J'aurais été bannie par tout le monde. » (80).

Si « la femme » se sent aussi minime, aussi démunie face à « l'homme », c'est parce qu'au fond d'elle, cet homme est son dieu, elle doit le servir, le respecter, le vénérer.

En le prenant pour époux, elle s'était convaincue que son homme ressemblait à dieu qui, en dépit de son absence, demeure aimé et vénéré, faisant un pas arrière vers ses souvenirs, elle raconte : « C'était beau pour une jeune fille de dix-sept-ans de se marier avec un héros. Je me disais : Dieu aussi est absent, pourtant je l'aime, je crois en lui... » (69).

Et même son état atone ne la dissuade pas du statut divin de son mari, elle y trouve même un lien de ressemblance, elle en dira : « Regarde-toi, tu es Dieu. Tu existes, et tu ne bouges pas. Tu entends, et tu ne parles pas. Tu vois, et tu n'es pas visible ! Comme Dieu, tu es patient, paralytique » (152-153).

Pour cet homme-dieu, « la femme » ne pourrait qu'éprouver soumission et allégeance, sa position d'infériorité par rapport à lui l'emmène à tout lui excuser, même en se faisant tuer par son mari, l'épouse ne montre qu'obédience.

Dans une violente scène où l'homme se réveille et s'apprête à achever « la femme », cette dernière s'écrie : « merci Al -Sabour ! Je suis enfin délivrée de mes souffrances », et enlace les pieds de l'homme (153-154).

Ensuite, de ses droits élémentaires, l'homme privera cette « femme » ; sa vie ne lui appartient pas, mais appartient à « l'homme » le mari. C'est premièrement à sa respiration qu'elle devra céder, elle n'a pas le droit de respirer comme elle l'entend, mais, elle se voit obligée de substituer le souffle du mari mourant à sa respiration, elle apprendra à respirer à la même cadence que lui puisque tout compte fait, elle n'a de raison d'être sans lui. Depuis que « l'homme » est blessé, l'épouse cesse de vivre, de respirer et ne vit plus, que pour lui. Le fait qu'elle ait régulé sa respiration au souffle de son mari, symbolise ô combien sa vie est banale par rapport à celle de « l'homme », ça représente également le degré de dépendance qui la lie fatalement à cet homme. Dans son monologue avec le corps inerte du mari, elle déclare :

« Seize jours que je vis au rythme de ton souffle. » Agressive. « Seize jours que je respire avec toi. »... « Même si je n'ai pas la main sur ta poitrine, je peux maintenant respirer comme toi. » (20).

Nul besoin d'être à ses côtés pour respirer comme lui, elle s'était d'emblée, corps et âme consacrée à lui, quand elle était ailleurs qu'à son chevet, elle comptait en elle le nombre de souffles qu'il ferait en son absence, un sentiment d'omniprésence de « l'homme » dans la vie de l'épouse est créé par cet étrange substitution, ainsi, nous l'entendrons dire : « Je peux même te dire qu'en mon absence, tu as respiré trente-trois fois. » Elle s'accroupit. « Et même là, en ce moment, lorsque je te parle, je peux compter tes souffles. » (21).

Ce dévouement envers « l'homme » a pour origine le sentiment de « la femme » d'être coupable, elle est seule responsable de ce qui arrive autour d'elle : si le mari ne se rétablit pas, c'est de sa faute à elle, s'il reste cloué au lit aussi longtemps, c'est qu'elle a sans doute failli quelque part. Continuellement réprimandée par sa famille, par son mari et par le mollah, elle se convint de sa culpabilité, c'est ce que ne cesse de lui répéter le mollah : « ...ce crétin de mollah viendra te rendre visite et, comme toujours, me fera des reproches, parce que, dira-t-il, je ne me suis pas bien occupée de toi, je n'ai pas suivi ses instructions, j'ai négligé les prières...Sinon tu guérirais ! », dira-t-elle (22).

Et comme pour justifier son tort, elle ajoute en s'adressant au corps inerte de son mari : « Mais toi, tu es témoin. Tu sais que je ne vis que pour toi, auprès de toi, avec ton souffle ! » (22).

Sa culpabilité l'oblige à souffrir à la place de « l'homme », lui est fort, infaillible, il est maitre, il a raison, rien ne l'atteint, pas même la douleur procurée par cette balle logée dans sa nuque, en appuyant sur la blessure de son mari, « la femme » s'étonne : « Tu ne souffres même pas ?! » (34). De cette souffrance, « l'homme » a toujours été préservé car « la femme » est son souffre-douleur, elle est apte à encourir tous les maux à sa place, elle s'exclame : « Tu ne souffres jamais ! Tu n'as jamais souffert ! Jamais ! »... « Même blessé, tu es épargné par la souffrance. »... « Et c'est à moi d'en pâtir ! C'est à moi d'en pleurer ! » (34).

Si elle souffre à sa place, c'est pour compenser son tort commis depuis l'aube de l'existence, elle est coupable du pêcher originelle qu'Eve a contribué à commettre, n'est-ce pas elle qui incita Adam à commettre l'interdit ? Ne revient-il pas à ses descendantes de rendre justice à l'homme en se sacrifiant à lui ?

En fait, « la femme » représente toutes les femmes qui, accusées d'avoir enfreint, doivent payer de leur existence et se sacrifier pour dédommager du mal qu'elles auraient causé à l'homme, c'est ce que « la femme » sait profondément, elle explique : « ...ce que je fais, c'est la voix d'en haut qui me le dicte, que c'est elle qui me guide. Cette voix qui émerge de ma gorge, c'est la voix enfouie depuis des milliers d'années. » (147).

C'est le personnage de « la femme » inconnue, coupable, négligée, martyrisée, forcée, contrainte, effacée, oubliée, réduite au néant qui, symbolise toutes ces afghanes, martyrs de l'homme qui, sous l'ordre des talibans ne prennent part à la vie qu'en se servant de leurs corps comme lieu du défoulement sexuel de l'homme ou encore comme matrice de son enfant.

Le don du souffle, représente le sacrifice que, la femme doit faire pour satisfaire l'homme, en substituant le souffle de « l'homme » à son propre souffle, l'épouse fait don de son âme et de sa vie à son mari. Cet acte symbolise toute la soumission de la femme à l'homme et rend perceptible le degré du dévouement et de l'abnégation féminins face à celui de la domination masculine.

Outre son attachement au mari, « la femme » semble très attachée à la pratique de la religion, continuellement, nous la verrons prier, égrener son chapelet et réciter l'un des noms de dieu. La prière va prendre l'accent d'un emploi cyclique dans le récit, l'héroïne est sans cesse occupée à prononcer un nom de dieu en tirant un par un les quatre-vingt-dix-neuf grains du chapelet, ce n'est que la prière qui entrave cette pratique devenue machinale :

Un long silence. Presque cinq tours de chapelet. Cinq tours durant lesquels la femme reste colée contre le mur, les yeux fermés. C'est l'appel à la prière de midi qui l'arrache de sa torpeur. Elle prend le petit tapis, le déplie et l'étale par terre. Entame la prière (22-23).

Tel un refrain, ces actions vont se répéter dans le récit, il n'est pas étonnant de rencontrer constamment la réplique suivante :

Elle prend le petit tapis, le déplie et l'étale par terre. La prière du matin faite, elle demeure assise, prend le Coran, l'ouvre à la page marquée d'une plume de paon qu'elle enlève et garde dans la main droite. Avec sa main gauche, elle égrène le chapelet. Après la lecture de quelques versets, elle glisse la plume, referme le Coran... (32-33).

Cependant, ce grand attachement à la religion semble-être forcé, il ne relève pas de la propre conviction des personnages, mais a bien l'allure d'une pratique obligée, plusieurs manifestations en font preuve. 

Exaspérée par l'obligation de devoir tout le temps réciter et prier, la femme s'exclame : « Je n'en peux plus... » Abattue. « Du matin au soir, réciter sans arrêt les noms de Dieu, je n'en peux plus ! » (20). Son invocation de dieu ressemble bien plus à une ennuyeuse litanie qu'à autre chose.

Lassée de ses impératifs, elle se désole : « Je n'ai plus le courage de réciter les noms de Dieu... Dieu soit loué...il te sauvera. Sans moi. Sans mes prières...il le doit » (36).

Ras le bol du mollah qui s'obstine à tout expliquer et à tout résoudre par la religion, elle ajoute en récriminant :

 « C'est tellement facile de dire qu'il faut réciter quatre-vingt-dix-neuf fois par jour l'un des quatre-vingt-dix-neuf noms de Dieu...Et cela pendant quatre-vingt-dix-neuf jours ! Mais ce crétin de mollah ne sait pas ce que c'est d'être seule avec un homme qui... » (22).

D'ailleurs, elle le hait ce mollah, elle le nommera toujours « le crétin ».

Voyant son récit interrompu par l'appel à la prière elle rouspète : « Mais déjà, de quoi est-ce que je te parlais avant que ce crétin de mollah ne braie ? » (101).

Elle le hait car il représente cette religion de contrainte, c'est lui qui l'oblige à faire la prière, c'est lui encore qui a exigé d'elle de réciter les noms de dieu à longueur de journée et c'est lui qui la blâme à chacune de leur rencontre pour s'être mal conduite envers son mari ou pour avoir mal accompli la prière. Voulant se débarrasser de ces obligations, elle lui mentira en prétextant qu'elle a ses règles, elle confie à son mari : « Tout à l'heure, c'était le mollah. Il est venu pour notre séance de prière. Je lui confiais que depuis hier j'étais devenue impure, que j'avais mes règles (...) bien sûr, je lui ai menti » (41-42), s'étant délivrée grâce à ce mensonge de ses contraintes, elle se passe volontiers de la prière et du chapelet, ce mensonge fera en sorte qu' : 

Elle ne reste pas auprès de son homme.

Elle ne met plus sa main droite sur la poitrine de son homme.

Elle n'égrène plus le chapelet noir au rythme de la respiration de son homme.

Elle s'en va.

Elle ne repasse qu'avec l'appel à la prière de midi, non pas pour reprendre le petit tapis, le déplier, l'étaler par terre et faire sa prière (39).

Le mollah lui-même, n'est pas vraiment pieux, alors qu'il est censé représenter sagesse et dévouement religieux, il n'hésite pas à raccourcir la prière pour échapper à la pluie : « La voix du mollah, récitant les versets du Coran pour l'enterrement, s'efface sous la pluie. Le mollah élève le ton, accélère la prière pour en finir au plus vite » (89). Lui aussi n'est pas tout à fait consentant, il vit sous la peur, il a peur d'être tué, nous le percevons à travers les propos de « la femme » dans ce qui suit : « Le mollah ne viendra pas aujourd'hui », dit-elle avec un certain soulagement. « Il a peur des balles perdues. Il est aussi lâche que tes frères » (28).

Nous apprendrons aussi que le mollah n'a pas toujours été aussi arrogant, pas aussi fanatique, mais qu'il était bien moins hostile, c'est la guerre civile qui le fit changer.

Parlant du mollah, « la femme » raconte : « Avant il n'était pas comme ça, on pouvait plaisanter avec lui. Mais depuis que vous avez proclamé cette nouvelle loi dans le pays, lui aussi a changé. Il a peur le pauvre » (41).

Cette loi est celle du djihad à laquelle, des milliers d'Afghans seront amenés à participer afin d'assurer la prise du pouvoir aux partis islamistes. Contraints à s'engager dans des milices terroristes, c'est contre leurs frères qu'ils prendront les armes, Ramazan Bachardoust (ancien ministre du plan en Afghanistan) explique que : « Les partis islamiques, étrangers à la société et au peuple afghan, qui ont fait le « jihad » pour la conquête du pouvoir politique ne l'auraient donc pas fait pour Dieu mais pour les postes présidentiels et ministériels. C'est pourquoi ils se sont battus à mort dès 1992, pour occuper et conserver le pouvoir [...] sa foi soit utilisée comme instrument pour satisfaire les intérêts d'hommes sans foi, ni loi. »94(*) Et c'est également, cette même loi qui alimente toute la peur du mollah qui, contraint à faire l'appel au djihad lors de son prêche, le fait d'un ton caractérisé par la crainte :

Après l'appel à la prière (...) Il s'arrête et reprend très vite avec une voix apeurée : Chers fidèles, comme je vous l'ai toujours indiqué, le mercredi est un jour où, selon le hadith de notre Prophète, le plus noble, il ne convient ni de pratiquer la saignée, ni de donner, ni de recevoir. Cependant, l'un des hadiths, rapportés par Ibn Younès, dit que lors du Djihad on peut y avoir recours. Aujourd'hui, votre frère, le vénérable Commandant, vous munit d'armes pour que vous défendiez votre honneur, votre sang, votre tribu ! »

Dans la rue, les hommes s'époumonent : « Allah-o Akbar ! » Ils courent. « Allah-o Akbar ! » Leurs voix s'éloignent, « Allah-o ... », et s'approchent de la mosquée, raconte le narrateur (39-40).

Autant de personnages vivant sous l'oppression et la terreur créées par un système islamique d'un côté et par la guerre d'un autre, se seront fait entendre dans le roman. Mais, c'est surtout le personnage de « la femme » qui s'en est le plus marqué. C'est la femme afghane humiliée, brutalisée, éteinte qui sera symbolisée dans le roman par la non-identité. C'est aussi cette même femme, esclave de l'homme, totalement pliée à l'autorité masculine qui sera symbolisée par le don du souffle.

? La symbolique du temps

Deux temps vont cohabiter dans le récit : un temps du dehors et un temps du dedans. Le temps est tout aussi affecté par l'omniprésence de « l'homme » le mâle et celle de la religion.

Dehors ce sont les appels à la prière et les prêches du mollah qui rythment le temps. De la chronologie du récit, nous n'aurons comme indices, que le temps qui sépare les appels à la prière ou les prêches du mollah qui correspondent chacune à un jour précis. Si le temps est régi de cette manière, c'est pour exprimer le poids que pèse la religion dans ce pays, importe peu, l'heure, le jour ou l'année, la seule vraie référence demeure la religion. L'héroïne, pas plus que nous, n'a d'informations temporelles que ce que lui apportent les dires du mollah, assise après la prière, elle écoute le prêche du mardi :

« ... et aujourd'hui est un jour de sang, car c'est au cours d'un mardi qu'Eve a perdu, pour la première fois, du sang pourri, que l'un des fils d'Adam a tué son frère, qu'on a tué Grégoire, Zacharie et Yahya - que la paix soit sur eux -, ainsi que les sorciers de Pharaon, Assaya Bent Muzahim, l'épouse de Pharaon, et la génisse des enfants d'Israël.. », explique le mollah (23).

C'est encore le mollah qui, nous dira que c'est un mercredi : « la voix éraillée du mollah invoque Dieu afin qu'il accorde sa protection aux fidèles du quartier en ce jour de mercredi. » (39).

À l'intérieur de la chambre, c'est un autre temps que « la femme » s'est créé, c'est celui auquel, elle s'était depuis toujours accoutumée ; pour elle, le temps est équivaut à deux priorités : « l'homme » et ses souffles d'une part, et la religion d'une autre.

Les séquences du récit seront, ainsi, séparées par des phrases telles que : « Après trois tours de chapelet, deux cent soixante-dix souffles, elles sont de retours » (24), ou : « En moins de cinq souffles, elle revient avec la lampe-tempête » (32), tout au long de l'histoire, c'est ce genre d'expressions qui animent le temps et marquent la durée qui séparent les actions des personnages et notamment celles de l'épouse.

Simultanément aux souffles de son mari, « la femme » égrène un chapelet et récite les noms de dieu ; là voilà qui invoque Dieu : « « Al-Qahhâr », répète-t-elle. Elle le répète à chaque respiration de l'homme. Et à chaque mot, elle fait glisser entre ses doigts un grain de chapelet. » (17).

Dans cette chambre, le temps n'est pas ordinaire, pas commun, un temps où il n'est plus questions de mesures temporelles connues mais, où il s'agit d'un ordre différent de références chronologiques. Etrangement, les tours de chapelet, les noms de dieu inscrits sur la page de garde du Coran prennent les rênes du temps et en déterminent la durée.

Le temps est singulièrement pris en charge par des symboles religieux : Ce ne sont plus les jours, les heures et les minutes qui forment le temps, mais, c'est le chapelet noir, le livre saint et les quatre-vingt-dix-neuf noms de dieu qui le régissent dans la vie de cette « femme ».

Dans son monologue, l'héroïne déclare que son temps n'est pas celui que tout le monde connait : « Mes journées, je ne les divise plus en heures, et les heures en minutes, et les minutes en secondes...une journée pour moi égale quatre-vingt-dix-neuf tours de chapelet ! », avoue-t-elle (21).

Un souffle correspond à un grain de chapelet, un tour de chapelet correspond à quatre-vingt-dix-neuf souffles de l'homme et quatre-vingt-dix-neuf fois un nom de dieu, quatre-vingt-dix-neuf tours de chapelet correspondait à une journée, voilà comment « la femme » répartissait son temps, aussi compliqué soit-il, elle s'en servait pour organiser sa vie, elle parvint même à prévoir à quel tour de chapelet arriveraient certains évènements futurs, elle calcule :

« Je peux même te dire qu'il reste cinq tours de chapelet avant que le mollah fasse son appel à la prière (...) Au vingtième tour, le porteur d'eau frappera à la porte des voisins. Comme d'habitude, la vieille voisine à la toux rauque sortira pour lui ouvrir la porte. Au trentième, un garçon traversera la rue sur son vélo (...) Et lorsque j'arriverai au soixante-douzième tour, ce crétin de mollah viendra te rendre visite » (21-22).

Aux tours de chapelet, viennent se suppléer les noms de dieu, depuis que « l'homme » a reçu cette balle, « la femme » implore dieu pour qu'il le guérisse, en suivant les recommandations du mollah, elle récite chaque jour l'un de ces noms. Elle comptera ainsi les jours, en les faisant correspondre à un nom divin. Le récit commence seize jours après l'accident de l'homme, si l'héroïne le sait, c'est parce qu'elle est en train de répéter le seizième nom de dieu : « Al-Qahhâr, le Dominateur. » (20). Grâce au classement des noms de dieu inscrit sur la page de garde du Coran, l'héroïne arrive à se situer dans le temps, c'est là, son calendrier, son repère, doutant du nombre de jours qui s'étaient écoulés depuis que son homme était blessé, elle vérifie :

« Cela fait seize jours... », hésite, « non... » et compte sur ses doigts incertains.

Confuse, elle se retourne, revient à sa place pour jeter un regard sur la page ouverte du Coran. Elle vérifie. « Seize jours...aujourd'hui c'est le seizième nom de Dieu que je dois citer. Al-Qahhâr, le Dominateur. Voilà, c'es bien ça, le seizième nom... » Pensive. « Seize jours ! » (20).

Puis, c'est à « Al-Wahhâb, le donateur » qu'elle s'adresse, Al-Wahhâb, dix-septième nom, dix-sept jours que dure son malheur, nombreux seront les noms que nous rencontrerons, l'héroïne invoquera « Al-Mou'akhir » (131), « Al-Jabar », « Al-Rahim » (148) et enfin, elle conclut avec le quatre-vingt-dix-neuvième nom « Al-Sabour, le Patient » (152), dernier nom avec lequel, elle achèvera son imploration, mais aussi, avec lequel s'achèvera sa vie et le récit avec.

La perte de la plume de paon, un marque-page que l'héroïne utilisait en lisant le Coran et en citant les noms de dieu constitue un point culminant, le paroxysme de sa souffrance, c'est le moment où la femme perd tout repère et orientation dans le temps puisque le livre sacré était lui-même sa seule référence temporelle.

La manière avec laquelle, des symboles religieux tels que le chapelet, la page de garde où sont inscrits les quatre-vingt-dix-neuf noms de dieu ou les appels à la prière, expriment le temps et le manient, permet de cerner la charge qu'exerce la religion au sein du roman. En effet, si le temps est introduit grâce aux symboles précités (des symboles qui marquent nettement leur attachement à la religion), cela, ne peut que traduire de la présence continuelle de la religion, la vie des personnages se trouve conditionnée par cette donnée, représenter le temps par les tours de chapelets ou par un nom de dieu revient à indiquer l'omniprésence de la religion dans la société, son ancrage est tel, que les personnages en font usage comme unique repère. Pareille au temps, la religion est là, ne pouvant-être arrêtée ni dépassée, elle rythme leurs vies et en constitue l'axe de rotation. Instant par instant, elle gouverne d'une main de fer leurs destinées.

? La symbolique de l'espace

L'héroïne est condamnée à l'emprisonnement, celui de sa maison, de sa chambre, elle demeure enfermée dans cet espace clos où, l'extérieur n'est introduit que par les appels à la prière et par les prêches du mollah. L'unique espace qui accueillera le récit est cet espace barricadé, fermé ; une petite chambre où tout est condamné à l'intériorité, tout est cloitré, arrêté là-dedans, rien n'échappe, les seules attaches avec le dehors sont apportées par les voix de la religion. Cet enfermement que rien ne vient perturber à part la religion, symbolise l'extrême domination pratiquée sous l'angle de la religion sur les femmes.

* 81 Goldman, Lucien. Le Dieu caché : étude sur la vision tragique dans « les pensées » de Pascal et dans le théâtre de Racine. Paris : Gallimard, 1976, p. 28.

* 82 Id., Marxisme et sciences humaines. Paris : Gallimard, 1970, p. 27.

* 83 Duchet, Claude, « Réflexions sur les rapports du roman et de la société », Roman et société. Publications de la société d'histoire littéraire de la France. Paris : Colin, 1973, p. 64.

* 84 Balland, Daniel et al. , « Afghanistan », Encyclopædia Universalis [en ligne] http://www.universalis.fr/encyclopedie/afghanistan/ (consulté le 20 juillet 2011).

* 85 Bachelier, Eric. L'Afghanistan en guerre : la fin du grand jeu soviétique. Presses universitaires de Lyon, coll. « Conflits contemporains », dirigé par Chantal Antier, 1992, p. 109.

* 86 « Les seize commandements des talibans », Les nouvelles d'Afghanistan, n° 76, 1er trimestre 1997. Article traduit à partir de la liste originale des commandements des talibans.

* 87 Tenue traditionnelle afghane constituant un voile intégral avec un grillage devant les yeux.

* 88 Archambeaud, Gaït. Le principe d'Egalité et la constitution de l'Afghanistan de janvier 2004. Paris : L'Harmattan, 2005, p. 29.

* 89 Denis, Evelyne. Afghanistan bleu, Récit d'une touriste en Afghanistan. Paris : Publibook, 2007, p.14.

* 90 Samson, Florence. Questions contemporaines. Objet de la gent masculine et des diktats sociétaux. Paris : L'Harmattan, 2010, pp. 98-99.

* 91 HCR (Haut Commissariat des nations unis pour les réfugiés), « Le plus fort contingent de réfugiés de la planète », in Réfugiés, n°108, II, 1997, p. 5.

* 92 Bret, Jean-Paul (comp.), « Pierre de Patience », in Exils-créations, quels passages ? : Actes du colloque : villes, voyages, voyageurs (octobre 2008). Paris : L'Harmattan, 2009, p. 10.

* 93 Nous choisissons de mettre les noms de personnage « la femme », « l'homme », entre guillemets car ils ne possèdent pas de noms propres, ceci nous permettra de les différencier des noms génériques.

* 94 Bachardoust, Ramazan. Afghanistan : Droit constitutionnel, histoire, régimes politiques et relations diplomatiques depuis 1747. Paris : L'Harmattan, 2002, p. 337.

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